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Le pays des sons… à Whitehorse 

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Olivier de Colombel

Quel bonheur que de s’asseoir le premier jour de répétition devant son lutrin avec dix-huit autres musiciennes et musiciens à ses côtés, et découvrir ensemble de la musique nouvelle, musique écrite par des compositeurs locaux dont je fais partie! C’est une aventure collective, artistique et humaine, un voyage au pays des sons.

Cette année, le Problematic Orchestra, dirigé et créé par le compositeur Daniel Janke, sera en concert le 21 décembre pour The Longest Night au Centre des arts du Yukon. La plus longue nuit de l’année réunit sur scène violonistes, altistes, violoncelliste, contrebassiste, flûtiste… ajoutons à cela un trombone, une clarinette, un saxophone, et pourquoi pas des timbales, un glockenspiel, des percussions, une guitare et un piano. Je crois que nous avons assez d’ingrédients pour commencer la recette.

Faire l’expérience d’une nouvelle pièce de musique

Les premières notes sont toujours fraîches, pleines d’espoir, mais incertaines. Des sourires et des points d’interrogation sur les visages témoignent de la mise en marche d’une nouvelle pièce, avec ses bémols et ses dièses, ses liaisons et ses nuances, son tempo et sa couleur. Il s’agit pourtant de la même pièce que l’on connaîtra sur le bout des doigts dans quelques semaines. C’est exactement comme de voyager dans une nouvelle ville sans savoir que l’on va y rester et y vivre, que toutes ces rues imprégnées de mystère et de promesses seront bientôt pleines de souvenirs et de projets.

Daniel Janke, créateur et chef d’orchestre du Problematic Orchestra, lors de la première répétition. Une vingtaine de musiciennes et musiciens suivent attentivement les directives, toutes et tous au service de la musique. Photo : Katie Avery

Daniel Janke, créateur et chef d’orchestre du Problematic Orchestra, lors de la première répétition. Une vingtaine de musiciennes et musiciens suivent attentivement les directives, toutes et tous au service de la musique. Photo : Katie Avery


On trouve une grande variété de styles au répertoire du Problematic Orchestra, de la musique classique au contemporain en passant par la chanson et l’improvisation. Parmi toutes ces œuvres, une me plaît beaucoup, c’est une chanson intitulée « La vie est belle » écrite en français et en anglais par Daniel Janke. La légèreté et la subtilité de cette chanson font naître des sourires et des rires, tous les musiciens et musiciennes chantent, notre instrument de côté, c’est une parenthèse appréciée. Daniel me demande même de faire un « coaching minute » pour tout le monde sur la prononciation des paroles en français.

La plupart des œuvres présentées ont été écrites par le chef d’orchestre Daniel Janke, mais ce dernier a confié l’écriture de pièces supplémentaires à quatre compositeurs locaux : Andrea McColeman, Scott Maynard, Carmen Braden… et moi-même.

La scène musicale à Whitehorse

Scott Maynard, compositeur et musicien actif de la scène musicale yukonnaise expliquent : « Whitehorse compte un nombre surprenant de musiciens talentueux, compte tenu de sa taille et de son emplacement. Il me semble que la scène musicale classique, en particulier, a été maintenue vivante au cours des vingt dernières années par les efforts et l’énergie d’une petite poignée de personnes […]. Nous manquons de lieux pour toutes les musiques. Le financement est essentiel, comme c’est partout aujourd’hui pour la musique classique. Nous manquons de joueurs qualifiés pour réunir un orchestre complet, mais des projets comme celui-ci rassemblent d’excellents musiciennes et musiciens de divers horizons pour réaliser quelque chose que je trouve unique. »

Esther Bordet, Parisienne d’origine, vivant au Canada depuis plus de dix ans, artiste-peintre et violoniste se confie également : « J’adore la scène musicale de Whitehorse parce qu’elle est petite et ouverte d’esprit. Quel que soit votre niveau de compétences, il y a toujours des occasions pour s’impliquer. Tant dans la musique classique que non classique. Les personnes ayant beaucoup d’expérience sont toujours désireuses de partager et d’inclure les autres. De plus, nous avons beaucoup d’occasions d’apprendre des professionnels invités lors des ateliers. »

Rencontre avec Daniel Janke

A.B. : Depuis combien d’années organises-tu cet événement?

Daniel Janke : The Longest Night Society existe depuis 1995, avec quelques années de repos. Mais la formation du Problematic Orchestra est nouvelle, commencée il y a seulement deux ou trois ans. À l’origine, The Longest Night était associée à la narration d’histoires. Maintenant, on met l’accent sur la musique contemporaine.

A.B. : Tu écris des chansons en français et en anglais, même parfois bilingue, quelle est ton inspiration? D’où te vient cet intérêt pour la culture française?

D.J. : Pour moi, écrire des chansons en français est difficile. J’ai quelques personnes de confiance à qui je vais demander de l’aide quelques fois. J’ai vécu au Québec et je travaille toujours avec des francophones au Canada et en France. C’est bon de parler une autre langue.

A.B. : As-tu déjà des projets dans les mois et les années à venir avec le Problematic Orchestra?

D.J. : Le Problematic Orchestra est en phase de développement. Cela peut être « problématique » compte tenu de notre situation géographique, de la disponibilité des musiciens, etc. Nous espérons faire quelques spectacles scolaires au printemps prochain, et développer progressivement une « saison ».

A.B. : Que penses-tu de la communauté artistique de Whitehorse, et particulièrement de la scène de musique classique? As-tu vu des changements depuis que tu es arrivé au Yukon?

D.J. : Naturellement, il y a eu des changements depuis je suis arrivé. La communauté musicale continue de grandir. Le Problematic Orchestra est une aventure du « fais-et-ils-viendront ». Le défi de travailler avec ce que l’on a est aussi ce qui rend le résultat unique. Partout dans le monde, la culture d’orchestre a des problèmes pour attirer de jeunes publics et rester pertinente. La musique « classique » est associée à un groupe de compositeurs masculins, en grande partie blancs et qui sont morts depuis longtemps. Ce n’est pas différent ici dans notre petit coin du monde. Le Problematic Orchestra est une chance de réinventer la rigueur de la musique de grand ensemble. Si les compétences, le leadership et l’éthique du travail sont en place, nous pouvons le faire aussi bien que n’importe où!

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