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L’homosexualité, Dieu et la psychiatrie

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Thibaut Rondel

À peine monté dans l’avion qui le ramenait d’une visite en Irlande — où les discussions ont été dominées par les sévices de pédophilie dans le clergé —, le pape François a déclaré dimanche que les parents devaient recourir à la psychiatrie pour aider leurs enfants présentant des penchants homosexuels.

Perçu comme progressiste par les non-croyants, François se démarque pourtant de ses prédécesseurs au point d’être aujourd’hui considéré comme le pape le plus tolérant de l’Histoire. « Qui suis-je pour juger une personne gay? », s’était-il interrogé en 2013. Une prise de position saluée par le magazine gay The Advocate qui lui avait alors décerné le titre de personnalité de l’année.

Certes plus ouverte au modernisme, la rhétorique du religieux demeure toutefois archaïque et ambiguë. En 2013, le Saint-Père appelait ainsi à « accompagner » les divorcés et les homosexuels « avec miséricorde ». Si une femme a avorté, que cela lui « pèse énormément » et qu’ « elle est sincèrement repentante », son acte doit être pardonné, avait par ailleurs déclaré le saint homme.

Quelle meilleure manière de stigmatiser une frange innocente de la population que de la couvrir d’opprobre et de pitié? L’Église excelle dans cet exercice. Digne héritière des concepts rétrogrades inventés au fil des siècles — balayés par les faits : de la chasse aux sorcières à la platitude de la Terre — l’ingérence de l’Église dans les affaires privées est donc encore loin d’être totalement éradiquée.

Le pape François a déclaré que les parents devaient recourir à la psychiatrie pour aider leurs enfants présentant des penchants homosexuels. Photo Pixabay


L’acharnement des religions à vouloir se glisser dans le lit des honnêtes gens dépasse quelquefois même la sphère privée. Farouchement opposée à l’homosexualité, la direction de l’École catholique Vanier — un établissement yukonnais financé par les fonds publics — avait par exemple publié il y a cinq ans un guide des politiques décrivant l’homosexualité comme un comportement « intrinsèquement déséquilibré et contraire à la loi naturelle ». Le document encourageait notamment l’équipe de l’établissement à bannir des termes comme gay, lesbienne, hétéro ou pédé, arguant que ceux-ci justifient un style de vie considéré comme illégitime par l’Église.

Un élève de l’École Vanier s’était alors soulevé contre la politique dictée par l’évêque de Whitehorse, lui demandant de réviser son texte. « Je ne fais de mal à personne. Je ne me fais pas de mal à moi-même. Je n’impose de fardeau à personne. Je suis simplement attiré par ceux du même sexe que moi et ce n’est pas une déviance », avait très justement affirmé Liam Finnegan, 16 ans. « Je suis qui je suis et personne ne devrait devoir s’excuser pour qui il est. »

Les scandales sexuels et les affaires de corruption qui secouent l’Église ont déjà significativement écorné son image et réduit son influence auprès des peuples du monde entier. Grâce à la progression des sciences et à l’essor d’une jeunesse aussi sensée et affirmée qu’avide de connaissances et d’expériences interculturelles, on ne peut que se féliciter que cette perte d’influence se fasse au profit de la justice, du bon sens et des libertés individuelles exercées dans le respect de l’autre. 

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