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Joindre l’apprentissage pédagogique à la culture

Marie-Hélène Comeau

On les verra, le sourire au cœur et la magie dans les yeux. Ils seront âgés de 5 ou de 12 ans, tous étudiants de l’école Elijah-Smith à Whitehorse. Chacun portera fièrement son costume de danse fait de cuir et perlé de couleurs vives, heureux de danser à l’ouverture du festival Adaka le 21 juin au centre-ville de Whitehorse, Journée internationale des Autochtones.

« À l’époque des écoles résidentielles, les danses autochtones étaient réprimées. Les gens devaient se cacher pour les pratiquer. Aujourd’hui, je suis heureuse de faire partie de la première génération à faire émerger au grand jour ce qui est resté caché pendant plusieurs générations », évoque Stefanie Sidney, une des deux enseignantes dirigeant la troupe de danse Chunday K’anat’a (aigle volant) de l’école élémentaire Elijah-Smith dont la clientèle est autochtone.

La troupe de danse Chunday K’anat’a de l’école Elijah-Smith brillera lors des célébrations entourant la Journée internationale des Autochtones au festival Adaka, au centre-ville de Whitehorse. Photo : Centre culturel Kwanlin Dün

La troupe de danse Chunday K’anat’a de l’école Elijah-Smith brillera lors des célébrations entourant la Journée internationale des Autochtones au festival Adaka, au centre-ville de Whitehorse. Photo : Centre culturel Kwanlin Dün

Le nom de la troupe a été attribué par les étudiants en guise de clin d’œil à leur école dont l’architecture rappelle la forme de l’aigle vue du ciel.

Stefanie Sidney, dont le nom traditionnel tlingit est Sakinya, enseigne principalement les danses de la nation Tlingit, dont le rythme se distingue par sa rapidité.

« Danser fait partie de notre renaissance culturelle. J’ai appris en dansant avec ma famille et j’espère que les prochaines générations feront de même. En ce moment, nous semons des graines qui permettront aux jeunes de redevenir ce que nous étions avant l’imposition des écoles résidentielles », ajoute-t-elle.

Le programme d’enseignement des danses traditionnelles des Premières nations Southern Tutchone et Tlingit existe à l’école primaire Elijah-Smith depuis maintenant dix ans. Il a été mis sur pied grâce, entre autres, au travail de Stephen Reid.

« J’ai toujours eu un grand support de l’école et de la communauté dès l’implantation du projet », se souvient Stephen Reid, dont le nom traditionnel Southern Tutchone est Khâsha.

Ce dernier enseigne à la troupe les danses de la Première nation Southern Tutchone ainsi que les langues autochtones à l’école Elijah-Smith

« La portée pédagogique de ce projet est très grande. Il m’arrive de voir des jeunes repliés sur eux-mêmes dans ma salle de classe, alors qu’ils s’épanouissent dès qu’ils dansent. Ils réalisent par la danse qu’ils peuvent devenir des chefs de file positifs. De là, il est alors possible pour eux d’envisager l’être dans les autres sphères de la vie », affirme-t-il.

Au total, une vingtaine d’étudiants de tous les niveaux participent chaque semaine au programme.

« Je danse depuis que je suis dans le ventre de ma maman », affirme cette jeune étudiante en 3e année. « Ma mère a une garderie où elle aime enseigner la danse traditionnelle. Maintenant, je peux l’aider, car je connais beaucoup de danses », confie-t-elle joyeusement.

« Je voulais en apprendre plus sur mon héritage et sur ses histoires, c’est pour cette raison que je danse avec la troupe », confie cette autre étudiante de 8 ans.

En danse autochtone, apprendre les chansons et leurs origines est une étape aussi importante dans l’apprentissage que celui du mouvement du corps.

« Les rythmes et les chansons sont différents d’une Première nation à l’autre. Dans la tradition Southern Tutchone, les histoires sont plus abstraites et racontées du point de vue de l’animal. Dans la tradition Tlingit, l’histoire est abordée du point de vue du clan ou de l’être humain », explique Stefanie Sidney qui enseigne également la danse à l’école secondaire Porter Creek. « Peu importe l’âge de la chanson, l’histoire de sa création ne se perd jamais, elle est toujours transmise. Les jeunes aiment les entendre et cette information rend toute l’expérience beaucoup plus spirituelle, puisque c’est souvent dans un contexte de grande spiritualité qu’elles ont été créées », ajoute-t-elle.

Les jeunes seront-ils nerveux lors de leur performance au festival Adaka? « Bien sûr que non », s’empresse de répondre une jeune danseuse de 8 ans. « J’étais très nerveuse l’an passé quand j’ai commencé à danser avec la troupe. Maintenant, je suis habituée. Et puis, j’aime ça danser durant la Journée internationale des Autochtones, car au moment du repas, pour nous remercier de notre participation, nous sommes servis avant tout le monde! », ajoute-t-elle en riant joyeusement.


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