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Langue et foi entre les champs aurifères et Dawson City (1898-1911)

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Yann Herry

Comment soutenir la francophonie des champs aurifères dans sa foi catholique? Les ruisseaux sont séparés de Dawson City et du Klondike par des crêtes de collines. Émilie Fortin-Tremblay mentionne dans ses mémoires que ni le froid ni les intempéries n’arrêtaient (les prêtres) dans la course aux âmes sur les champs aurifères.

Des pistes sont tracées pour relier les vallées entre elles et avec Dawson City. Sur chaque ruisseau naît une agglomération avec hôtels, magasins, église et parfois un bureau de poste. Néanmoins, il faut toujours aller déposer les sacs d’or à Dawson City, enregistrer des concessions, livrer le courrier, recevoir des soins médicaux et dentaires ainsi que prendre un bain. Les mineurs ne peuvent s’absenter longtemps du travail. À tour de rôle, ils se relaient pour franchir la distance. Lorenzo Létourneau relate dans son journal qu’il a un pied abîmé pour avoir fait l’aller-retour en deux jours. Une autre fois, il parcourt quatre-vingts kilomètres en treize heures pour le même trajet jusqu’à Dawson. Il promet de ne plus le faire, car le lendemain, il se sent « faible et fiévreux », a des transes et les muscles raidis.

Albert Forrest de Trois-Rivières (3e à partir de la droite) franchissait à vélo (derrière lui) les 40 kilomètres entre Dawson City et les champs aurifères afin de livrer le journal, été comme hiver. Sportif, Albert Forrest a été à 17 ans le plus jeune gardien de but de la coupe Stanley. Le Yukon n’a participé qu’une seule fois à la prestigieuse coupe de hockey, et ce, en 1905. Photo :
famille Forrest-Wood de Washington.


Pour les plus fortunés, la distance est franchie en diligence. L’hiver, le trajet est parcouru en traîneau à chiens ou en calèche. Une voie ferrée est construite dans le fond des vallées et un tram monte jusqu’au sommet du dôme du Roi Salomon pour rejoindre les ruisseaux éloignés. Albert Forrest de Trois-Rivières, devenu en 1905 le plus jeune gardien de but à participer à la coupe Stanley, franchira la distance à vélo pour livrer le journal.

Rejoindre les ouailles

La foi unit la francophonie. La venue des prêtres et des sœurs est l’occasion de recevoir. « Tous les missionnaires sans y manquer venaient chez nous. Notre maison était l’hôtellerie des prêtres », raconte Émilie Tremblay. L’entraide est de mise : « Au cours d’une nuit, en 1901, sur le (ruisseau) Bonanza, madame Tremblay fut réveillée par quelqu’un qui frappait à la porte. C’était le père Desmarais qui arrivait de Dawson par-delà les collines. Le pauvre père était frigorifié. Jack (Pierre, son mari) fit un bon feu, le fit changer de vêtements pendant qu’Émilie préparait un bon lit. Le père ne pouvait manger, bien qu’il eût grand-faim, car il désirait célébrer la Sainte Messe le lendemain dans leur cabine. » Émilie ajoute : « Ceci n’est qu’un exemple du courage des missionnaires de cette époque. »

Sœurs de Sainte-Anne et soins médicaux

Les mineurs reconnaissent le dévouement des sœurs de Sainte-Anne. Elles servent les francophones dans leur langue. Elles font preuve d’ingéniosité pour financer leurs œuvres. Un dollar supplémentaire est prélevé à ceux qui en avaient les moyens pour subvenir aux besoins des mineurs indigents. Elles marchent sept cent cinquante kilomètres entre Dawson et les champs aurifères pour financer l’hôpital, et récoltent dix mille dollars. Le guide déclare : « Je doute qu’aucune sœur n’ait jamais vécu une expérience comme celle-là, remplie de difficultés et souvent de situations délicates. Elles sont sûrement des héroïnes… »

En effet, « Neige, gadoue, eau et boue et on recommence! », telle est l’impression de sœur M.-Jean- Damascène, en mai 1899, alors qu’elle mettait péniblement un pied devant l’autre après une marche de dix-sept heures dans les sentiers conduisant aux criques. Les pieds pleins d’ampoules dans des bottes de caoutchouc usées horrifient le guide. Il retourne dix kilomètres à un salon de danse afin de trouver une paire de bottes. Derrière le rideau d’une alcôve, une voix signale qu’elle en a une. Une femme apparaît et reconnaît le guide qui accompagne les sœurs. Elle repousse la pochette d’or, donne les bottes en disant : « Demandez aux sœurs de prier pour moi » et retourne à ses activités derrière le rideau (Sœurs de Sainte-Anne au Yukon et en Alaska, Margaret Cantwell).

Les ordres religieux sous-tendent le réseau social de la francophonie du Klondike de 1900. Leur dévouement apporte réconfort dans un milieu isolé par la distance et le climat. Langue et foi unissent les francophonies de Dawson et des champs aurifères.

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