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La débâcle annonce l’été

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Christopher Scott

La glace qui couvrait le fleuve Yukon depuis six mois a cédé devant la pression des eaux à 18 h 41, le soir du lundi 4 mai à Dawson. Quelques minutes après, une sirène dans la caserne des pompiers a sonné, annonçant l’été.

Les glaces se sont rompues sur le fleuve Yukon le soir du lundi 4 mai à 18 h 41. Photo : Christopher Scott.

Les glaces se sont rompues sur le fleuve Yukon le soir du lundi 4 mai à 18 h 41. Photo : Christopher Scott.

Pour les deux mille Dawsoniens, cela a marqué le début d’une courte, mais intense saison d’activités économiques axées sur le tourisme et l’industrie minière.

Selon les dires des aînés de la Première nation Tr’ondëk Hwëch’in, la débâcle aura lieu au moment où la glissade de Moosehide, située en arrière de la ville, sera dégagée de neige, bien que le soir du 4 mai, il restait toujours deux minuscules taches de neige sur le versant en pierres. Toutefois, de nombreux signes laissaient entendre qu’un changement de saison était imminent.

En effet, la glace sur la rivière Klondike avait cédé quelques jours auparavant. Depuis peu, des travailleurs d’été — jeunes pour la plupart — avaient afflué en ville, et entre-temps, les terrasses des restaurants étaient bondées, et des habitants circulaient en tenue de jogging sur la digue qui longe la Première Avenue.

De plus, le pont de glace qui assurait jusqu’à dernièrement le passage entre les deux rives du fleuve était devenu mou et impraticable, obligeant certains résidents de West Dawson, comme chaque année, à loger provisoirement en ville.

Dans les faits, ce ne serait pas tant la montée de la température que celle des eaux, occasionnée par la fonte des neiges en amont, qui provoquerait la rupture de la couche épaisse.

Comme chaque printemps, un trépied en bois avait été posé sur la glace au milieu du fleuve. Celui-ci était rattaché à un fil orné de rubans à un système d’alarme situé en ville, suivant une tradition qui remonte à l’époque d’avant la construction de la digue quand la débâcle du fleuve pouvait entraîner d’importantes inondations.

Allégresse

Cette année, au moment où le trépied emporté par les eaux a commencé à bouger, on a assisté à des scènes spectaculaires. Des plaques de glace de la largeur d’une maison et d’un mètre d’épaisseur et penché à fort angle ont vogué vers l’Alaska, alors que des racines géantes de troncs d’arbre tournaient comme des hélices dans le courant. Sur la rive de West Dawson, des personnes s’étaient rassemblées près de l’embarcadère du traversier et ont allumé un feu de camp, alors que du côté de la ville, une centaine de résidents se sont regroupés sur la digue.

Approchée par l’Aurore boréale, Alyssa Friesen était l’une de celles qui ne pouvaient cacher leur joie. Fraîchement arrivée d’une randonnée au parc Tombstone où la neige lui arrivait jusqu’aux hanches, la jeune femme a exprimé une envie de « porter des chaussures d’été » et de « boire de la limonade sur ma galerie ». À quelques mètres d’elle, Bo Yeung, serveuse de 26 ans, a affiché un sentiment semblable en confiant qu’elle avait hâte de « faire de la randonnée et du camping, et de cueillir des plantes. »

Pour ceux qui sont restés isolés de leurs maisons et familles situées de l’autre côté du fleuve, il a fallu tout de même prendre leur mal en patience puisque le service du traversier ne reprendra vraisemblablement qu’à la mi-mai. En effet, si l’équipage du bateau a entamé les travaux de peinture et de réfection dès le 5 mai, les consignes de sécurité obligent à ce que les autres rivières tributaires du Yukon soient délestées de glace avant de mettre le vaisseau à l’eau.

Gagnante

Suivant la tradition annuelle, des Dawsoniens avaient acheté des billets d’un tirage où ils étaient invités à inscrire la date et l’heure qu’ils pensaient que la débâcle allait se produire. Cette année, c’est Kirsten Davis, 49 ans, employée du Département de récréation de la municipalité qui a remporté le prix de 4 390 $ pour son estimation de 18 h 40 du 4 mai, soit une minute avant le temps réel.

Un peu plus d’une heure après le premier mouvement du trépied, soit à 20 h, le fleuve avait repris sa densité liquide. La soirée s’est terminée dans une ambiance foraine. Symbole que le beau temps était arrivé pour vrai, un avion ultraléger aux couleurs rouge et blanche piloté vraisemblablement par un touriste a viré plusieurs fois au-dessus du confluent du Klondike et du Yukon vers 21 h, avant de piquer très bas en descendant le long du Yukon pour inspecter les débris de glace.

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