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Dawson : Le pont de la colère

Cyril Contente

Depuis les années 60, le pont de glace permet aux deux rives de communiquer. Toutefois, au cours des dernières années, la glace s’installe de plus en plus tard.
Photo : Cyril Contente

 

En cette fin d’année, les débats animés ne manqueront pas pour les repas de fêtes. À Dawson, le pont de glace marquera probablement plus d’un dîner tant le sujet divise la population.

Ce pont de glace se forme pendant deux à trois mois. L’accumulation de glace sur le fleuve Yukon à la hauteur de la ville de Dawson permet de créer une voie de communication entre Dawson et Dawson Ouest. Cependant, depuis quelques années, la glace manque et il n’est plus possible de former un pont de glace pour le transport routier.

La disparition progressive d’un pont de glace naturel

Le pont de glace permet aux deux rives de communiquer depuis les années 60. Le gouvernement du Yukon administre directement Dawson Ouest. Cette passerelle lui permet d’assurer le service public dans la ville et d’acheminer le matériel nécessaire pour ouvrir la mythique route Top of the World avant le dégel. Depuis 2016, le pont ne se forme plus correctement et les habitants de Dawson Ouest ne peuvent plus gagner l’autre rive en voiture pour accéder aux services et aux commerces de la ville de Dawson.

Pour ne pas être privés d’un accès à Dawson, plusieurs habitants de Dawson Ouest ont fait appel au gouvernement de la province pour assurer la construction d’un pont de glace artificiel. Ce dernier a alors entrepris une campagne de consultation à Dawson. Ces réunions ont débouché sur une première tentative pour solidifier le pont. L’hiver dernier, une première tentative pour solidifier le pont a été expérimentée. Un pulvérisateur d’eau avait été utilisé pour créer un bloc de glace assez solide pour que des véhicules l’empruntent. La météo peu clémente avait fait échouer cette tentative coûteuse (le montant pour la collectivité s’élevait à plus de 200 000 dollars). Ce gaspillage financier avait été dénoncé par les habitants des deux rives. Ainsi, un débat est né, d’un côté certains habitants de Dawson Ouest exigent de garder un accès à Dawson, et de l’autre côté, les habitants de Dawson ne comprennent pas pourquoi le gouvernement s’échine à développer de coûteux projets pour maintenir le pont de glace. Pour ces derniers, les habitants de Dawson Ouest ont choisi de vivre dans une localité isolée.

Le désir d’isolement comme point le plus crucial

Les avis divergent même au sein de la communauté de Dawson Ouest.

Ainsi, pour Marie-Claude Dufresne, le pont de glace n’est pas une question centrale. Propriétaire d’une ferme à Dawson Ouest Sunnydale depuis deux ans, elle ne se sent pas solidaire des habitants qui militent pour le pont de glace. Cette Québécoise d’origine n’organise pas son quotidien autour du pont. Elle appuie son propos par un exemple « Aujourd’hui j’ai décidé de venir en ville, car je dois venir chercher de la paille pour mes animaux, s’il y avait eu trop d’eau sur le pont de glace j’aurais fait demi-tour. J’aurais juste attendu une autre semaine ». Marie Claude a voulu affirmer ces différences de point de vue avec certains de ses voisins en publiant un message sur la page Facebook d’un groupe de citoyens de Dawson. Son message a été commenté de nombreuses fois, avec les pros et anti pont de glace. Cet épisode montre à quel point le sujet est sur toutes les lèvres.

L’isolement de la ville contraint les habitants à s’équiper pour être autonomes, ainsi l’eau et l’électricité dépendent de l’investissement privé. Pour Marie-Claude, cette vie rustique est choisie et les contraintes doivent être assumées. Pour elle, si « vivre à Dawson Ouest reste physiquement plus demandant », elle ne regrette pas.

La scolarité des enfants est aussi perturbée par le manque d’un pont de glace officiel. Ainsi, certains enfants suivent une scolarité à domicile. C’est le cas pour le fils de Marie-Claude, mais aussi pour la fille de Wylie Coy Ote. Cet ex habitant de Sunnydale, à quelques kilomètres de Dawson Ouest, avait préféré faire suivre des cours à domicile à sa fille.

L’investissement de temps pour traverser le pont et un mode de vie « plus authentique » ont fini par convaincre ces parents de garder leurs enfants à domicile pour leur scolarité.

Un défi sécuritaire

Pour Willy, l’inefficacité des projets gouvernementaux s’accompagne d’un phénomène plus dangereux, celui des ponts non sécurisés. En effet, certains habitants vont jusqu’à créer leur propre pont au mépris de la réglementation yukonnaise. Ainsi, ces ponts non sécuritaires mettent en danger les habitants de Dawson Ouest qui souhaitent rejoindre l’autre rive.

Le gouvernement du Yukon a engagé un nouveau prestataire pour installer un arbre de glace, cette structure flottante est conçue pour capter la glace accumulée. Les travaux commencent le 15 décembre 2018 et la dépense avoisine les 200 000 dollars. Espérons que le pont de glace se forme à nouveau pour qu’ainsi la quiétude se rétablisse de nouveau entre les deux rives.

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