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La présence passée francophone en Oregon

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Nelly Guidici

Notre arrivée dans l’État de l’Oregon a coïncidé avec deux éléments majeurs. Le premier est la tenue de la course annuelle Hood to Coast. Créée en 1982, cette course de relais de plus de 300 kilomètres entre le mont Hood à l’est de Portland et la ville côtière de Seaside, attire des milliers de personnes.

Le jour où nous décidons d’entrer dans la ville d’Astoria, la circulation automobile est monstrueuse. Nous ne savions pas que la course se tenait au même moment et que nous allions nous retrouver dans le flot des véhicules.

Second élément perturbateur : une tempête avec des vents de plus de 65 kilomètres-heure qui a secoué la ville pendant une journée entière. En temps normal, nous ne pédalons pas lorsque les conditions météo sont dangereuses. Mais une fois n’est pas coutume, tous les hôtels de la ville étant complets ce jour-là, nous avons malgré tout pédalé jusqu’à ce que le vent nous stoppe complètement et me fasse presque tomber du vélo.

Finalement, nous avons campé dans le jardin d’une dame charmante qui nous a aussi apporté à manger et à boire sous la tente. Le lendemain, le calme étant revenu, nous avons repris la route en direction de l’intérieur des terres.

Le rôle des francophones dans l’écriture de l’histoire démocratique

Je dois dire que j’ai découvert avec surprise la présence francophone en Oregon lors d’une visite dans le petit musée du parc d’État Champoeg à une cinquantaine de kilomètres au sud de Portland. En effet, des trappeurs francophones de la Compagnie de la Baie d’Hudson sont arrivés dans la région en 1811, et un poste de traite appelé le poste de Willamette a été construit en 1813.

Ces Canadiens-français ont nommé en français les endroits où ils pratiquaient la trappe ainsi que leurs lieux de résidence.

Aujourd’hui, certains noms demeurent comme French Prairies ou la réserve de Grand Ronde. Cependant, pour d’autres, la dénomination française a été oubliée et le nom autochtone demeure, comme la rivière Willamette ou le comté de Clackamas.

Les autochtones Kalapuya, résidents de la région depuis des milliers d’années, ont donc commencé à faire du commerce avec ces nouveaux arrivants. Des mariages entre trappeurs francophones et femmes Kalapuya ont aussi eu lieu. Le 2 mai 1843, le premier gouvernement du Nord-Ouest est créé lors d’un vote. Avec 52 votes pour (50 contre) et l’appui du vote francophone, une page de l’histoire de la démocratie des États-Unis a été écrite.

Aujourd’hui, une stèle à la mémoire de l’événement et de ceux qui ont pris part au vote s’érige à l’endroit précis où ces hommes ont décidé de l’avenir de l’État en devenir. On peut y lire le nom de toutes les personnes présentes comme M. Le Breton ou encore Joseph L. Meek.

C’est donc à vélo, sous une chaleur écrasante, que nous avons remonté le fil de l’histoire de l’État de l’Oregon.

Création de la réserve de Grand Ronde

En 1854 et 1855, différents traités ont été signés avec les communautés autochtones de la région et la réserve de Grand Ronde a ainsi été créée. Située 70 kilomètres à l’ouest de Champoeg, les communautés autochtones ont donc été relocalisées dans cette vallée.

À cette époque, au moins 25 dialectes se parlaient, mais c’est la langue Chinook Wawa (Chinook signifie « les hommes » et Wawa « le langage ») qui devient la langue de commerce entre les francophones, anglophones et amérindiens.

Au contact de plusieurs autres langues et cultures, le Chinook s’est diversifié avec le temps et le contact prolongé avec le français est encore présent dans la langue qui est aujourd’hui parlée.

Correspondante de l’Aurore boréale et spécialiste des Premières nations du Yukon, Nelly Guidici s’est lancée sur les routes d’Amérique avec son conjoint et leur petite fille. Retrouvez chaque mois son carnet de voyage dans les pages de votre journal communautaire ainsi que sur son blogue.

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