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Lettre ouverte : De la visibilité, mais à quel prix?

Françoise La Roche, artiste

Dernièrement, la communauté francophone de Whitehorse a reçu la visite de l’équipe des Productions Rivard du Manitoba. Leur but : tourner quatre segments au Yukon sur la francophonie Hors Québec, expression qui devrait titrer la série d’émissions. En tant qu’artiste francophone, j’ai participé au tournage fait à la galerie d’art Yukon Artists @ Work, à Whitehorse.

Je tiens à préciser que mes commentaires ne visent pas l’équipe super sympathique des Productions Rivard. Je veux ici mettre au jour les pratiques des producteurs télé en général, en témoignant de mon expérience personnelle. Je me suis levée à 6 h du matin, j’ai parcouru 100 km aller-retour pour aller à la galerie d’art, j’ai consacré quatre heures de ma journée à cette production télévisuelle, et ce, sans aucune compensation financière. En plus de ne pas être rémunérée, j’ai cédé mes droits sur l’utilisation totale ou partielle des images captées et des propos que j’ai tenus. C’est une pratique courante chez les producteurs de contenu télévisuel et je la dénonce.

Les producteurs de télévision croient qu’ils nous rendent service en parlant de nous et qu’il est donc normal que nous soyons acteurs bénévoles. Mais dans la réalité, si les acteurs n’existent pas, il n’y a pas d’émission. J’utilise le nom « acteur » parce nous participons à un scénario. Cela n’implique pas de nous faire filmer sur le vif. « Coupez! » « On reprend. » Les équipes de production tiennent pour acquis que nous sommes à leur service et qu’il est normal que l’on chamboule nos horaires personnels et professionnels pour les accommoder. Pourquoi devrions-nous être bénévoles pour aider les producteurs à faire de l’argent? Pour de la visibilité? La visibilité, ça ne paie pas le loyer.

Plusieurs personnes de la communauté francophone ont été sollicitées pour les différents tournages. Le temps qu’elles ont consacré aux producteurs a été pris sur leurs heures de travail ou sur leur temps personnel, et il y a plusieurs personnes qui ont « travaillé » beaucoup plus d’heures que moi! Si les membres des équipes de production sont payées pour faire leur travail, pourquoi les personnes primordiales de leur émission travailleraient-elles bénévolement?

J’aimerais, par cette lettre, faire réfléchir les producteurs d’émissions de télévision. Dans vos budgets de production, incluez des cachets pour les acteurs. Ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas membres de l’Union des artistes (UDA) [organisme qui représente les artistes professionnels œuvrant en français au Québec et ailleurs au Canada] qu’il faut les considérer comme des « bénévoles ». Leur temps s’avère aussi précieux que le leur. Surtout, n’oubliez pas que sans contenu, il n’y a pas d’émission.

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