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Hiver yukonnais : changements et imprévisibilité à l’horizon

Roselyne Gagné-Turcotte

Sans surprise, les changements climatiques auront des impacts notables pour le futur des hivers yukonnais. Les conséquences qui y sont associées pourraient entre autres avoir un impact sur les communautés éloignées, l’approvisionnement en énergie verte et la sécurité alimentaire.

Selon le Rapport Indicateurs des Changements Climatiques au Yukon et Principales Conclusions paru en 2015, la température moyenne annuelle du Yukon aurait augmenté de 2 degrés au cours des 50 dernières années, soit deux fois plus vite qu’au sud du Canada ou du reste du monde.
Photo : Félix Turcotte

 

Le 2 novembre dernier, Whitehorse enregistrait une tempête de neige historique, avec une accumulation de plus de 35 cm en l’espace de 2 jours. Ce nouveau record contraste d’autant plus qu’il y a deux ans, la quantité de neige totale reçue durant l’hiver par la capitale se situait remarquablement sous les normales historiques, atteignant à peine 88 cm de neige contre 143 cm en moyenne.

Bien qu’il soit encore beaucoup trop tôt pour parler du présent hiver comme d’une saison record en ce qui a trait aux chutes de neige, l’avènement quasi consécutif de ces résultats extrêmes renforce une fois de plus le discours des météorologues et scientifiques, qui attribuent une plus grande variabilité aux conséquences des changements climatiques.

Météo versus climat

Pour comprendre l’implication de cette variabilité, il est essentiel de distinguer deux grands concepts, soit celui de la météo et celui du climat. Le premier terme dresse un portrait de l’atmosphère, qui est elle-même influencée par les océans, la calotte glaciaire et la surface du territoire. La météo peut être fortement variable dans le temps : il peut par exemple faire chaud et sec un lundi, puis frais et humide un mardi. Le climat représente quant à lui une description statistique des données associées à l’ensemble des paramètres qui influencent la météo, sur une période d’au moins trente ans : Dawson est plus froid que Whitehorse, bien qu’occasionnellement la température de Whitehorse soit inférieure à celle de Dawson.

Au Yukon, plusieurs indicateurs mettent en lumière les changements associés à notre climat hivernal. Selon le Rapport indicateurs des changements climatiques au Yukon et principales conclusions paru en 2015, la température moyenne annuelle du Yukon aurait augmenté de 2 degrés au cours des 50 dernières années, soit deux fois plus vite qu’au sud du Canada ou du reste du monde. Les hivers seraient d’ailleurs particulièrement sensibles à ce réchauffement, selon l’étude, augmentant en moyenne de 4 degrés pour une même période. Toujours selon le rapport, « au-delà des tendances historiques et projetées, la variabilité de notre climat devrait s’accroître ».

Des conséquences tangibles, même à court terme

Selon Brian Horton, directeur de la recherche sur les changements climatiques du Centre de recherche de l’Université du Yukon, les effets des changements climatiques risquent d’engendrer d’importants obstacles aux résidents de certaines communautés. « Il y a par exemple le cas de la région de Dawson, qui se base chaque année sur l’apparition de glace prévisible pour assurer le lien [entre Dawson City et West Dawson] via la mise en place d’un pont de glace », indique monsieur Horton. L’imprévisibilité associée aux changements climatiques pourrait toutefois prévenir la formation de passage l’hiver, comme cela a été le cas par le passé, ajoute l’expert. Rappelons que ce passage crucial assure une connexion efficace entre la ville de 1400 personnes et la plus petite communauté de 200 individus.

Brian Horton est le directeur de la recherche sur les changements climatiques du Centre de Recherche de l’Université du Yukon. Photo : Université du Yukon

 

Outre la problématique associée aux déplacements de certaines communautés dépendantes d’autres villes ressources, le scientifique souligne aussi la dépendance du secteur énergétique envers des quantités annuelles suffisantes de neiges. « Des précipitations significatives en hiver permettent de s’assurer que les bassins qui accueillent les centrales hydroélectriques sont suffisamment remplis pour produire l’énergie nécessaire à la demande. » En 2019, par exemple, les quantités de précipitations sous les normales et la température plus chaude du printemps avaient forcé Énergie Yukon à combler leur manque en se tournant vers l’utilisation de gaz naturel liquéfié et de génératrices au diesel pour répondre à la demande énergétique. « Dans le contexte actuel où il y a déjà un manque d’énergie à combler, cette pression supplémentaire [engendrée par les changements climatiques] pourrait complexifier l’atteinte des objectifs du plan gouvernemental « Notre futur Propre » en matière d’énergie. C’est pourquoi le plan comprend également des actions pour améliorer les prévisions et le suivi, et ainsi servir d’outils nous permettant de tirer le maximum de l’eau disponible », souligne Brian Horton.

Enfin, bien qu’un été plus chaud puisse être associé à une saison de croissance estivale plus longue pour l’agriculture, les changements climatiques pourraient apporter d’importants défis en lien avec la sécurité alimentaire. C’est notamment le cas des individus qui dépendent de la chasse pour assurer leur subsistance. « Plusieurs animaux seront grandement touchés par les changements qui pourraient survenir durant l’hiver. Lorsque la pluie advient durant cette saison, une couche de glace peut se former sur le couvert enneigé, nuisant par le même fait aux caribous qui ne peuvent plus accéder à leur source de nourriture. […] D’autres espèces vivent aussi un déclin, car elles ne sont pas capables de s’adapter suffisamment vite, malheureusement », prévient monsieur Horton.

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