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L’immigration francophone dans une zone d’ombre

Pierre-Luc Lafrance

Du 2 au 8 novembre avait lieu la Semaine nationale de l’immigration francophone. À cette occasion, l’Association franco-yukonnaise a salué la prise de position des commissaires aux langues officielles du Canada et du Nouveau-Brunswick, ainsi que du commissaire aux services en français de l’Ontario. Rappelons que les commissaires venaient, par voie de communiqué, de demander aux gouvernements fédéraux, provinciaux et territoriaux de redoubler d’efforts pour accroître l’immigration francophone.

Frédéric Nolet, le directeur du Développement économique à l’AFY, espère que les gouvernements feront preuve de plus de clarté dans leur stratégie pour attirer des immigrants francophones au Canada et au Yukon. Photo : Pierre-Luc Lafrance.

Frédéric Nolet, le directeur du Développement économique à l’AFY, espère que les gouvernements feront preuve de plus de clarté dans leur stratégie pour attirer des immigrants francophones au Canada et au Yukon. Photo : Pierre-Luc Lafrance.

Pour Frédéric Nolet, directeur du Développement économique à l’AFY, la disparition cet automne du programme Avantage significatif francophone le 30 septembre est inquiétante, puisqu’il n’y a plus de mécanisme destiné à favoriser l’immigration francophone à l’extérieur du Québec. Ce programme permettait aux employeurs de recruter des travailleurs qualifiés qui s’expriment en français sans passer à travers le processus d’étude d’impact sur le marché du travail. Angélique Bernard, la présidente de l’AFY, abonde dans le même sens : « La disparition de l’Avantage significatif francophone nous a déçus et nous a surpris. C’est inquiétant quand on sait que Statistique Canada prévoit que d’ici 2050, la majorité de la population se renouvellera par l’immigration. » Colin Bosc, conseiller en emploi et en développement économique à l’AFY, ajoute qu’au-delà des immigrants, cette décision touche aussi les entrepreneurs. « Les employeurs qui cherchaient du personnel qualifié bilingue pouvaient avoir un employé en une semaine. C’est le seul programme en immigration qui permettait cela. On parle beaucoup en ce moment de mettre l’accent sur l’immigration économique. On dit que ce sera plus rapide, mais on conserve une logique d’immigration permanente. On parle de quoi? Huit mois? C’est trop long pour quelqu’un qui veut régler rapidement un problème de main-d’œuvre. »

En janvier, il y aura une refonte majeure du système d’immigration au Canada avec la mise en place du programme Entrée express. Mais cela entraîne plus de questions que de réponses. « À deux mois du lancement, on ne sait rien sur la stratégie qui sera mise en place pour attirer des francophones, soutient Frédéric Nolet. Le ministre Alexander a dit à deux reprises qu’il y aurait des mesures pour favoriser l’immigration francophone… mais on attend toujours les outils. C’est dommage qu’il n’ait pas dévoilé la stratégie avant d’abolir Avantage significatif francophone. »

Pour ce qui est de la situation du Yukon, la cible mythique du 4 % d’immigration est atteinte, mais Frédéric Nolet refuse de s’emballer trop vite. « On parle de quatre personnes sur 100. À cette échelle, une seule personne de moins et l’objectif n’est pas atteint. Alors, le 4 % est peut-être seulement le fruit du hasard. On ignore quels sont les incitatifs pour faire venir les francophones ici, alors là aussi on aurait besoin de plus de clarté. » M. Nolet rappelle que les immigrants francophones représentent 15 % de la communauté franco-yukonnaise. « C’est un pourcentage significatif, alors c’est sûr, on ne veut pas perdre ça! »

Sommet de Vancouver

À Vancouver, les 4 et 5 novembre, avait lieu le Sommet régional sur l’intégration des immigrants en Colombie-Britannique et au Yukon. Mme Bernard avait transmis un message aux représentants du territoire qui participaient à l’événement : « Nous sommes prêts à contribuer aux solutions. » D’ailleurs, elle espère que le gouvernement fédéral tiendra compte des recommandations des commissaires et prendra des mesures pour favoriser l’immigration francophone.

Colin Bosc était sur place. Dans le cadre de la session de travail sur l’immigration francophone, il a présenté les particularités de l’immigration francophone au Yukon qui sont bien différentes de la situation en Colombie-Britannique ou les francophones ne sont pas un des groupes linguistiques principaux de la province. « On a présenté nos besoins, mais aussi nos services et la plus-value pour les immigrants francophones. Par contre, comme il y a eu une seule session de travail sur ce sujet, ce n’était clairement pas la priorité. »

Le Sommet a surtout permis d’échanger sur les changements à venir avec la mise en place d’Entrée express (mais sans dissiper les zones d’ombre concernant les mesures propres aux francophones) et à donner des rétroactions à Citoyenneté et Immigration Canada (CIC) qui a organisé l’événement. « Selon le CIC, le nouveau système sera plus performant et rapide. Sur papier, il y a effectivement bien des avantages. Par contre, il y a beaucoup de questions sur la mise en pratique. »


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