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Glacier et bières à Juneau

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Émylie Thibeault-Maloney

Pour sa première visite dans le Nord, mon grand-père Éloi était enchanté par l’itinéraire que je lui avais concocté : la boucle Skagway-Haines, avec un détour par Juneau. Ce plan avait l’avantage de nous faire voir plusieurs choses en peu de distance, en ajoutant un élément nouveau pour moi aussi. En effet, cela faisait longtemps que j’avais envie d’aller découvrir Juneau et voilà que l’occasion idéale se présentait.

Nous voilà donc sur le point de partir et je fais part à mon grand-père des prévisions météorologiques : on annonce de la pluie sans arrêt pour la prochaine semaine. Je me fais répondre que je suis négative. (Plutôt réaliste, à mon avis.) Mais bon, je n’insiste pas et j’ajoute à mes bagages mes pantalons imperméables et mes charmantes bottes de pluie tout usées, question de garder le sourire malgré le torrent qui s’annonce.

Le centre-ville de Juneau est agréable à découvrir à pied. Photo : Émylie Thibeault-Maloney

Le centre-ville de Juneau est agréable à découvrir à pied. Photo : Émylie Thibeault-Maloney


On ne va pas sur la côte sud-est de l’Alaska sans se préparer pour la pluie. Ce serait comme visiter les Îles-de-la-Madeleine en espérant qu’il n’y ait pas de vent ou le désert du Sahara pour y voir des éléphants. Cela dit, si elle devait se présenter, j’accueillerai l’éclaircie comme s’il fut s’agit d’une pointe de pizza chaude au sommet d’une montagne : improbable, mais ô combien opportune.

Mon grand-père est la personne la plus optimiste qui soit, s’adressant à tous les étrangers sur son passage, en français SVP, et s’émerveillant devant tout et rien. Un compagnon de voyage idéal. En débarquant du traversier à Juneau, je me rends bien vite compte qu’il n’a cependant aucun sens de l’orientation et lorsque vient le temps de me guider vers le glacier Mendenhall, où nous passerons la nuit (il tient en ses mains la carte routière et les directions que j’ai imprimées au préalable), il m’envoie suivre le chemin selon les noms de route qui l’inspirent : « Tiens, Glacier Highway, ça doit être par là! Mendenhall boulevard, je suis sûr que c’est par là! » Charmant, mais pas très utile quand quasiment tous les noms de rues sont inspirés par l’attraction principale de la ville. À 21 h, la nuit est tombée et on a l’estomac dans les talons. Je préfère donc le laisser me raconter dans les moindres détails la beauté de telle sculpture qu’il a vue ou de tel morceau de Schubert pendant que je trouve le terrain de camping.

Finalement arrivés à desti- nation, nous nous empressons de monter le camp, et moi de me mettre aux fourneaux. Un bon repas chaud saura nous faire oublier — du moins, pour le moment — que les arbres sont trop éloignés les uns des autres pour pouvoir y tendre une bâche. Le ventre plein, nous nous réfugions dans nos tentes sans trop tarder.

Quel plaisir de se réveiller au son de la pluie qui tambourine sur la toile. Meeko (mon chien) et moi quittons l’espace contigu de ma tente solo. Café fumant à la main, nous nous faufilons entre les quelques arbres qui nous séparent du lac glaciaire. La couleur bleutée du majestueux glacier Mendenhall détonne avec le grisâtre de l’eau et du ciel bas. Un castor traverse paisiblement le lac, puis plonge en faisant claquer sa queue à la surface de l’eau. Seul le puissant vrombissement d’une imposante chute d’eau se fait entendre dans la distance. Quelques icebergs parsèment le lac; un dont la forme rappelle la silhouette d’un castor, justement. Décidément, on a vu pire comme spot de camping pépère. On ne regrette pas d’avoir réservé deux nuits ici, plutôt que de n’avoir eu qu’une heure pour admirer le glacier, comme cela aurait été le cas si nous avions opté pour une excursion d’un jour avec le traversier rapide.

En après-midi, nous partons explorer les environs. On nous a recommandé, pour s’éloigner des foules, le sentier East Glacier Trail. Mon grand-père ne cesse de s’exclamer devant la beauté du sentier. C’est vrai que les arbres fournis, tout recouverts de mousse verte, et le sol humide qui amortit chacun de nos pas rendent la randonnée fort agréable. De temps à autre, un pont de bois surmonte un ruisseau et une ouverture dans la forêt laisse entrevoir le glacier, le lac et ses icebergs, ainsi que les centaines de fourmis qui parcourent le sentier le plus près du sentier des visiteurs. La pluie s’intensifie. Heureusement, les grandes épinettes de Sitka en filtrent la majeure partie pour nous.

Après avoir parcouru la totalité de la boucle de 5,6 km en deux heures, nous estimons que nos efforts — aussi raisonnables soient-ils — méritent une récompense. Nous nous dirigeons vers nul autre que le quartier général de la brasserie Alaskan Brewery. Pour 20 $, il est possible de prendre part à une dégustation guidée de sept échantillons de bière. Puisque selon mon grand-père, la définition d’une bonne bière rime avec Coors Light, nous optons pour le forfait qui nous permet de déguster quatre bières de notre choix, question de pouvoir sélectionner les moins houblonnées. Éloi choisit sans hésiter la Alaskan White et la Smoked Porter et moi, la Kicker et la Big Mountain. Si lui les trouve encore trop amères, je me délecte. J’essaie de lui expliquer que c’est un goût qui se développe. Malgré sa réticence, il va quand même repartir avec un hoodie à l’effigie de la brasserie. Avec sa casquette camouflage et sa barbe de trois jours, il pourrait quasiment passer pour un local. De mon côté, je fais le plein de bières pour rapporter à la maison, puisqu’elles sont meilleur marché qu’au magasin. Ce petit 5 à 7 impromptu dans un joyeux brouhaha ambiant nous aura fait oublier que dehors, la pluie tombe toujours aussi dru.

De retour au camp, je constate que le double toit de ma tente a bougé, laissant entrer la pluie au travers le moustiquaire. Un lac s’est formé sur mon sac de couchage détrempé. Mon matelas de sol est, lui aussi, imbibé d’eau. Sans même prendre la peine de souper, Éloi déclare la bonne nuit. Moi, je m’installe dans la voiture, où mon sac séchera un brin, je l’espère.

Le lendemain matin, nous partons pour Haines à bord du Malaspina, le slow ferry. Alors qu’on annonçait une éclipse solaire, le ciel est couvert et nous n’en verrons que niet.

Je sors sur le pont; le brouillard a quelque chose d’hypnotisant qui invite à la contemplation et à la méditation. De toute façon, le traversier est tellement lent, pas moyen de faire autrement que de ralentir. Tiens, une baleine! Elle suit le bateau pendant quelques minutes, nous saluant de son jet de temps à autre. Quelle chance d’avoir pu l’apercevoir! Malgré la pluie, je suis reconnaissante d’avoir su être au bon endroit, au bon moment.

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