Accueil » À la une » La communauté se mobilise pour contrer la déception de l’annulation de la Yukon Quest

La communauté se mobilise pour contrer la déception de l’annulation de la Yukon Quest

Kelly Tabuteau

Le 3 septembre dernier, le couperet tombait. Le conseil d’administration de la Yukon Quest International Association (Canada) annonçait l’annulation de la mythique course de traîneau à chiens, suscitant de vives réactions dans la communauté concernée. Déception, colère, incompréhension… autant d’émotions négatives qui pourraient s’apaiser avec la proposition d’une meneuse de chiens francophone.

Amélie Janin possède une équipe de seize chiens sur les hauteurs de Fish Lake.
Photo : Amélie Janin

 

L’association canadienne de la Yukon Quest publiait le 3 septembre dernier un communiqué annonçant l’annulation de la course yukonnaise. Pourtant, en juin 2020, il avait été décidé d’organiser deux courses différentes de 480 kilomètres, une en Alaska et une au Yukon. Les pronostics allaient bon train pour tenter d’établir l’itinéraire yukonnais possible. Certains meneurs et meneuses de chiens pensaient au classique parcours de la Yukon Quest 300, alors que d’autres imaginaient une course plus longue (725 kilomètres), de Dawson à Whitehorse. Tout espoir est désormais anéanti, soulevant beaucoup de déception, mais surtout d’incompréhension. D’autant plus depuis que le côté américain de l’association confirmait le 11 septembre 2020 la tenue d’une course de 300 milles, The Summit Quest 2021.

Une décision difficile à prendre

Dans le communiqué de presse du 3 septembre, Bev Regier, présidente de la Yukon Quest International Association (Canada), affirmait que « cela n’a pas été une décision prise à la légère ». Elle ajoutait que la plus grande responsabilité dans les aspects de l’organisation d’un tel événement était « de faire de la santé de la communauté notre priorité ». Selon elle, plusieurs raisons ont mené à ce choix : des défis économiques, notamment un manque de financement des partenaires locaux; des restrictions de voyage limitant le nombre potentiel de participants et de bénévoles; ainsi qu’un potentiel risque d’exposition à la COVID-19 des dix communautés traversées par l’itinéraire anticipé.

Certains meneurs de chiens dénoncent un manque de volonté et de leadership de la part du conseil d’administration, mettant en avant que l’esprit de la course est d’abord de parcourir de longues distances en autosuffisance. Selon ces personnes, le tracé de la course aurait alors pu éviter les communautés pour permettre aux meneurs de chiens de perpétuer la tradition de la Quête du Yukon. Pour mémoire, le parcours original, testé en 1984, suivait celui emprunté par les prospecteurs pour atteindre le Klondike pendant la Ruée vers l’or de 1898, et de là, se poursuivait vers l’intérieur de l’Alaska pour celles qui lui ont succédé au début des années 1900.

Une course communautaire à la place?

Les réactions n’ont pourtant pas été uniquement négatives. Amélie Janin, Française installée au Yukon depuis 2011 et meneuse de chiens depuis lors, a en effet vu une belle occasion communautaire. Le 8 septembre 2020, elle sondait les membres du groupe Facebook Dog Powered Sports Association of the Yukon sur l’intérêt pour une course de 200 milles. En moins de 48 heures, Amélie Janin avait reçu de nombreux messages et commentaires, démontrant l’enthousiasme général de la part de meneurs et meneuses de chiens, mais aussi de bénévoles pour appuyer l’organisation de l’événement. Elle raconte : « Je n’ai encore jamais organisé de course de traîneau, mais cette année, plus que n’importe quelle année, je trouvais que c’était important de le faire pour le bien-être de tous. »

Avant d’arriver à Whitehorse, Amélie Janin a passé plusieurs années au Québec où elle a créé l’association Canicross Québec pour promouvoir le sport de course à pied attelé à un chien, et dans ce contexte, a déjà organisé de nombreuses courses. En s’installant au territoire, Amélie a petit à petit augmenté son nombre de chiens pour désormais avoir une équipe de seize chiens et être capable de faire du traîneau. Elle a pris plusieurs fois le départ de courses locales, en ski-joëring (skieur de fond attelé à un ou plusieurs chiens), ou en traîneau.

L’itinéraire de la potentielle course de 200 milles n’est pas encore déterminé. Il y a beaucoup de possibilités, notamment celles d’utiliser la piste de la Yukon Quest. Elles ont toutes été discutées lors de l’assemblée générale annuelle de la Dog Powered Sports Association of the Yukon le 20 septembre dernier et le conseil d’administration devrait annoncer prochainement une orientation. Mme Janin conclut : « Pour moi, ce n’est pas tant d’organiser une course pour savoir qui est le meilleur. C’est surtout pour garder en vie le patrimoine du territoire. Les chiens ont joué un rôle primordial dans la construction du Yukon, que ce soit pour le transport, la chasse, la protection ou le déplacement entre les communautés. Ce n’est pas pour rien qu’il y a un chien sur le drapeau du territoire! »

Au moment d’écrire ces lignes, même s’il n’y aura pas de Yukon Quest cette année, toutes les courses locales de traîneaux sont censées se dérouler en s’adaptant aux restrictions de la COVID-19 : la Silver Sled à Haines Junction, la Percy DeWolfe à Dawson, ainsi que la Carbon Hill et la Granger Grind à Whitehorse.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *