Accueil » À la une » L’identité francophone, ou l’art de se trouver

L’identité francophone, ou l’art de se trouver

Julien Latraverse

Là où la carte découpe, le récit traverse. Tel est le titre de la thèse de la chercheuse et artiste franco-yukonnaise Marie-Hélène Comeau. À travers son ouvrage, elle explore le lien étroit entre l’art et la quête identitaire en milieu minoritaire.

Marie-Hélène Comeau devant les bureaux de l’Association franco-yukonnaise où se tenaient les ateliers de création.
Photo : Julien Latraverse

 

Inspirée de son propre récit migratoire, la chercheuse et artiste d’origine québécoise Marie-Hélène Comeau a étudié l’importance de l’art dans la réflexion identitaire pour établir sa thèse de doctorat Là où la carte découpe, le récit traverse : analyse du sens que des femmes franco-yukonnaises donnent à leur identité par la création artistique.

Dans sa recherche, la docteure en études et pratiques des arts à l’Université du Québec à Montréal regroupe ses deux champs d’intérêt, soit l’art et l’anthropologie. « J’ai pu marier les deux », commente la Yukonnaise d’adoption depuis 27 ans. « Ce type de recherche n’avait jamais été fait, mais j’avais l’impression qu’il pouvait se faire », ajoute-t-elle fièrement. 

Une identité mobile et divisée

Marie-Hélène Comeau utilise l’art pour dépeindre les ramifications autour des récits migratoires caractéristiques de plusieurs femmes franco-yukonnaises. « Une grande portion de la communauté n’est pas native d’ici. On vient d’ailleurs, on s’installe ici, on refait nos vies ici en gardant nos liens avec d’où on est », explique l’artiste peintre.

La dualité identitaire, entre l’ici et l’ailleurs, n’est pas un phénomène inconnu pour la chercheuse. Elle s’en est même inspirée dans une série d’œuvres qui établira la base de sa recherche. « En devenant mon cobaye […], je découvrais aussi le sens de mon identité. C’est quoi être Franco-Yukonnaise, être entre deux pôles », se rappelle-t-elle.

Des objets qui en ont long à raconter

De ce fait, Marie-Hélène Comeau utilise sa démarche artistique pour l’appliquer à sa thèse. D’octobre à novembre 2016, la chercheuse a animé tous les samedis pendant deux heures un atelier de création où dix femmes étaient invitées à explorer leur histoire personnelle en créant une œuvre artistique en lien avec un objet du quotidien yukonnais et un autre de leur lieu d’origine.

« Les objets du quotidien sont merveilleux! », affirme la chercheuse, le sourire aux lèvres. Selon elle, le simple fait de se remémorer l’histoire derrière un bidule permet d’accéder à un pan de la mémoire parfois inaccessible par l’entremise de l’entrevue. « Tous les objets qui nous entourent ont une histoire. Elles ont pris le temps de replonger dans leur histoire et d’en ressortir des choses qui ne serait pas ressorties dans un questionnaire », souligne Mme Comeau.

Se raconter autrement

La capacité de l’art à faire réfléchir est une des raisons pour laquelle Marie-Hélène Comeau a décidé de faire son doctorat en études et pratiques des arts, malgré une maîtrise en anthropologie. « Quand tu prends le temps de créer, pendant ce temps-là, il y a plein de choses qui peuvent ressurgir. Plein de choses auxquelles le participant pense qu’il n’aurait pas pensé nécessairement. »

C’est là l’essence même de la thèse : « permettre aux gens de se raconter à travers un projet d’art », indique Marie-Hélène Comeau. « Pour y arriver, il faut vraiment, mais vraiment que les participants puissent vivre une expérience semblable à celle de l’artiste quand il crée quelque chose », nuance-t-elle pour rappeler le travail d’introspection nécessaire à l’accomplissement de l’œuvre.

Photo fournie

 

Marie-Hélène Comeau est très fière de la démarche créative de ses participantes. Par exemple, l’une d’entre elles « s’est comparée à un benji [entre le Yukon et son lieu d’origine]. Elle n’y a jamais pensé avant de faire sa création artistique. »

Devant les fruits de sa recherche, la chercheuse aimerait désormais répéter l’expérience avec d’autres groupes. Elle souhaiterait ainsi approfondir encore plus précisément le sens identitaire nordique et yukonnais. « Peut-être le faire avec des hommes, des habitants de Dawson ou des immigrés philippins », conclut-elle pensivement.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *