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La santé publique se couche devant l’industrie

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Thibaut Rondel

La grande campagne de santé publique visant à sensibiliser les Yukonnais aux ravages de l’alcool n’aura pas lieu. Alors que de nouvelles étiquettes de prévention avaient été accolées au mois de novembre sur les produits en vente au magasin des alcools de Whitehorse, le gouvernement du Yukon a annoncé peu avant Noël le retrait du projet.

Cette mesure phare devait faire partie d’une ambitieuse étude sur la consommation d’alcool dans les territoires du Nord et visait à soutenir la Stratégie yukonnaise du mieux-être mental.

L’une des deux étiquettes montrait un message du médecin- hygiéniste en chef affirmant que l’alcool peut causer le cancer, y compris le cancer du sein et du côlon. Une seconde étiquette conseillait aux Yukonnais de ne pas boire plus de trois verres par jour pour les hommes et deux verres par jour pour les femmes.

L’industrie de l’alcool n’aura que peu goûté à cette tentative de responsabilisation sociale. Le lobby n’a pas eu à batailler plus de quelques jours pour faire renoncer le gouvernement du Yukon à son projet sanitaire.

La Société des alcools a préféré tuer l’idée dans l’œuf plutôt que de risquer une poursuite en justice pour atteinte à l’intégrité des marques de commerce. Les règles fixées par l’Agence canadienne d’inspection des aliments sont pourtant limpides et précisent également que les règlements provinciaux et territoriaux peuvent contenir des exigences relatives à l’étiquetage des boissons alcoolisées qui doivent être respectées.

Photo : YTG

Photo : YTG


Le détournement d’une marque de commerce est une chose. Les ravages de l’alcool sur la santé en sont une autre et ils ne sont plus à prouver. Pas plus tard que la semaine dernière, le laboratoire de biologie moléculaire de Cambridge a publié une nouvelle étude confirmant que l’alcool peut causer des dommages irréversibles aux cellules-souches et favoriser le développement du cancer.

Dans un entretien à CBC, le président de l’association professionnelle Bière Canada, Luke Harford, a pour sa part préféré minimiser l’utilité et la pertinence du nouvel étiquetage en expliquant que la corrélation entre le cancer et l’alcool ne peut pas être comparée avec celle établie entre le cancer et le tabagisme.

Bien que le rapport 2015 de l’administrateur en chef de la santé publique du Canada indique que 3 000 nouveau-nés présentent chaque année l’ensemble des troubles causés par l’alcoolisation fœtale et que l’alcool reste une cause de décès significative au sein de la population, l’industrie de l’alcool ne serait en somme qu’un enfant de chœur.

M. Hartford se dit par ailleurs particulièrement préoccupé par le message conseillant aux consommateurs de limiter leur consommation quotidienne d’alcool. Selon lui, l’étiquetage pourrait faire croire aux Yukonnais qu’ils sont autorisés à prendre le volant après trois verres.

Qu’ils soient de nature publicitaire, éthique ou sanitaire, les arguments simplistes avancés par l’industrie pourraient faire sourire s’ils ne relevaient pas d’une hypocrisie uniquement motivée par la recherche de profit.

Les territoires ont toujours entretenu un rapport inquiétant avec  l’alcool. Un rapport du moins certainement plus tragique que dans le reste du pays. Trente-cinq pour cent des Yukonnais et 28 % des Yukonnaises sont considérés comme de grands buveurs. Au Yukon plus qu’ailleurs, il est donc extrêmement préoccupant que les politiques de santé publique soient dictées par les intérêts des industries privées.

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