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La biomasse, une solution énergétique viable pour le Yukon

Kelly Tabuteau

Certaines communautés du Yukon telles Whitehorse, Teslin et Haines Junction ont déjà commencé à utiliser le système de chauffage par biomasse. Même si l’implantation de cette nouvelle technologie ne concerne que quelques bâtiments, son potentiel écologique et économique ne semble pas avoir échappé aux gouvernements.

Ivan Thompsen de Bear Creek Logging (à gauche) et Christian Schmidt d’ACS Mechanical (à droite) posent devant le premier modèle Hargassner 120 kW ECO-HK (originaire d’Autriche) qui vient d’être approuvé par l’Agence canadienne de normalisation à Montréal. La chaudière, alimentée aux copeaux, sera très prochainement installée à Bear Creek Logging.
Photo : ACS Mechanical

 

En 2016, le gouvernement du Yukon et la direction de l’innovation en matière de climat froid du Collège du Yukon finançaient une partie d’un projet pilote de chauffage à la biomasse pour les bâtiments de Raven Recycling. Quatre ans plus tard, bien que quelques autres projets aient vu le jour dans le territoire, il ne semble pas y avoir d’engouement général pour cette solution énergétique. Les projets peinent à se développer alors que la biomasse serait une des énergies renouvelables possibles pour le futur du Yukon. Selon Christian Schmidt, initiateur du projet pilote et président de l’entreprise ACS Mechanical Inc., il n’y aurait pourtant que des avantages à utiliser la biomasse.

Tour d’horizon de la biomasse

La biomasse se définit comme l’ensemble de la matière organique issue des végétaux et des animaux qui, en brûlant, dégage de l’énergie, notamment sous forme de chaleur. Bien que couramment utilisée dans le reste du monde depuis de nombreuses années, l’Agence canadienne de normalisation n’a approuvé ce système de chauffage (et qu’un seul type de chaudière) qu’au début des années 2010.

Christian Schmidt, qui cherchait depuis longtemps un moyen de rapporter une des solutions européennes au Yukon, a alors saisi l’occasion et a présenté son projet pilote en partenariat avec Raven Recycling. L’idée? Utiliser des copeaux provenant de résidus de bois accumulés au dépotoir de Whitehorse et sur les chantiers de construction pour alimenter une chaudière. « Quand on fait de nouvelles lignes électriques, du nettoyage de lots, du nettoyage de routes ou ce genre de choses, le bois est souvent brûlé sur place ou amoncelé en d’énormes monticules qui sont en train de pourrir. C’est insensé! Tout cela pourrait être broyé et stocké comme unités de biomasse », explique-t-il. Finalement, le système proposé par Schmidt est de brûler du bois.

La chaudière crée de la chaleur grâce à un système de gazéification : le bois chauffé, lorsqu’il est mélangé avec la bonne quantité d’oxygène, se vaporise pour devenir un gaz synthétique. La chaudière est donc munie d’un capteur qui permet d’analyser la qualité du bois pour gérer la quantité d’oxygène à introduire, le tout afin d’assurer une combustion efficace.

Gagnant-gagnant pour l’environnement

Selon Schmidt, la biomasse n’aurait que des avantages écologiques : c’est une énergie renouvelable, disponible toute l’année en grande quantité dans le territoire et qui permet de revaloriser les déchets de bois. Ainsi, on réduit le nombre de déchets destinés aux sites d’enfouissement, on s’approvisionne localement au lieu de se faire livrer du pétrole de contrées lointaines, et on participe activement à l’économie du territoire en créant de nouveaux débouchés dans les secteurs de la foresterie et du chauffage. Cette technologie est également neutre en émissions de carbone puisqu’elle ne crée pas de nouveau dioxyde de carbone (CO2) en tant que tel. Le CO2 dégagé par les chaudières est tout de suite réabsorbé par les arbres environnants. Dans la quête yukonnaise de l’autosuffisance énergétique, la biomasse apparaît donc comme une solution idéale.

Schmidt avoue cependant que le plus gros obstacle pour convaincre d’utiliser une chaudière à biomasse est le coût d’installation qui est de l’ordre de 65 000 $. Si l’investissement initial représente en effet un frein, il est pourtant rapidement rentabilisé par l’économie réalisée sur les frais de chauffage (en trois ans pour Raven Recycling, d’après Schmidt), puisque le coût du bois et de son broyage est beaucoup plus constant que celui du pétrole.

Si les unités actuellement installées au Yukon ne servent qu’au chauffage, elles pourraient aussi être utilisées pour produire de l’eau chaude, une bonne solution de rechange pour un hôtel qui souhaite réaliser de réelles économies et réduire son impact sur l’environnement. Des études sont également menées localement pour développer une technologie à biomasse capable de produire de l’électricité.

« J’attends à présent de nouveaux projets de chauffage à biomasse. J’ai l’impression que les gens sont frileux à se tourner vers cette solution et c’est parfois frustrant de ne pas pouvoir aller de l’avant quand on sait que c’est une bonne solution », conclut Schmidt.

Initiative de journalisme local    APF – Territoires

 

Le projet de balados L’Aurore en ondes a été rendu possible grâce à un financement des gouvernements du Québec et du Yukon en vertu du programme de coopération intergouvernementale en matière de francophonie canadienne. 

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