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Les traîneaux de la discorde

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Thibaut Rondel

Le 17 février dernier, Polar le husky succombait à une hémorragie gastrique sur le parcours de la Yukon Quest. Sans surprise, la triste nouvelle n’a pas tardé à faire réagir les détracteurs de la discipline. Quintessence de la « maltraitance animale », la Yukon Quest s’en trouve désormais réduite à une course « cruelle » et « inhumaine ». Certains disent avoir aperçu des attelages de chiens-zombies peinant dans l’immensité glacée. Sous la mèche du fouet, les pattes meurtries et le souffle court, des ombres amaigries seraient même tombées comme des mouches…

À trop lire Jack London, voilà ce qui arrive. Le préjugé facile se répand comme une traînée de poudre. La désinformation fait ses choux gras d’une noble cause, et la méconnaissance du Nord dont souffrent bon nombre de citadins n’arrange rien à l’affaire.

Depuis 2007, il est vrai que huit bêtes ont perdu la vie dans l’épreuve. Mais auraient-elles survécu autrement? L’intensité de la Quest a certainement pu précipiter des choses, mais les torsions intestinales ou autres fatalités ne sont pas l’apanage de la discipline. Pourtant, quand un petit nom mignon s’étale à la une des journaux du matin, les « défenseurs » de la cause animale se scandalisent entre deux bouchées de bacon aux hormones. Puis certains partent à la pêche, ou tirer deux-trois canards.

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On peut bien sûr affirmer qu’il est contre nature de mener un attelage sur 1 600 km, car aucun chien ne prendrait l’initiative de rallier Fairbanks à Whitehorse en neuf jours. Pourtant, c’est piaffant d’impatience, l’œil vif et les muscles saillants que ces athlètes s’alignent au départ des courses. Un bon mot du musheur et c’est avec passion que le traîneau décolle. À l’instar des ultra-marathoniens, ces bêtes sont entraînées quotidiennement et font l’objet des meilleurs soins. Leur génétique même les programme pour le froid et l’endurance. Dans un chenil professionnel, les protéines de qualité se substituent aux croquettes bas de gamme du cabot moyen; la promenade en laisse se métamorphose en une épopée nordique. Mais trop habitués à flatter leurs labradors en surpoids, les « amis des animaux » s’offusquent sans savoir de la perfection d’un oblique pourtant forgé dans l’effort.

Serait-il donc plus sage de laisser sa bête se gaver des restes d’un repas édulcoré souvent trop riche en sucre et en sel? Devrait-on plutôt préférer voir son petit chien s’engraisser dans la chaleur d’un canapé, ou l’entendre hurler avec sa meute?

La plupart des grands musheurs ont bien saisi les dangers auxquels ils s’exposeraient à vouloir mener en pleine taïga un attelage faible ou psychologiquement instable. La performance de leurs coureurs et leur capacité à leur offrir la victoire n’est ainsi tributaire que d’un entraînement réfléchi et d’une excellente hygiène de vie. Et cela doit naturellement induire chez eux un minimum de confiance, d’amour et de respect pour leurs chiens.

Cela dit, tous les musheurs ne sont pas irréprochables, et certains profitent bien de la résilience de leurs bêtes pour les pousser plus que de raison. Mais plutôt que de considérer ces gens comme de véritables sportifs, ne serait-il pas plus indiqué de ne les envisager que comme quelques couillons possédant beaucoup de chiens? Notons par ailleurs que la responsabilité morale d’un musheur ne peut être évaluée au regard du nombre de chiens avec lequel il termine sa course. Voir un demi-attelage franchir la ligne ne permettra jamais de savoir si la deuxième moitié a été poussée à bout ou tout simplement écartée par prévention.

Ainsi, les prétendus défenseurs de la cause animale se trompent de combat. À les entendre, supprimons les sports équestres, puisque les médias rapportent qu’un pur-sang a péri à l’entraînement. Dans la foulée, interdisons aussi la plongée. Après avoir harcelé un dauphin, un nageur indélicat aurait été vu en train de faire pipi dans l’eau.

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