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Joe Lajolie, peintre corporelle, a plus d’un tour dans son sac

Kelly Tabuteau

La pandémie de COVID-19 a chamboulé les calendriers d’événements au niveau mondial. Le Yukon n’a bien entendu pas échappé à cette vague d’annulations. Nombreuses sont les activités qui ont dû être reportées, ou pire, être reléguées aux oubliettes. Les conséquences économiques sur les organismes et les entrepreneurs contractés spécialement pour ces occasions sont considérables.

Ces derniers mois, l’artiste Joe Lajolie a utilisé son propre corps pour s’exercer en peinture corporelle.
Photo : Josée Fortin

 

Au Yukon, c’est le 22 mars 2020 que le couperet tombe. Après avoir interdit tout rassemblement de plus de 50 personnes, le médecin- hygiéniste en chef, Dr Brendan Hanley, descend la barre à dix individus, rendant impossible la tenue de tout événement public. Les annulations se succèdent et les contrats offerts aux artistes professionnels tombent à l’eau.

Josée Fortin est l’une d’entre eux. Connue dans le milieu des arts sous le pseudonyme Joe Lajolie, l’artiste multidisciplinaire avait un calendrier complet pour l’été à venir, notamment en prestations de peinture corporelle.

Le 1er juillet, le Dr Hanley annonce un relâchement des restrictions dans la taille des rassemblements, désormais permis à 50 personnes en extérieur. Cela offre aux musiciennes et musiciens l’occasion de reprendre doucement le chemin de la scène. Le milieu de la peinture corporelle, lui, souffre cependant toujours, puisqu’il ne permet pas de respecter la distanciation physique recommandée.

Aucun contrat

Josée Fortin travaille sur son activité de peintre corporelle depuis de nombreuses années. Petit à petit, elle s’est fait connaître dans la communauté yukonnaise, que ce soit dans le milieu anglophone ou francophone.

En 2018, elle perce : les contrats s’enchaînent pour des fêtes familiales et des événements scolaires et corporatifs, et ses fins de semaine sont bien occupées. Puis, la COVID-19 débarque et tout s’arrête. Les fêtes d’enfants s’annulent les unes après les autres, suivies des grands rendez-vous de l’été : la fête de la Saint-Jean-Baptiste, la fête du Canada… Ces annulations sonnent le glas de cette source de revenus pour l’artiste.

Par chance, Josée Fortin est également aide-enseignante responsable de la francisation auprès d’enfants de 3 à 6 ans à l’école maternelle Montessori Borealis, ce qui lui permet de toujours gagner sans vie, sans trop souffrir de la situation.

Joe Lajolie ne s’arrête pas pour autant de peindre, se prenant elle-même comme modèle et s’exerçant pour être prête pour la reprise. « Tant qu’il n’y aura pas d’événements populaires, il n’y aura pas de contrats pour moi. Je nettoyais déjà correctement mes pinceaux entre chaque client avant, mais avec la COVID-19, c’est encore plus exigeant… Mais je prends bien la situation. Il y a des artistes qui ont complètement perdu leur carrière; pour ma part, cela prend juste une bifurcation différente. »

Aides gouvernementales

Pour pallier les pertes de revenus des artistes, le gouvernement du Canada, tout comme le gouvernement territorial, a mis en place plusieurs mesures d’aide financière. Au niveau fédéral, c’est la Prestation canadienne d’urgence qui a rapidement vu le jour, à raison d’une prime imposable de 2 000 $ toutes les quatre semaines pendant un maximum de 28 semaines. Quelque 8 850 Yukonnaises et Yukonnais en avaient fait la demande au 23 août 2020.

À compter du 27 septembre, c’est la Prestation canadienne de la relance économique qui pourra appuyer les travailleurs autonomes. En attente de l’adoption de la loi par la Chambre des communes et le Sénat, il s’agirait d’un versement de 400 $ par semaine pendant un maximum de 26 semaines.

Au niveau territorial, le ministère du Tourisme et de la Culture du gouvernement du Yukon a créé un financement spécial On Yukon Time de 75 000 $, destiné aux projets artistiques, pour contrer les effets de la COVID-19. L’enveloppe de la Bourse à l’intention des artistes professionnels a été doublée et le Fonds pour les arts a été augmenté de 25 %.

Josée Fortin affirme n’avoir fait appel à aucune de ces aides financières. « Depuis toujours, je m’approvisionne (équipement et matériel) grâce à mon autre source de revenus. » Finalement, la crise de la COVID-19 aura eu pour conséquence d’augmenter son nombre d’heures d’aide- enseignante à 32,5 (au lieu de 30 h) alors qu’elle prévoyait de les diminuer à moins de dix pour se consacrer à son activité de peinture corporelle. Ce n’est que partie remise.

Initiative de journalisme local  APF – Territoires

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