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La fuite qui permet d’en savoir plus

La fuite qui permet d’en savoir plus
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Pierre-Luc Lafrance

Une équipe interministérielle, sous la direction d’Énergie, Mines et Ressources, a travaillé à la formulation d’une réponse au rapport du Comité spécial d’examen des risques et des avantages de la fracturation hydraulique. Jusque-là, tout est normal. Seulement, certains de ces documents, encore à l’état d’ébauche, se sont retrouvés entre les mains d’une journaliste de Radio-Canada. En effet, les versions provisoires de l’allocution et de la présentation ont été envoyées par courriel aux autres ministères du gouvernement afin que ces derniers puissent les examiner et formuler des commentaires et c’est à ce moment qu’une erreur de manipulation est survenue. Le 6 mars, la nouvelle sortait.

Avant de me pencher sur la question de fond, permettez-moi un aparté concernant cette erreur de manipulation grossière. On a tous tendance à travailler trop vite avec les nouvelles technologies, avec l’envoi de courriel particulièrement. C’est arrivé à plusieurs occasions que je reçoive par erreur des courriels qui ne m’étaient pas destinés, ou que je vois des textes avec des commentaires (pas toujours édifiants). Et, petit rappel, une fois que vous avez commis la gaffe, même si vous rappelez le message, ça ne change rien si l’autre a déjà ouvert le document… Alors, de grâce, faites attention quand vous envoyez un message, assurez-vous de l’acheminer au bon destinataire.

Pour revenir à la fracturation hydraulique

Sans cette bévue, nous aurions dû attendre la sortie des documents officiels avant de connaître la position du gouvernement. Alors que là, on sent déjà la levée de boucliers, surtout parce que la position est clairement pour aller de l’avant avec la fracturation hydraulique… euh! pardon, la fracturation horizontale.

Faisons un petit inventaire des documents en question qui, selon le communiqué envoyé le 8 mars par le ministère de l’Énergie, des Mines et des Ressources naturelles en réaction à cette fuite, n’ont pas été vus ni approuvés par le caucus ou le ministre lui-même. Il y a les notes provisoires d’allocution à l’intention du ministre Scott Kent et l’ébauche d’une présentation PowerPoint à l’intention du caucus. On y apprend, entre autres, que le gouvernement a l’intention de mettre en place un comité d’experts indépendants pour changer l’image publique de la fracturation. Donc, si je comprends bien, plutôt que d’écouter la population qui a dit à plusieurs reprises et sur tous les tons qu’elle ne veut rien savoir de la fracturation hydraulique, on va les convaincre qu’elle a tort. Quelle belle vision de la démocratie! J’ai toujours cru que les élus devaient représenter les citoyens…

Les autres recommandations provisoires formulées dans la réponse comprennent toute une gamme de mesures pour reprendre la formulation du communiqué de presse : réalisation d’études plus poussées, notamment sur les retombées économiques possibles, poursuite des consultations auprès des Premières nations et du public; collecte et analyse de données de base; recherches par un groupe d’experts; travaux sur les politiques et la réglementation; accent sur le type de fracturation hydraulique qui serait le plus avantageux pour le public.

Comme le craignaient bien des groupes, il semble que le gouvernement a bien l’intention d’aller de l’avant avec la fracturation hydraulique, puisque le rapport du Comité spécial d’examen des risques et des avantages de la fracturation hydraulique ne ferme pas la porte à cette méthode. D’ailleurs, dès le début du PowerPoint, on note bien que le comité n’a pas recommandé de bannir ou de mettre un moratoire sur la fracturation hydraulique. Frack Free Yukon et les autres groupes avaient donc raison de s’inquiéter, même si plusieurs personnes leur répondaient qu’en lisant bien le document, c’était évident que cette méthode n’était pas intéressante. Il semble bien que cette évidence n’ait pas sauté aux yeux de nos élus.

Le NPD a réagi le 9 mars en affirmant que cette fuite prouvait que le Parti du Yukon ne prenait pas au sérieux des conclusions du comité puisque les documents font la recommandation que le Yukon mette l’accent sur la fracturation horizontale qui serait bien moins néfaste pour l’environnement. Comme si en changeant le vocabulaire, ça changeait tout. Aux dernières nouvelles, qu’il soit horizontal, vertical ou oblique, les Yukonnais ne voulaient rien savoir de la fracturation.

Toujours le 9 mars, le Yukon Conservation Society a aussi réagi au contenu des documents envoyés par erreur à CBC. L’organisme rappelle que le rapport du comité mettait de l’avant de nombreux risques sociaux et environnementaux, et ne démontrait pas qu’il y avait de réels bénéfices économiques à en tirer.

Et je pourrais continuer longtemps. Autant dans le milieu politique qu’environnemental, c’est la consternation de voir que le gouvernement s’entête à aller dans cette voie. Pourtant, à l’heure actuelle, la plupart des études scientifiques démontrent les dangers de cette méthode. Même les études économiques démontrent que ce n’est pas la panacée, surtout avec le prix actuel des combustibles fossiles.

Un nouveau cabinet d’avocats

Dans un autre ordre d’idée, ou peut-être pas tant que ça, on apprenait le 12 mars que le gouvernement du Yukon a retenu les services de la firme Torys LLP pour le conseiller dans l’affaire du plan d’aménagement du bassin de la Peel. Rappelons que le gouvernement a décidé de faire appel de la décision de la Cour dans ce dossier. Selon le communiqué officiel : « Par cet appel, le gouvernement du Yukon cherche à obtenir des éclaircissements au sujet des dispositions du chapitre 11 des ententes définitives relativement à la planification de l’utilisation des terres. Le gouvernement du Yukon juge qu’il s’agit d’une question importante aux yeux de nombreux Yukonnais et il est conscient des répercussions que cette décision peut avoir sur le processus de planification de l’utilisation des terres dans le territoire. Ainsi, il va de l’avant de façon prudente et prend soin d’envisager toutes les possibilités. »

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