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La Journée du chandail orange : vers une meilleure compréhension des pensionnats autochtones

Maryne Dumaine

Le 30 septembre est désormais la Journée du chandail orange. Derrière cette journée se trouvent un récit, une histoire, et la volonté de partager pour permettre d’apprendre et de mieux comprendre.

Photo : Flickr

 

Derrière la couleur, une histoire

L’histoire commence tristement en 1973, lorsque Phyllis Webstad, fillette alors âgée de 6 ans, a été arrachée à sa communauté, comme tant d’autres enfants autochtones, et envoyée à 80 km de chez elle, au pensionnat St. Joseph Mission de Williams Lake, en Colombie-Britannique. La grand-mère de la jeune fille avait économisé de l’argent pour lui acheter un nouveau chandail (qui s’avérait être orange) dans les jours précédant le début des classes. Mais lors de son premier jour d’école, les responsables du pensionnat lui ont confisqué le chandail pour lui donner un uniforme.

La Journée du chandail orange est un projet de commémoration des pensionnats autochtones, assez récent puisqu’il a débuté en 2013.

En effet, il y a cinq ans, pendant le projet de commémoration du pensionnat de Williams Lake C.-B., l’ex-pensionnaire Phyllis Webstad a raconté son histoire aux élèves, enseignants et anciens pensionnaires. « Quand je suis arrivée à la mission, ils m’ont dépouillée et ils m’ont pris mes vêtements, y compris le chandail orange! Je ne l’ai plus jamais porté. Je n’ai pas compris pourquoi ils ne voulaient pas me le redonner, il m’appartenait! La couleur orange m’a toujours rappelé cela et m’a toujours rappelé que mes sentiments ne comptaient pas, que personne ne se souciait de moi et que je sentais que je ne valais rien », a-t-elle expliqué. Elle a alors réalisé que plusieurs survivants avaient vécu des choses similaires. La symbolique du chandail orange permet désormais de reconnaître les dommages qui ont été causés par les écoles résidentielles au Canada.

Particulièrement dans les écoles, cette journée symbolique permet aux enseignants d’aborder ce sujet sensible et encore peu expliqué. La Journée du chandail orange prend donc, peu à peu, la même lignée que la Journée du chandail rose qui porte l’attention sur l’exclusion genrée, la Journée Terry Fox qui démontre la persévérance et la résilience, ou bien encore les différentes campagnes de rubans de couleur qui existent au Canada et dans le monde. Leur point commun : développer l’empathie et véhiculer des occasions d’apprentissage.

L’aspect pédagogique

Les événements survenus en 1973 ont inspiré un enseignant de Winnipeg, Sean Oliver. Ce dernier a créé un programme d’études, maintenant utilisé dans toute la province du Manitoba, pour raconter l’histoire des pensionnats autochtones et l’histoire des peuples autochtones au Canada.

www.orangeshirtday.org

 

 

Cet homme qui enseignait alors en 9e année estimait qu’il était crucial de parler de l’histoire ainsi que des séquelles que les pensionnats autochtones ont laissées sur tout le monde, de façon directe ou par répercussion, au Canada. Selon lui, les éducateurs publics avaient un rôle à jouer. Il a donc créé des ressources pédagogiques afin d’améliorer les choses pour lui, pour ses élèves, mais aussi pour l’ensemble des personnes qui travaillent dans le milieu de l’éducation.

Les activités proposées sur son site Web visent à encourager la pensée critique et historique, ainsi que la réflexion profonde, enseignements qui font d’ailleurs partie intégrante du nouveau curriculum au Yukon.

Ces activités pourront, par exemple, permettre aux enseignants d’établir une entrée en matière pour comprendre les complexités de la relation du Canada avec les peuples autochtones. Le personnel de l’éducation peut d’ailleurs trouver nombre de ressources disponibles et gratuites en ligne (en français et en anglais), afin d’intégrer la pédagogie à cette journée symbolique. Un exemple d’outil pédagogique peut d’ailleurs se trouver sur ce site : http://bit.ly/ABorange

Raconter pour permettre de comprendre

L’aspect pédagogique de M. Oliver se base sur la décision de Phyllis Webstad de raconter son histoire « afin que d’autres puissent en bénéficier et la comprendre ». Par son récit, elle voulait encourager d’autres survivants à raconter ce qu’ils ont vécu. Le récit, sans porter de jugement, permet de faire comprendre des réalités qui pouvaient être inconnues. C’est un premier pas vers l’empathie.

Au Yukon, certaines écoles encouragent déjà cette journée symbolique. Depuis 2017, cette journée figure au calendrier de l’École Émilie-Tremblay et de l’Académie Parhélie à l’initiative de la coordination à l’intégration culturelle. Cette année, les jeunes du comité culturel, au primaire, passeront d’ailleurs dans les classes la semaine précédant l’événement pour mentionner à leurs camarades l’importance de cette journée.

Ainsi, dans les écoles comme ailleurs, les gens sont encouragés à porter un vêtement de couleur orange le 30 septembre. Le fait que la Journée du chandail orange soit en septembre est significatif. Cette date, proche de la rentrée scolaire, amène à se souvenir de la fébrilité qui accompagnait les premières journées d’école. Elle invite à réfléchir à ce que Phyllis Webstad a vécu.

« Je pense qu’ils sont capables ainsi de comprendre les problèmes plus en profondeur », explique le professeur sur son site Internet, qui ajoute que chaque année, des élèves disent mieux comprendre cet aspect de l’Histoire du Canada.

Commentaires (2)

  1. Geraldine Villemont dit :

    Je traduirais plus residential school comme école résidentielle. Le terme école résidentielle est proche du terme anglais et garde ainsi une forte signification. Un pensionnat n’est pas nécessairement négatif , alors traduire residential school par pensionnat perd de sa signification, selon moi.

    Gégée

    • Merci Géraldine. Nous nous sommes fiés aux ressources pédagogiques mentionnées dans l’article, mais c’est effectivement un point valide. Les pensionnats en terme général ne sont pas une chose négative en effet.

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