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Les fermes des Premières Nations, une agriculture tournée vers la communauté

Marie Mounier

Les fermes des Premières Nations se multiplient à travers le territoire. Les communautés, conscientes d’un besoin d’une nourriture plus locale, tirent profit de la terre yukonnaise. C’est aussi une façon d’offrir de l’emploi et des formations professionnelles.

La ferme des Premières Nations de Carcross/Tagish souhaite mettre en place une réserve de graines qu’ils pourront utiliser d’une année à l’autre.
Photo : Photo fournie

 

Les jardins communautaires sont courants au Yukon, et bien que la ferme des Premières Nations de Little Salmon/Carmacks existe depuis plus d’une quinzaine d’années, ce n’est que depuis 2015 que ce concept se développe véritablement.

« C’est après l’inondation des routes en 2012, qui avait empêché le réapprovisionnement des magasins, que l’idée d’une ferme pour nourrir la population locale est devenue importante », explique Kevin Bayne, gérant des jardins communautaires à la ferme des Premières Nations de Carcross/Tagish.

L’isolement du territoire, et plus particulièrement des petites communautés éloignées qui y résident, est un discours qui rejoint Sonny Gray, directeur de la ferme des Premières Nations de Na-Cho Nyak Dun. « La terre est très importante pour nous. La COVID-19 a mis de l’avant le besoin évident d’autosuffisance alimentaire; il n’y aura pas toujours des avions pour venir à notre secours. »

Seulement 2 à 4 % de la nourriture consommée par les Yukonnais est produite dans le territoire, un chiffre que les fermes espèrent voir augmenter rapidement.

Nouveaux emplois et formations sur le marché

C’est aussi pour apporter des occasions d’emplois à la communauté, particulièrement pour les Premières Nations, que les fermes ont été mises en place. À celle de Carcross/Tagish, 70 % des travailleurs sont autochtones.

Il y a également une volonté de former les nouvelles générations au travail de la terre. Des formations d’apprentissage sont proposées, mais aussi des visites qui permettent à la communauté de se sensibiliser à la nécessité de faire pousser sa propre nourriture.

« Nous sommes très fiers du travail phénoménal accompli par nos étudiants », souligne Kevin Bayne, qui espère aussi voir se développer prochainement des programmes pour aider à la réinsertion sociale des personnes dépendantes à l’alcool ou aux drogues.

Une agriculture pour un retour vers la culture autochtone

Les fermes des Premières Nations souhaitent encourager une agriculture en équilibre avec la nature. À la ferme de Carcross/Tagish, les légumes sont plantés judicieusement afin qu’ils puissent partager entre eux les nutriments nécessaires.

Le concept représente aussi un retour à la culture et aux besoins des communautés des Premières Nations. « Nous avons commencé à faire pousser du tabac, un élément essentiel aux différentes cérémonies, ainsi que des plantes médicinales », expose Johanna Goossens, technicienne agricole à la ferme de Carcross/Tagish. Elle souhaite aussi mettre en place une réserve de graines de cassis qui pourront être utilisées d’une année à l’autre.

Cette année, la ferme de Carcross/Tagish a aussi fait pousser des pommes de terre Tlingit, une variété qui a été fertilisée par les Premières Nations Tlingit il y a plus de 200 ans. Une cérémonie sera tenue pour remercier la terre de la richesse de cette récolte.

Si, en apparence, le Yukon a une terre peu fertile, c’est un territoire qui offre pourtant la possibilité de se tourner vers l’autosuffisance. Les récoltes des fermes des Premières Nations sont d’ailleurs offertes en priorité à ceux qui en ont le plus besoin dans la communauté. Le reste sera vendu dans les marchés.

Initiative de journalisme local APF – Territoires

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