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Les gardiens du territoire veillent au grain

Nelly Guidici,  L’Aquilon

Une approche novatrice de la protection des terres met à profit le savoir traditionnel des Premières Nations.

Photo : Nelly Guidici

Un financement fédéral de 600 000 $ a permis de lancer dix projets pilotes de « gardiens autochtones », d’un bout à l’autre du pays. Cette année, le Yukon est le seul territoire sélectionné. La Première Nation de Kluane, à l’ouest du territoire, se verra dotée d’un financement de 60 000 $ pour son programme qui vise à recueillir des données et à développer des plans de gestion pour améliorer la protection des populations d’animaux sauvages, y compris l’orignal et le caribou.

« L’un des principaux problèmes que nous avons ici est la diminution de la population de caribous et d’orignaux. Nous essayons de ramener le nombre de ces animaux à un niveau durable », indique Bob Dickson, chef de la Première Nation de Kluane.

Ce programme a une vision à long terme et permet une approche et un financement durables en créant un réseau national de gardiens autochtones. Valérie Courtois, directrice de I’organisme partenaire Indigenous Leadership Initiative, entrevoit un bénéfice pour l’ensemble du pays. « Nous sommes heureux de voir que ces investissements appuient le lancement de nouveaux programmes de gardiens du territoire. Cela signifie que plus de gardiens façonneront l’avenir de leurs nations et que davantage de terres seront gérées en faveur de tous. »

Un programme, deux façons de faire

Steven Nitah, ancien chef de la Première Nation Steven Nitah, ancien chef de la Première Nation Łutselk’e Dene et député pour la circonscription de Tu Nedhe de 1999 à 2003, est membre du groupe Indigenous Leadership Initiative en tant que conseiller. « Ce programme regroupe le meilleur de deux mondes : le savoir autochtone traditionnel et les sciences », précise-t-il lors d’une entrevue.

En 2008, le village déné de Łutselk’e a démarré un programme précurseur en formant des gardiens qui protègent les 14 305 km2 du territoire Thaidene Nëné, près du bras est du Grand lac des Esclaves. Cette aire protégée est aujourd’hui cogérée avec Parcs Canada et le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest.

Cette initiative a suscité l’intérêt du gouvernement du Canada qui, en 2017, s’est engagé à créer et à financer le Réseau national des gardiens autochtones.

Véritables gardiens du territoire, les jeunes qui jouent ce rôle reçoivent aussi une formation qui est une combinaison du savoir traditionnel des personnes aînées et des connaissances et pratiques de la science.

« Aux Territoires du Nord-Ouest, nous utilisons à la fois le savoir traditionnel et les sciences pour aborder les problèmes », soutient M. Nitah.

Dans un rapport daté de novembre 2016 intitulé Analyse du présent et du futur. Valeur du travail des gardiens autochtones dans les Territoires du Nord-Ouest du Canada, on étaye les bienfaits d’un tel programme. On insiste sur une connexion aux territoires qui est primordiale : « [le programme] offre aux personnes dénées l’occasion d’approfondir leur lien avec leur culture, le territoire et l’eau tout en s’engageant dans des emplois valorisants et qui mettent en lumière les connaissances traditionnelles. Il permet aussi de contribuer aux efforts plus larges de conservation de la biodiversité et de la lutte contre les dangereux impacts dus au changement climatique », peut-on lire dans le rapport de 54 pages.

Une passerelle entre les aînés et les jeunes

La Première Nation Kluane a embauché cette année trois gardiens qui effectuent une surveillance environnementale tout en transmettant leur savoir aux jeunes générations. Le chef Dickson y voit une occasion de montrer, d’expliquer, et ainsi de transmettre les connaissances liées à la géographie du territoire, mais aussi celles qui sont liées à la faune et la flore au cœur du massif du Kluane.

« Nous travaillons aussi avec des personnes aînées pour la transmission du savoir traditionnel et sur le fait de surveiller le territoire, mais aussi d’y voyager. [Cela] permet [aux autres] de comprendre ce que nous essayons de protéger », explique-t-il. Le savoir traditionnel ne serait pas un regroupement de connaissances figées, selon lui, mais bien un savoir qui évolue avec les effets du réchauffement climatique sur la faune et la flore.

« Finalement, ce programme nous permet de rester attentifs à ce qui passe sur notre territoire traditionnel au chapitre de l’activité humaine comme la chasse, l’activité minière ou encore le tourisme, et nous permet d’informer le public sur ce que nous mettons en place sur notre propre territoire », conclut-il.

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