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Le gouvernement abandonne le patrimoine du Yukon au secteur privé

Le gouvernement abandonne le patrimoine du Yukon au secteur privé

Thibaut Rondel

Vendredi 8 mars, le député du Yukon Ryan Leef a annoncé que Parcs Canada accordera des permis d’exploitation commerciale pour la tenue de visites guidées aux lieux historiques nationaux SS. Klondike et Drague-Numéro-Quatre.

À la suite des compressions budgétaires fédérales du printemps dernier, Parcs Canada avait annoncé la suppression des visites guidées dans les deux lieux historiques de Whitehorse et Dawson City. Les visiteurs avaient été encouragés à assurer eux-mêmes les services d’interprétation lors de la prochaine saison touristique, en s’aidant notamment des panneaux d’information présents près des sites. « En collaborant avec nos partenaires de l’industrie du tourisme, Parcs Canada pourra continuer à respecter ses obligations en matière de réduction du déficit et à offrir davantage de possibilités à l’industrie touristique du Yukon », a déclaré Ryan Leef.

Parcs Canada abandonnera donc ses services d’interprétation au secteur privé, mais restera néanmoins responsable de la maintenance des lieux historiques, ainsi que du développement des outils de communication destinés aux visiteurs souhaitant explorer les sites par eux-mêmes. L’organisme gouvernemental laissera également les entrepreneurs privés décider du montant des droits d’entrée aux lieux historiques. Le député Leef a toutefois précisé que Parcs Canada travaillera en étroite collaboration avec les entrepreneurs privés afin de s’assurer notamment que les exigences en matière de sécurité seront respectées.

Un calendrier très serré

À l’heure actuelle, dix-huit entreprises touristiques ont déjà démontré un intérêt à reprendre les activités d’interprétation de Parcs Canada. L’organisme gouvernemental a fixé la date limite de candidature au 2 avril, et a annoncé que les demandes de permis auraient toutes été étudiées d’ici le 15 avril. La saison touristique approchant à grands pas, le député Leef a reconnu que le calendrier était serré. Les permis d’exploitation des deux sites prendront effet à partir du 1er juin, et le candidat retenu n’aura donc que six semaines pour devenir totalement opérationnel. « La période de temps […] a été directement liée au fait qu’il s’agit d’un sujet d’ampleur nationale », a déclaré le député Leef. « Je pense que nous aurions tous aimé une réponse rapide […], mais en raison de la nature du sujet, cela a pris du temps. »

La gestion pointée du doigt

Le directeur général de l’Association de l’industrie touristique du Yukon, Blake Rogers, a pour sa part jugé la gestion du projet totalement inacceptable. Selon lui, les entrepreneurs privés responsables des futures visites ne seront pas en mesure de préparer une offre de service de qualité dans un délai si court. M. Rogers soutient par ailleurs que le député Leef lui aurait promis en novembre dernier une réponse pour janvier, puis février.

Du côté de l’opposition territoriale, la leader néo-démocrate Liz Hanson salue la poursuite des visites guidées, mais juge toutefois la mesure inefficace, accusant Ryan Leef de ne pas comprendre la problématique du patrimoine canadien. « Le patrimoine représente plus qu’un voyage à Disney », a-t-elle notamment déclaré. Liz Hanson s’inquiète également de la suppression de plusieurs services d’hiver au parc de Kluane, et particulièrement de la réduction du service de recherche et sauvetage dans le parc national.

Les artéfacts resteront à Dawson

Le député Leef a par ailleurs annoncé que Parcs Canada s’était engagé à conserver au Yukon tous les artéfacts historiques de la Drague-Numéro-Quatre. « Aucun de ces artéfacts ne quittera le Yukon », a déclaré le député. « Je sais qu’il s’agissait pour certains d’une grande préoccupation, surtout pour les gens de Dawson qui ont fait don d’artéfacts provenant de leurs collections personnelles. Ils n’auraient pas été contents si leurs objets de famille avaient terminé entreposés quelque part à Ottawa. »

L’agence du ministère du Patrimoine canadien avait annoncé l’année passée que 1 689 postes seraient supprimés sur le plan national d’ici l’été 2013. Au Yukon, où Parcs Canada employait 110 personnes, 30 postes ont été touchés. La compression représente une réduction de 27 % des effectifs. « Dans la grande majorité des cas, les visiteurs ne verront que des différences minimes lorsqu’ils exploreront nos lieux patrimoniaux emblématiques », avait alors assuré Anne Morin, directrice de l’unité de gestion du Yukon pour Parcs Canada.

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