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Jeunes des Premières Nations et crise climatique : penser le progrès autrement?

Laurie Trottier

Exit les chiffres, les échéanciers et les cibles quantifiables. Le programme de bourse en action climatique des Premières Nations du Yukon propose une tout autre approche pour éveiller les consciences de leurs 14 boursières et boursiers pendant 20 mois. Une démarche centrée sur les savoirs autochtones et sur les compétences émotionnelles qui invite les jeunes à reconnecter avec leur territoire et leur culture, pour mieux les défendre.

Jocelyn Joe-Strack est microbiologiste de formation. Pour elle, le rôle du comité organisateur est de créer un espace où les jeunes peuvent guérir, échanger et reconnecter avec la culture autochtone.

Selon Jewel Davies, les mouvements de lutte contre les changements climatiques gagneraient à être plus inclusifs. « Il n’y a pas de place pour nous, sauf si nous nous en créons une », déplore-t-elle.
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Réfléchir les changements climatiques simplement en termes d’émissions et de déchets, c’est continuer de voir l’être humain comme un être séparé de la nature. « Nous sommes partie intégrante de cette nature », confie Jocelyn Joe Strack, une des membres du comité d’organisation du programme. Pour elle, c’est lorsque la sensibilisation aux enjeux climatiques passe par une approche de reconnexion qu’elle prend tout son sens. Les changements partent ainsi du cœur, du territoire, et de l’âme.

La Yukon First Nations Climate Action Fellowship est une initiative découlant de la déclaration d’état d’urgence climatique signée il y a un an par des représentant.es des Premières Nations du Yukon. Au cœur des réflexions s’inscrivaient la jeunesse et les droits des générations futures. Au sein de l’Assemblée des Premières Nations du Yukon, du Conseil des Premières Nations du Yukon et du Youth Climate Lab, un constat émerge presque naturellement : le plan d’action sur le climat doit être une initiative dirigée par la jeunesse.

Dès lors, 14 boursières et boursiers provenant de tous les groupes linguistiques du Yukon et de la Colombie-Britannique et âgé.es entre 23 et 30 ans ont été sélectionné.es et entreprennent ce que Jocelyn Joe Strack qualifie de voyage, de cheminement. « Nous faisons des rencontres Zoom, presque tous les lundis, pour les familiariser avec le savoir traditionnel autochtone, avec la compétence émotionnelle, avec différentes conceptions du monde et une perspective différente des changements climatiques », précise-t-elle.

L’objectif final? « Nous ne le savons pas encore », dit fièrement celle qui est nouvellement impliquée à la Chaire de recherche sur la surveillance environnementale et la mobilisation des connaissances traditionnelles à l’Université du Yukon. Le programme a été pensé pour se construire et se modifier au fil des intentions et des idées des boursières et des boursiers. C’est donc aussi cela, décoloniser le processus d’apprentissage.

Approche holistique à l’honneur

Pour Jewel Davies (Yekhunashîn), de la Première Nation Carcross/Tagish, le programme qui a débuté en janvier est un moment décisif dans son activisme environnemental. « C’est vraiment extraordinaire. C’est super de pouvoir développer des outils à travers une optique autochtone », s’enthousiasme la femme de 21 ans. « Le savoir traditionnel autochtone est vraiment important pour trouver des solutions aux changements climatiques. Le système de valeurs et de croyances peut guider la lutte, dans une façon qui respecte le territoire », souligne-t-elle.

Pour elle, le plus grand apprentissage des trois derniers mois est la compétence émotionnelle, soit de travailler à mettre des mots sur des émotions, à leur accorder une place importante et à se servir de celles-ci pour trouver des solutions aux changements climatiques. Pour Jocelyn Joe-Strack, c’est la beauté de l’approche holistique : devenir une personne « entière », soit de s’engager physiquement, mentalement, émotionnellement et spirituellement et de porter plus attention à nos sentiments. « Les émotions devraient être considérées comme une science importante », s’exclame Jewel Davies.

Revalorisation des savoirs autochtones

Jocelyn Joe-Strack et sa collègue Jodi Gustafson dirigent les activités tenues en vidéoconférence. Pour l’instant, celles-ci et leurs 14 jeunes boursières et boursiers en sont toujours à la première phase du projet : « Nous créons des safe spaces (espaces sécurisants), avec des cérémonies, des chansons et des prières. Nous honorons nos ancêtres, nous prenons le temps de reconnaître nos émotions et ouvrons la discussion sur comment nous pouvons cheminer et guérir », explique Jocelyn Joe-Strack.

Jewel Davies s’estime chanceuse : « C’est génial de voir que les savoirs autochtones sont valorisés dans un cadre plus formel. C’est comme si ce programme validait mes savoirs autochtones et leur redonnait la place qu’ils méritent », se réjouit-elle. Selon elle, rien ne sert de tenter de hiérarchiser les savoirs occidentaux ou autochtones. Il faut plutôt tenter de tirer le meilleur de ces deux modes de pensée, selon celle qui complète un baccalauréat en arts et en gouvernance autochtone à l’Université du Yukon.

Jewel Davies espère poursuivre son apprentissage des rites et savoirs traditionnels tout au long du programme de bourse, ainsi que « développer une passion collective pour la lutte aux changements climatiques ». À ce sujet, Jocelyn Joe-Strack est déjà certaine d’une chose : « Ces jeunes ont une voix si puissante. Il nous suffit de l’amplifier. »

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