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Éditorial – Ensemble

Maryne Dumaine

Bon d’accord, rester seul.e pour des moments d’introspection ou pour se reposer un après-midi de printemps, le visage transformé pour l’occasion en tournesol, face au soleil, c’est sympathique. Mais après près de quinze mois à chercher du positif dans la distanciation, même les plus optimistes d’entre nous arrivent à une conclusion unanime : ça nous manque d’être ensemble!

Au Yukon, taux de pourcentage de vaccination aidant, les événements rassembleurs commencent peu à peu à redéployer leurs ailes. On voit ici Soir de Semaine lors du spectacle de lancement de leur 3e album.
Photo : Maryne Dumaine

 

Il y a quelques jours a commencé la Semaine de l’action bénévole. « Ensemble nous sommes plus fort.e.s. Ensemble nous bâtissons la communauté », peut-on lire sur l’annonce de remerciements à tous les bénévoles franco-yukonnais.e.s.

Ensemble… le mot paraît presque obsolète ces temps-ci… On le murmurerait presque, comme une denrée illégale pour nos cœurs assoiffés de contacts.

Les 16 et 17 avril derniers, Soir de semaine lançait son troisième album. Au-delà de la qualité incontestable du produit, le spectacle dépoussiérait un concept vital : celui de réunir dans un lieu public une cinquantaine de visages chaque soir.

Car oui, au Yukon, taux de pourcentage de vaccination aidant, les événements rassembleurs commencent peu à peu à redéployer leurs ailes. Tels des cygnes engourdis par une pause un peu trop longue : avec ambition, mais une envergure un peu plus restreinte qu’avant. On se rassemble, mais en moins grand nombre. On se parle, mais d’un peu plus loin. On ne danse plus debout (non, ce n’est pas un pléonasme), mais plutôt les fesses collées sur notre chaise. Et malgré tout, l’envergure se déploie tout de même, car toutes ces mesures n’ont pas grande importance, du moment qu’on est toutes et tous sur le même plancher. Du moment qu’on voit un vrai sourire dans les coins des yeux de nos ami.e.s masqué.e.s. Du moment qu’on peut rire et chanter à l’unisson.

À l’unisson… En plein milieu du spectacle, dans la chanson Au gré du vent, Soir de Semaine s’attarde nonchalamment sur le mot ensemble. C’est là, sur cet air de bossa-nova envoûtant, que j’ai pensé au Jour de la Terre (22 avril). Quel est le lien? C’est que mon âme de « hippie au Yukon » (en référence à l’œuvre de Gorellaume) y a ressenti un moment fort de connexion. Le public qui connecte avec un groupe plus soudé que jamais. Les visages qui se crispent de plaisir autant sur scène qu’autour des tables, les voix dans la foule, les sifflements d’enthousiasme… Et ce petit coup d’œil que Pascal St-Laurent lance à Véronique, sa partenaire assise près de moi, lorsqu’il fredonne le mot…

Être ensemble, c’est ça : avoir la capacité de connecter au-delà des mots. « I see you », dit-on en anglais, pour décrire cette capacité de ressentir la connexion avec l’autre, avec le vivant.

Quel privilège nous avons de vivre au Yukon, où non seulement nous pouvons nous rassembler un peu, mais aussi où la connexion avec notre Terre est encore chose possible. Parce que c’est quand nous sommes réunis qu’on peut vraiment ressentir le « tout ». La journée de la Terre, c’est une action collective pour préserver ce joyau sur lequel nous évoluons. Ensemble.

Bien sûr, être ensemble ne se limite pas non plus à jouer les hippies bisounours. Agir collectivement, c’est une force. S’encourager, se faire confiance, s’adapter et grandir grâce aux idées de l’autre, écouter. « S’entendre, même quand on ne se comprend pas », pour citer Maxime Vincent, explorateur à Dawson, invité à s’exprimer lors de la soirée électorale. C’est la force même de notre communauté. Ensemble, la communauté franco-yukonnaise a une volonté de communiquer, consulter, collaborer et surtout, d’avancer en trouvant en commun des solutions réalisables.

Quelle fierté quand ces actions collectives aboutissent à des résultats tangibles, tels que d’avoir la possibilité d’écouter les élections dans notre langue maternelle.

« Je ne me souviens que d’un mur immense. Mais nous étions ensemble. Ensemble, nous l’avons franchi », chantait JJ Goldman. Ensemble, on avance bien. C’est indéniable. En tous cas, on avance mieux que si on restait dans notre coin à ne penser qu’à nos intérêts personnels.

 

 

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