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Mars à Cuba, une aventure sur deux roues

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Émylie Thibeault-Maloney

Quand j’ai dit à mes compadres havanais que je partais pour Viñales à vélo, ils ont éclaté d’un grand rire sonore. Puis, quand ils ont réalisé que j’étais sérieuse, ils ont essayé de me faire changer d’idée. L’un d’entre eux m’a même offert de me payer le bus jusqu’à Viñales – j’y serais en deux heures au lieu de trois jours, a-t-il tenté de me convaincre. C’est que la bicyclette est ici un moyen de locomotion, et pédaler pour le fun n’est pas cubain.

Je leur ai expliqué que non, je ne serais pas toute seule, je serais accompagnée d’un guide. Cela ne les a pas rassurés pour autant. Un guide cubain? Comment il s’appelle? FIDEL? Tu vas être toute seule avec lui?

Ils m’ont finalement laissée partir après que je leur aie eu promis que si quoi que ce soit arrivait, je leur téléphonerais.

Photo : Émylie Thibeault-Maloney

Photo : Émylie Thibeault-Maloney


À 7 h tapantes, le guide Fidel est arrivé avec les vélos attachés sur une remorque derrière sa Desoto Diplomat 1957 rouge, sexy comme tout (pas Fidel, la voiture). Fidel, lui, était frigorifié — le soleil n’était pas encore levé. Il faut dire qu’il n’avait pas beaucoup de viande autour de l’os pour le tenir au chaud, le Fidel (vous comprendrez plus tard pourquoi je me permets un commentaire sur son physique).

Il m’avait au préalable demandé combien de kilomètres je pouvais faire à l’heure, et par jour. J’avais estimé environ 60 à 80 kilomètres par jour, et 15 km/h en moyenne, bien que je n’en aie eu aucune espèce d’idée. Je fais beaucoup de vélo de montagne, mais je n’ai jamais calculé mes kilomètres (et je n’ai jamais vraiment fait de longue distance avant). Pour toute réponse, Fidel m’avait confirmé : ce n’est pas plat, en fait, c’est vraiment MONTAGNEUX.

Je ne connaissais pas grand-chose de la route, sinon que ce serait environ 150 km selon Google (en fait, c’était 190), qu’on le ferait en trois jours, que les routes étaient mauvaises et qu’on passerait à travers des champs de tabac et près des mogotes — une sorte de formation rocheuse typique de la région.

Conduire un vélo de montagne sur une route n’a jamais été mon passe-temps favori. Encore moins lorsqu’il s’agit d’un vieux vélo de montagne assez lourd, et avec les pires poignées qu’un cycliste puisse imaginer, faites de plastique tellement dur, aussi bien dire de BÉTON avec des petites bulles qui te rentrent dans les mains à chaque bosse, supposées absorber les chocs, mais quant à moi, qui les CAUSENT. Inutile de préciser qu’il a fallu qu’on apprenne à s’aimer.

Notre premier arrêt a eu lieu à Las Terrazas, un joli petit hameau en bordure d’une rivière. Nous avions parcouru 31 km en 2,5 heures, sur une route pour le moins cahoteuse. Quand je me suis excusée d’être lente, sous prétexte que j’étais en train de m’habituer à un vélo « différent » (je suis polie quand même), le guide m’a flattée dans le sens du poil : « Ne t’en fais pas, tu es l’une de mes clientes les plus rapides jusqu’à maintenant! » Même si je ne le croyais qu’à moitié, il ne pouvait pas me faire de plus beau compliment.

Il s’est vite repris en précisant : « Je suis surpris, parce que lorsque je t’ai vue arriver ce matin, j’ai pensé que ce serait un loooooong trip ». Sans commentaire…

Après le dîner et un après-midi de baignade dans la rivière parsemé de « compliments » sur mon bikini, nous sommes repartis. Le guide trouvait que j’avais un bien petit sac « pour une fille », et m’a donc fait traîner les collations. Fair enough, gros macho, je peux te les traîner tes barres tendres ANYTIME et même des BANANES si tu veux.

De Las Terrazas à Soroa, où nous passerions la nuit, les choses se sont corsées et j’ai compris le sens du mot montagneux. C’était l’équivalent d’une Two-Mile-Hill après l’autre — de minuscules descentes avant de remonter de plus belle. Heureusement, j’avais de la bonne musique dans les oreilles qui me permettait de me concentrer sur le fait que j’étais en train de faire du VÉLO à CUBA et que c’était MAGNIFIQUE ET GÉNIAL et que je me sentais bien et forte et en santé, peu importe ce que Macho Man pensait de ma silhouette…

Pendant les trois jours, nous avons dormi dans des casas particulares que Fidel avait réservées et qui fournissaient également les repas. Mon sac à dos était resté dans la Desoto, donc tout ce que j’avais avec moi, c’était mon petit sac de jour contenant mon filtre à eau, un set de vêtements pour dormir, ma crème solaire, mon bikini, mes lunettes de soleil, ma caméra et mon petit carnet de notes avec un crayon. Aucun poids inutile.

Le 2e jour, on s’est levés à 6 h. Le matin est mon moment préféré. Les oiseaux chantent et l’air est frais et bon. La route offre de l’ombre à volonté. Aujourd’hui, une grosse journée nous attend. Soixante-dix kilomètres de côtes — les 50 premiers auront été les pires. Les paysages sont magnifiques par contre et les nuages, une bénédiction.

Le 3e jour a été mon préféré. De San Diego de Los Baños, les paysages commencent à se transformer et à laisser voir des mogotes. Au cours de la matinée, nous nous sommes spontanément arrêtés pour prendre une photo, et un voisin nous a invités à prendre un café dans sa maison. Il s’est avéré être un artiste cubain donnant des cours de peinture aux enfants de sa communauté. Il nous a servi le café qu’il cultivait dans sa cour, tout en nous jasant. Une belle rencontre — ce fut mon moment fort de la journée (et pas juste à cause des puppies…)

Quelques kilomètres avant d’arriver à destination, Fidel m’a informée que nous avions le choix entre deux chemins pour terminer notre expédition : l’un passait par une plantation de tabac où l’on sert le meilleur mojito de Cuba, et l’autre, je ne sais pas, quand il a dit « mojito » j’ai dit « OK ».

En effet, je ne sais pas si c’était le meilleur de Cuba, mais c’était le meilleur mojito que j’ai bu DE MA VIE et après une telle escapade, il était bienvenu (ainsi que les quelques autres qui ont suivi). Fermin m’a expliqué la fabrication des cigares et comme il n’y avait pas d’autres clients, il m’a laissée rouler un cigare moi-même. Moi qui ne fume pas, j’étais SI heureuse!

Cent quatre-vingt-dix kilomètres plus tard, je suis arrivée à Viñales les muscles bien endoloris, mais fière de moi!

Établie au Yukon depuis quatre ans, Émylie Thibeault-Maloney est une traductrice passionnée de voyages actifs, de langues étrangères et de plein air. Découvrez le récit non censuré de ses aventures sur son blogue. Vous pouvez également la suivre sur Facebook et sur Instagram.

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