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Et si on mangeait des vraies affaires!

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Thibaut Rondel

Vendredi dernier, le géant de l’agrochimie Monsanto — désormais propriété du groupe européen Bayer — a été condamné par la justice californienne à verser près de 290 millions de dollars à Dewayne « Lee » Johnson. Atteint d’un cancer en phase terminale qu’il attribue à son exposition aux herbicides Ranger Pro et Roundup Pro, ce jardinier américain fait désormais figure d’icône dans la lutte contre les dérives de l’agrochimie et des industries alimentaires.

Les risques sanitaires liés aux chaînes de production industrielle deviennent de plus en plus préoccupants. Des pesticides répandus à travers champs aux bactéries mortelles qui sautillent dans son assiette, le consommateur du XXIe siècle avoue lui-même ne plus très bien savoir ce qui traverse son organisme. En atteste l’activité dynamique de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) qui a rappelé pas moins de dix-sept produits industriels à haut risque au cours des deux derniers mois.

Le chariot d’épicerie moderne emprunterait-il désormais plus à la cour des miracles qu’à la corbeille gourmande de l’artisan bio? Fort à parier que oui si l’on considère que ces produits transformés sont rappelés, car susceptibles de contenir des Listerias ou des salmonelles, des traces d’allergènes ou des aliments non déclarés. Entre autres joyeusetés, l’ACIA rappelle également des produits industriels contaminés aux E. coli, une bactérie que l’on trouve communément dans les selles de certains animaux.

Photo : Pixabay


Les artisans locaux ne sont certainement pas exempts de tout reproche, mais la qualité générale de leurs produits et les valeurs pour lesquelles ils se battent devraient toutefois leur conférer un capital confiance et une sympathie bien supérieurs à ceux dont bénéficient leurs homologues industriels. Au-delà des risques d’infection et d’allergie, le consommateur de produits transformés doit en effet composer avec d’autres menaces sanitaires, mais aussi psychologiques. En mêlant par exemple des tonnes de sucre raffiné à des produits aussi basiques qu’une soupe en brique ou une boîte de salade de fruits (qui contient déjà du fructose), les industries créent chez le consommateur une dépendance comportementale à cette substance et aux produits qui en contiennent. Mobilisés autour d’un paquet de céréales dites minceur ou d’un yaourt à 0 % de matière grasse, les pros de l’emballage marketing terminent la besogne des groupes de pression du sucre. Au Canada, le taux d’adultes en surpoids ou obèses est ainsi passé de 49 % en 1978 à 64 % en 2017. Vingt-sept pour cent de la population canadienne souffre d’obésité tandis que ce taux atteint un record de 40 % aux États-Unis.

De la production à la distribution en passant par la transformation et le conditionnement, l’industrie ne fait finalement qu’entretenir l’appétit débridé de la population nord-américaine. Jusqu’au Yukon, les allées des supermarchés regorgent de produits trop sucrés, trop salés ou trop gras. Les produits bruts sont toujours sciemment disposés en périphérie et quiconque veut se procurer du lait ou des œufs frais doit traverser l’épicerie en diagonale.

Les Yukonnais se targuent souvent de vivre au rythme du Yukon Time. Or, si l’éloge de la lenteur revient bel et bien au Yukon, sa population doit s’en faire le chantre. Privilégier les circuits courts, peler ses carottes et réapprendre à faire blanchir un brocoli reste la meilleure façon de commencer.

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