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Justin Trudeau reste fidèle à la diplomatie de la mode

Thibaut Rondel

En 1935, Dupond et Dupont se travestissaient en haut mandarins de la dynastie Qing pour se fondre dans la masse des Chinois du Lotus bleu. À la grande surprise de leur ami Tintin et d’une foule populaire hilare. Le premier véritable album critique d’Hergé ne figurait visiblement pas au menu des lectures de jeunesse du petit Trudeau.

Blouson en cuir Roots et ceinturon marron pour la visite yukonnaise de Justin Trudeau Photo : Thibaut Rondel


Fin février, le premier ministre et sa famille étaient en voyage officiel en Inde. Au pays de Gandhi, les Trudeau ont multiplié les séances photo vêtus de costumes traditionnels signés des plus grands couturiers locaux. Cette diplomatie de la mode a été raillée autant par les Canadiens que par les Indiens. À juste titre, ces derniers se sont notamment demandé pourquoi Justin Trudeau et Sophie Grégoire s’habillaient comme un couple prêt à se marier. L’ancien chef de l’État du Jammu-et-Cachemire, Omar Abdullah, a pour sa part qualifié la démonstration de mise en scène gentillette et a souligné que les Indiens ne s’habillaient même plus de la sorte à Bollywood.

Métamorphose un peu balourde

Bien qu’un geste vaille mille mots, comme le dit le proverbe, les lubies costumées du premier ministre ne traduisent rien de plus qu’une tentative un peu cucul de joindre l’utile à l’agréable pour promouvoir les valeurs du multiculturalisme canadien instauré par Trudeau père. Pour faire rayonner ses convictions et soigner son image de gendre bon chic bon genre, le premier ministre sait se faire caméléon, quitte à rompre avec l’authenticité. Tantôt boxeur tantôt cow-boy, Justin Trudeau est surtout un gars sympa qui n’hésite pas à boucler son jean blanc d’une ceinture arc-en-ciel et à déboutonner sa chemise rose lors de la Fierté gaie de Montréal. Place à la «coolitude» canadienne. Et tant pis pour le cliché.

Le premier ministre canadien n’est bien sûr pas le seul dirigeant sur la scène internationale à manier les arts de la mise en scène et les codes vestimentaires. Qu’il chevauche torse nu les plaines de Sibérie ou qu’il remonte subitement une collection d’amphores antiques des profondeurs de la mer Noire, Vladimir Poutine est à sa manière lui aussi un pro de la com. Plus récemment, les Français ont pu admirer Emmanuel Macron grimé en pilote de chasse et en sous-marinier, puis l’ont vu retrousser les manches de sa chemise blanche pour visiter les sinistrés de l’île de Saint-Martin après le passage de l’ouragan Irma. Dans son coin comme souvent, Donald Trump, lui, tient visiblement trop à sa casquette de golf rouge pour envisager une quelconque flexibilité vestimentaire.

La diplomatie de la mode de Justin Trudeau ne fait en soi de mal à personne et ne devrait pas être considérée comme un manque de respect ou une atteinte à la dignité des cultures ou des minorités, au contraire. Espérons seulement que les enfants Trudeau auront appris à faire la part des choses entre le déguisement d’Halloween de papa et les costumes traditionnels de peuples millénaires. Et qu’ils convaincront notre premier ministre de laisser au placard son béret basque et sa marinière lors de sa prochaine visite officielle en France.

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