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Fonte du pergélisol : dégâts sur la route Dempster

Nelly Guidici, l’Aquilon

Glissements de terrain et trous d’effondrement apparaissent sur la route Dempster, unique voie d’accès routier pour les communautés d’Inuvik et de Tuktoyaktuk dans le delta du fleuve Mackenzie.

Le kilomètre 93 de la route Dempster présente des problèmes récurrents de sécurité liés aux effets du réchauffement climatique. La route Dempster est construite en majorité sur le pergélisol.
Photo : Cyrielle Laurent, Université du Yukon

 

Ouverte à la circulation en 1979 et parcourant plus de 737 kilomètres, la route Dempster relie le Yukon aux communautés de Fort McPherson, Tsiigehtchic, Inuvik et Tuktoyaktuk, communautés à plus de 470 kilomètres au nord du cercle arctique.

Non asphaltée, cette route qui est d’une importance vitale en connectant l’Arctique de l’Ouest au réseau autoroutier national subit les assauts répétés du réchauffement climatique.

« Construire sur le pergélisol est compliqué dès le départ, et il y a eu des problèmes dès le début. L’installation elle-même est source de problème », indique d’emblée Fabrice Calmels, de la Chaire de recherche sur pergélisol et les géosciences, au Centre de recherche de l’Université du Yukon.

Route vieillissante qui n’a pas fait l’objet de reconstruction majeure depuis sa mise en service à la fin des années 1970, la modification des conditions atmosphériques dues au changement climatique est également un facteur de préoccupation majeur. Les coûts de maintenance sur cette route, et sur tous les axes routiers construits sur le pergélisol d’une façon générale, sont cinq fois plus élevés que pour les autres routes. Les portions endommagées par la fonte du pergélisol doivent être refaites tous les trois à quatre ans, contre 15 ans en moyenne pour le reste du réseau routier non affecté.
« Construire une route sur le pergélisol est une cause de perturbations et on la gère en installant des ponceaux. Il y en a beaucoup sur la route Dempster et beaucoup ont de la difficulté à fonctionner, car l’accumulation de la neige pose problème », précise M. Calmels.

Le gouvernement du Yukon, qui est responsable de la maintenance de la portion de la route sur son territoire, soit 465 kilomètres, a dépensé 9,5 millions de dollars à l’exercice fiscal 2019 – 2020.

Les solutions à court terme

Pour les scientifiques et techniciens sur le terrain, l’une des tâches principales est de relever chaque nouvelle dégradation sur la route ou sur le terrain adjacent. Des glissements de terrain ou l’apparition de fissures ou de trous sont des problèmes récurrents. Le lac Chapman au kilomètre 116, par exemple, fait l’objet d’une surveillance accrue et prolongée.
« Avec l’Université du Yukon, on a commencé à travailler sur la Dempster en 2016. On étudie le site le long du lac Chapman pour comprendre la dynamique du pergélisol, mais on commence à connaitre correctement cette zone », explique le spécialiste.

Ce site a connu deux glissements de terrain en 2006 et 2017 liés aux fortes précipitations pour le plus ancien. La route a donc été déplacée à deux reprises et, pour le moment, « la meilleure manière de gérer cette maintenance est de resurfacer la route régulièrement avec du gravier. »

Une vision au long terme

La surveillance étroite des sites problématiques est en place, du côté yukonnais, comme au kilomètre 82. Le ministère de la Voirie et des Travaux publics a notamment installé une caméra qui prend une photo par jour en plus d’une station météorologique qui fait des mesures de températures.

« Ça nous permet d’avoir une meilleure compréhension du chronométrage de l’évènement. Savoir quand le trou va se former [est important], on devrait être capables de le replacer par exemple avec des précipitations, des températures enregistrées dans le sol et ça, un peu plus tard, ça va nous permettre peut-être d’anticiper la formation de trous d’effondrement », pense-t-il.

Alors que Transports Canada a mis en place un réseau national d’échange d’informations et de données autour de l’impact des changements climatiques sur les transports, le Secrétariat du changement climatique, organe du gouvernement du Yukon, travaille actuellement sur un projet de cartographie de la glace profonde dans le corridor de la route Dempster : « L’idée c’est de savoir en avance où sont les secteurs et de pouvoir anticiper les problèmes qui pourront surgir peut-être dans des décennies. Souvent avec le pergélisol on est en mode réaction et on répond au problème, mais maintenant, on essaie de mieux connaitre le pergélisol autour des infrastructures pour essayer d’anticiper les problèmes qui vont survenir. »

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