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La dépendance au sucre, mythe ou réalité?

Catherine Crépeau (Agence Science-Presse)

Le sucre pourrait-il vous rendre accro, au même titre que la cocaïne et l’héroïne? Si la théorie fait du chemin sur Internet, elle demeure controversée au sein de la communauté scientifique.

Photo Pixabay

 

La croyance

La croyance veut que le sucre crée une dépendance aussi forte que la cocaïne, ce qui expliquerait pourquoi il est difficile de s’en priver. Il est question ici du sucre libre, ce qui exclut celui qui est naturellement présent dans des aliments comme les fruits ou le lait.

Cette comparaison entre le sucre et la drogue tire son origine de nombreuses études démontrant que des rongeurs exposés aux deux substances avaient tendance à préférer le sucre lorsqu’ils pouvaient choisir, et que des souris consommant du sucre manifestaient des effets de manque.

Dépendance ou non?

Une méta-analyse d’une soixantaine d’études publiée en 2017 dans le British Journal of Sports Medicine concluait en effet que la consommation de sucre produit des effets similaires à la consommation de cocaïne, notamment parce qu’elle altère l’humeur. Toutefois, une partie de ces conclusions ont été largement critiquées. Si les experts s’entendent sur les dangers liés à la consommation du sucre — caries, obésité, diabète, maladies cardiovasculaires — peu sont prêts à le qualifier de drogue addictive. Hisham Ziauddeen, psychiatre à l’Université de Cambridge, souligne d’ailleurs que les mêmes expériences fonctionnent aussi avec de la saccharine [un substitut du sucre], ce qui semble indiquer que « l’attrait pourrait être plus lié au goût sucré plutôt qu’au sucre en lui-même ».

Une dépendance, mais de quel type?

En fait, la dépendance au sucre ressemblerait davantage à une dépendance à la caféine ou à la nicotine qu’à une dépendance à la cocaïne ou à l’héroïne, selon une revue de littérature publiée en 2018 dans Frontiers in Psychiatry. Certains experts en parlent comme d’une dépendance « faible », à ne pas confondre avec la véritable dépendance, comme celle qu’on peut développer à un médicament.

L’évaluation clinique de la dépendance au sucre est complexe, notamment parce qu’il est rarement absorbé seul et qu’il est difficile de distinguer si sa consommation répond à une demande énergétique ou gustative. De plus, il est éthiquement impossible de comparer les effets addictifs du sucre et de la cocaïne chez des humains puisqu’il faudrait administrer de la drogue à une partie des participants.

Une habitude, plutôt qu’une dépendance?

Mais pourquoi utilise-t-on un peu partout le mot « dépendance », s’il n’a pas toujours le même sens? C’est parce que le sucre agit véritablement sur le circuit de la récompense du cerveau, ce qui libère de la dopamine, et renforce la sensation de plaisir. Un effet qui est donc bel et bien similaire à celui produit par la cocaïne, l’héroïne, l’alcool, la nicotine et le cannabis.

Le problème, c’est que plus nous consommons des aliments qui suscitent du plaisir, comme le sucre, plus les récepteurs de dopamine s’affaiblissent. Il faut donc plus de dopamine pour ressentir l’effet de gratification. Donc, davantage de sucre. Certains parlent alors plutôt d’accoutumance, dont on peut se départir en diminuant notre consommation, que de dépendance, qui provoque un état d’intoxication et de manque.

C’est ainsi que raisonne la nutritionniste Catherine Lefebvre, auteure de Sucre : vérités et conséquences (Édito, 2019), qui parle plus volontiers d’accoutumance que de dépendance, puisque la consommation de sucre ne semble pas causer d’état d’intoxication suffisant pour altérer le jugement, la pensée ou la conscience : « Le goût pour les sucreries peut créer une habitude. En clinique, les gens vont dire qu’ils sont accros, qu’ils ont des rages de sucre, mais on ne parle pas de dépendance comme avec la cocaïne. Les gens qui diminuent leur consommation de sucre ne présentent pas de symptômes de manque ou de sevrage. »

Verdict

La consommation de sucre libre crée une habitude et nous incite à augmenter nos doses quotidiennes pour continuer d’en apprécier le goût. Mais le débat quant à la définition du mot « dépendance » rend le verdict plus complexe. D’autres études seront nécessaires pour établir hors de tout doute s’il est possible d’être accro au sucre.

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