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Moi mes souliers : La vie est un long fleuve tranquille

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Françoise La Roche

Souvent, ça prend quelques jours avant de se sentir vraiment en vacances. Voici une suggestion pour éliminer cette période de transition : partez en canot-camping. Au premier coup de pagaie, c’est l’entrée dans une autre dimension. Le temps n’existe plus et les soucis s’envolent comme une plume au vent.

Dernièrement, j’ai eu la chance de parcourir quelque 350 km sur le Yukon, de Five Fingers à Dawson, en compagnie de Gilles Proteau, guide chevronné d’Alayuk Adventures et de deux autres personnes, Reiner et Isabella.

La vitesse du courant du fleuve était de 8 km à l’heure. Même sans pagayer, nos canots glissaient sur l’onde alors que nous pouvions admirer tout à loisir les montagnes et observer des chèvres de montagne en nous laissant bercer par la houle.

Un campement sur une île de sable au milieu du fleuve Yukon est digne d’un établissement quatre étoiles. Photo : Françoise La Roche

Un campement sur une île de sable au milieu du fleuve Yukon est digne d’un établissement quatre étoiles. Photo : Françoise La Roche

Pour l’établissement de notre premier camp, nous avons monté nos tentes sur un ancien site de la ruée vers l’or sur lequel subsistait une cabine relativement en bon état. Deux canoteurs hongrois se sont joints à nous pour la nuit. Le lendemain, c’est à Fort Selkirk que nous avons dormi. Situé au confluent de la rivière Pelly, cet ancien comptoir commercial de la Baie d’Hudson établi vers 1850 est le berceau de la Selkirk First Nation. Cent ans plus tard, la construction de la route du Klondike a eu pour effet de dévier le trafic de la voie maritime et le fort a été abandonné. Aujourd’hui, on peut visiter une grande partie des anciens bâtiments qui ont été restaurés avec soin.

En quittant Fort Selkirk, nous naviguons dans un tout autre genre de paysages. Le fleuve s’élargit, les îles sont plus nombreuses, les montagnes plus hautes et nous nous éloignons de la civilisation pour entrer au cœur de la nature yukonnaise. Nous distançons les autres canots et tous les campements subséquents seront établis sur des îles de sable, sans personne d’autre que nous quatre à la ronde.

C’est à partir de cet endroit que nous commencerons à apercevoir la faune sous forme d’ours noirs, orignaux, aigles, porcs-épics, huards, canards et autres oiseaux. Chaque soir, Reiner joue du didgeridoo (instrument à vent traditionnel des aborigènes d’Australie). Nous espérions que le son de l’instrument attirerait les orignaux curieux, mais ceux-ci se sont fait discrets et ont dû profiter du concert à l’abri de nos regards.

Gilles, le cuisinier, concocte un autre délicieux repas dans sa cuisine rustique. Photo : Françoise La Roche

Gilles, le cuisinier, concocte un autre délicieux repas dans sa cuisine rustique. Photo : Françoise La Roche

Il y a quand même quelques irritants sur ce magnifique fleuve qui n’est pas à l’abri de l’activité minière. À certains endroits, derrière les montagnes, des bêtes de métal, véritables prédateurs de la forêt, dégagent une puanteur de mazout et font fuir la faune avec leur rugissement. Nous avons croisé une barge bruyante qui remontait le fleuve chargée à ras bord de camions, de caisses de matériel et de machinerie.

Lorsque le vent venait du nord, il propulsait la fumée des feux de forêt dans notre ligne d’horizon. Cette fumée formait un brouillard qui distordait les montagnes et nous piquait les yeux. Heureusement, le vent nous a été favorable la plupart du temps.

L’arrivée à Dawson est un choc… Après plusieurs jours de calme et de plénitude, nous arrivons au confluent de la rivière Klondike. Le comité d’accueil est formé d’une dizaine de goélands qui lancent leur long cri tout en nous survolant. Est-ce qu’on a ouvert un MacDonald à Dawson? Non, mais une odeur de friture domine celle du mazout. Le traversier claque de tous ses pistons, le bateau à aube touristique fait clapoter sa roue. Deux autobus et quelques véhicules récréatifs s’approprient l’aire d’attente du traversier.

Reiner et Gilles sont certainement en train de discuter du sens de la vie dans ce décor enchanteur. Photo : Françoise La Roche

Reiner et Gilles sont certainement en train de discuter du sens de la vie dans ce décor enchanteur. Photo : Françoise La Roche

Nous rejoignons les berges pour accéder au camping. Il faut maintenant transporter tout le matériel et les deux canots jusqu’à un site libre. Après plusieurs voyages dans une pente abrupte et sur plusieurs mètres, nous établissons notre campement. Le lendemain, après une nuit ponctuée régulièrement du claquement du traversier, nous avons tous les quatre la même sensation : celle d’être en prison. Nos murs sont les épinettes, la voûte céleste est cachée par les ramures, l’odeur de mazout remplace l’air pur et nous sommes entourés de campeurs. Fin des vacances et retour à la civilisation!

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