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Exposition « Doortraits » d’Alistair Maitland

Guillaume Riocreux

L’exposition en cours au Centre des arts du Yukon présente le travail photographique singulier d’Alistair Maitland, réalisé dans les tout premiers mois de la pandémie.

Alistair Maitland au milieu de ses « Doortraits ». Photo : Guillaume Riocreux.

 

Photographe et vidéographe indépendant, Alistair Maitland est installé au Yukon depuis onze ans et documente régulièrement les événements qui se produisent au territoire.

Avec les annulations en série dues à la pandémie, il s’est retrouvé sans source de revenus. Pour faire face à cette situation, il a eu l’idée de proposer à la population yukonnaise de photographier leur portrait, en respectant les nouvelles règles de distanciation sociale et isolement. Les photos ont ainsi été prises à distance et à travers portes et fenêtres, d’où le titre de l’exposition « Doortraits » (contraction de « porte » et de « portraits », en anglais).

Évolution de la démarche artistique

Cette approche inédite de prise de vue, proposée via sa page Facebook à un tarif particulièrement bas pour un photographe professionnel (25 dollars seulement au début du projet, puis sur contribution volontaire), rencontre vite un franc succès. À un rythme de parfois 20 visites quotidiennes à effectuer, il a réalisé entre avril et juillet 2020 environ 500 portraits de résident.e.s de Whitehorse. Il est désormais possible d’en admirer 33, qui sont exposés, du 5 juin au 27 août 2021, dans la galerie du Centre des arts du Yukon.

Si sa motivation initiale était principalement financière, Alistair Maitland a vite réalisé que ce projet lui donnait l’opportunité de documenter un moment historique, tout en pratiquant la photo sous un angle artistique.

Le photographe déclare en effet que ce projet lui a donné l’opportunité de prendre le temps de s’adapter à chaque contexte, chaque maison. Les modèles se plaisent à se mettre en scène d’eux-mêmes, et le photographe leur laisse la liberté de se présenter comme ils le souhaitent.

Les défis de prise de vue dus à l’architecture sont autant d’occasions d’expérimenter avec les jeux de reflets et de trouver des compositions originales. La situation unique de chaque foyer visité apporte également une dimension sentimentale au projet, allant au-delà du simple documentaire. La Ville de Whitehorse lui a également commandé des photos de ses bénévoles, et la Première Nation de Champagne-Aishihik, de ses finissant.e.s.

Quand Mary Bradshaw, directrice des arts visuels au Centre des arts du Yukon, lui a proposé de faire une exposition en 2020, il a d’abord refusé, épuisé par le stress de la pandémie et déstabilisé par la proposition: « Je ne me suis jamais considéré comme un artiste. La plupart de mon travail vit dans le monde digital, et est uniquement documentaire. Ce n’est presque jamais imprimé ».

Il a finalement accepté la proposition en 2021, avec la nouvelle motivation de « rappeler aux gens ce qu’était cette pandémie à ses débuts » : « Voir mon travail imprimé et exposé de manière tangible sur les murs est fantastique. Contrairement aux images digitales, ces impressions existent dans le monde. Cela les rend plus vraies. »

Le Centre a couvert grâce à des bourses le coût des impressions, réalisées par Intergraphics Ltd. Alistair Maitland tenait à faire imprimer ces photos au Yukon et soutenir ainsi les entreprises locales. Cette opportunité lui a donné le désir d’explorer des voies plus artistiques et d’imprimer davantage dans le futur.

Favoriser l’économie locale

« Cela fait partie du fait d’aimer vivre au Yukon. Tout le monde ici apporte énormément de soutien. Je n’aurais pas pu faire ça seul, sans toutes les personnes qui ont participé au projet […]. Ce projet nous a permis d’être ensemble dans cette folle période, et de célébrer les gens de notre communauté […]. Voir ces personnes se déguiser, planifier la photo, je ne m’attendais pas à cela. C’était une période difficile et cela n’a pas détruit leur moral. Elles ont montré une forte résilience. J’ai tellement de gratitude pour toutes ces personnes qui ont répondu présentes et ont participé, en étant juste elles-mêmes. C’était une très belle chose », conclut le photographe.

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