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Il y a un peu de Yukon en Martinique

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Françoise La Roche

L’occasion de participer à la 4e édition de l’Université d’été de la francophonie des Amériques (voir article p. 6) à Ottawa en juin dernier m’a été donnée grâce à une bourse offerte par le Centre de la francophonie des Amériques à titre de journaliste de l’Aurore boréale. Cette expérience m’a permis de rencontrer des personnes très intéressantes venant de différents endroits des Amériques.

Voici une histoire que m’a racontée Virginie Lebeau. Cette jeune Martiniquaise a 37 ans, est directrice d’une agence de presse numérique, formatrice pour les porteuses de projet, mais aussi pour les entrepreneures. Elle est devenue une des ambassadrices pour la région de la Martinique dans le monde de la francophonie des Amériques.

Vous venez du Yukon?

Je fais la file pour prendre mon petit-déjeuner. Une jolie femme rousse se dirige vers moi et m’aborde : « Bonjour, vous venez du Yukon? » « Oui », ai-je répondu. « J’avais hâte de vous rencontrer, car j’ai une histoire à vous conter. »

Aventurier dans l’âme, Jean-Claude Lebeau a bourlingué au Mexique et au Brésil avant de s’installer à Keno, dans les années 1960. Photo :  fournie.

Aventurier dans l’âme, Jean-Claude Lebeau a bourlingué au Mexique et au Brésil avant de s’installer à Keno, dans les années 1960. Photo : fournie.

 

« J’ai un lien très important avec le Yukon », commence d’entrée de jeu Virginie Lebeau. « C’est ma petite découverte dans le monde de la francophonie. Ça ne m’intéressait pas plus que cela auparavant, je dois l’avouer. Le français, c’est ma langue maternelle. Donc la francophonie, même si j’ai une grande ouverture d’esprit, c’est vrai que c’est un mot qui entrait par une oreille et qui en ressortait par une autre. »

Un papa bourlingueur

Jean-Claude Lebeau, père de Virginie, est à l’origine de cette belle histoire. Il est né à Lille au commencement de la Secondaire Guerre mondiale. Il est devenu orphelin de père dès son jeune âge. Sa mère s’est remariée avec le rival de son mari. Le beau-père de Jean-Claude voyait dans cet enfant le visage de son concurrent.La cohabitation n’était pas nécessairement agréable. À 14 ans, avec son certificat d’études en poche, le jeune homme a quitté le domicile maternel. Sa vie d’adulte a alors commencé et il a exercé trente-six métiers. Aventurier dans l’âme, il a bourlingué au Mexique, au Brésil avant d’aller au Canada. « Le Canada était un point particulier dans sa vie parce qu’il nous en parlait fréquemment », raconte Virginie.

Jean-Claude a vécu environ six ans au Canada dans les années 1960, dont trois ans à Keno, au Yukon, à travailler dans les mines. Il a ensuite quitté le Canada avec cinq amis avec l’intention de poser ses pénates en Martinique. Toujours à l’affût d’un boulot pour gagner sa vie, il a obtenu le premier rôle dans un roman-photo, magazine très à la mode à cette époque. Il a rencontré une jeune femme dont il est tombé amoureux et s’est installé pour de bon et Martinique où il a fondé une famille.

L’aînée était une fille, Virginie et le cadet, un garçon. En souvenir de ses années d’aventure au Canada, il a décidé de nommer son fils du nom de la ville du Yukon dont il a gardé de si bons souvenirs : Keno. Mais l’État civil de la Martinique a refusé ce prénom.

« Mes parents voulaient absolument ce prénom », me dit Virginie. « Ils se sont battus et ont pris un avocat. Il y a eu une sorte de consensus, il fallait juste rajouter un prénom supplémentaire en français. On a donc accepté d’avoir le prénom Luc accolé à Keno. Sur son passeport français, son premier prénom c’est Keno. Son prénom rappelle une partie de l’histoire familiale. »

Un livre posthume

Virginie a eu envie de raconter l’histoire de la vie aventureuse de son père. Elle a profité du temps passé avec lui pour l’interviewer tout au long de sa maladie qui l’a privé de ses deux jambes.

« J’ai commencé à écrire sur son parcours, sur mon parcours d’accompagnante, aussi bien dans les joies que dans les peines, mais aussi dans la fin de vie », m’explique Virginie. Il y a un moment, j’ai eu le syndrome de la page blanche. Je n’y arrivais pas, il n’y avait plus rien. L’essentiel de l’histoire se passait devant mes yeux. Et j’ai fini par comprendre que si je terminais le livre, c’est qu’il ne serait plus. Ça a été le cas, il est décédé le jour de mes 35 ans. Et maintenant, je suis en train de finaliser ce livre que j’espère fortement pouvoir publier. »

Lorsqu’elle a entendu parler de l’Université d’été sur la francophonie des Amériques, Virginie s’est dit que d’y participer constituerait un bel hommage à rendre à son père qui a vécu au Canada, cet homme d’esprit, ouvert sur le monde et amoureux de la langue française. « Je me suis dit : pourquoi ne pas faire ce voyage et aller sur ces terres qu’il avait frôlées, même si ce n’était pas au Yukon. »

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Commentaires (1)

  1. Ludivine dit :

    Une belle histoire!

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