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L’interdisciplinarité : l’approche yukonnaise pour faire face à la crise des opioïdes

Marie-Hélène Comeau

Le mélange explosif de la maladie mentale et de la toxicomanie affecte le comportement et les réalités sociales des personnes aux prises avec cette problématique. Les services yukonnais de soutien doivent s’adapter à la complexité de cette réalité.

Allan Lucier, sous-ministre adjoint de la Direction de la justice communautaire et de la sécurité publique du gouvernement du Yukon.
Photo : Gouvernement du Yukon

L’importance de l’interdisciplinarité des réseaux de la santé mentale et de la toxicomanie dans le traitement de ces situations complexes est de premier ordre. D’ailleurs, on parle de plus en plus de personnes aux prises avec un trouble lié à la consommation de drogues qui ont besoin d’être soutenues et non pas d’être jugées afin de pouvoir guérir.

En plus des effets sur le cerveau, rappelons que la consommation de drogues peut aggraver les symptômes de maladie mentale. D’ailleurs, les personnes atteintes de troubles mentaux sont plus sensibles aux effets des drogues et en deviennent plus rapidement dépendantes. Elles en font aussi un usage plus excessif. La consommation peut aussi être un élément déclencheur de maladie mentale chez une personne ayant une fragilité ou augmenter un trouble psychiatrique déjà présent. Le lien étroit entre la consommation de drogues et la maladie mentale ne peut plus être ignoré.

À ce sujet, le médecin hygiéniste en chef du Yukon, Brendan Hanley, applaudit l’intégration, depuis deux ans au territoire, des troubles de santé mentale aux facteurs pouvant causer la dépendance aux drogues. Il s’agit d’une initiative locale qui se détache de la culture traditionnelle de la sobriété pour emprunter un modèle plutôt axé sur la stabilité, par l’obtention d’un emploi ou d’un logement par exemple.

L’impact de la crise du logement

Le Yukon vit en ce moment une longue crise du logement. La rareté des logements locatifs depuis des années a entraîné une hausse des prix sur le marché, ce qui met de la pression sur les personnes vulnérables qui tentent de reprendre leur vie en main. Il n’existe toutefois pas, en ce moment, de données sur les enjeux réels que cette crise du logement entraîne au Yukon.

Récemment, une clinique de la Colombie-Britannique a approché le Partenariat communauté en santé (PCS), le réseau pour la santé en français au Yukon, afin de mettre sur pied un projet de recherche-action en français pour l’Ouest et le Nord canadiens. Cette étude permettrait de jeter un éclairage sur la question du logement au Yukon. Aucune source de financement n’est pour le moment confirmée et le PCS sera en mesure de fournir plus de détails si le projet est accepté.

« Sans logement, il est difficile pour les gens de commencer une thérapie. C’est un enjeu important », rappelle Sandra St-Laurent, directrice du PCS.

L’approche du Centre correctionnel de Whitehorse

À l’été 2018, un rapport découlant de l’inspection indépendante du Centre correctionnel de Whitehorse a été publié. L’auteur de l’étude, M. David Loukidelis, y avance 40 recommandations pour améliorer la prestation de programmes et de services au centre et pour mieux servir les détenus aux prises avec des troubles de santé mentale. Les recommandations touchent les services en matière de santé mentale, les pratiques de ségrégation et d’incarcération séparée, les programmes et services offerts aux Premières Nations, et la gouvernance et l’administration.

« En ce moment, nous sommes dans le processus de mise sur pied d’une équipe en santé mentale afin d’améliorer nos services auprès de notre population », explique Allan Lucier, sous-ministre adjoint de la Direction de la justice communautaire et de la sécurité publique, qui espère arriver à mieux aider et accompagner les individus par ces changements qui se mettent en place.

Le travail de sensibilisation de la GRC

La division yukonnaise de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) travaille en étroite collaboration avec le ministère de la Santé et des Affaires sociales du gouvernement du Yukon ainsi qu’avec beaucoup d’autres partenaires pour sensibiliser davantage le public aux effets potentiellement mortels des opioïdes.

D’autre part, les agents de police, à Whitehorse et dans tous les détachements des collectivités, emportent avec eux des trousses de naloxone. « À ce jour, la GRC du Yukon a administré la naloxone à au moins une douzaine de personnes qui présentaient des signes de surdose potentielle », souligne l’inspecteur Keith MacKinnon de la GRC de Whitehorse.

La GRC, qui est responsable de faire respecter la loi concernant les drogues au territoire, estime qu’une grande partie des drogues illicites qui arrivent au Yukon proviennent principalement des provinces plus au sud, c’est-à-dire de l’Alberta, de la Colombie-Britannique et de l’Ontario.

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