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Ensemble, elles gravissent le troisième plus haut sommet du Canada

Laurie Trottier

Le 26 avril dernier, Pascale Marceau et Eva Capozzola ont marqué l’histoire en devenant la première équipe entièrement féminine à atteindre le sommet du mont Lucania, le troisième plus haut au Canada.

Pour Pascale, il n’y a aucun doute qu’elle repartirait en expédition avec Eva Capozzola. En tout, le duo a dû débourser environ 10 000 $ pour accomplir son défi et a pu compter sur une bourse de 5 000 $ remise par la Société géographique royale du Canada. Photo : Eva Capozzola

 

Quand Pascale Marceau a contacté Eva Capozzola pour lui proposer de partir à la conquête du mont Lucania, situé à une soixantaine de kilomètres à l’est de la frontière de l’Alaska, celles-ci ne s’étaient rencontrées qu’une fois. Un coup de dé audacieux qui s’est transformé en succès, puisque celles-ci ont relevé le défi de grimper les quelque 5 226 mètres d’altitude tapissés de neige.

« On a eu une dynamique incroyable. Quand on est arrivées sur la montagne, peu importe les périples, on avait la confiance qu’on pouvait tout surmonter », mentionne Pascale Marceau, presque un mois jour pour jour depuis que ses bottes ont foulé le sommet. Plus qu’un passage obligé, la quarantaine imposée à leur arrivée au Yukon a été l’occasion de briser la glace et de peaufiner le plan de match.

La préparation : travail de longue haleine

Parce qu’ici, il ne suffit pas de gravir la montagne. Les exigences de l’alpinisme hivernal ajoutent une couche de difficulté à un duvet déjà bien blanc : l’établissement et le démantèlement presque quotidien du campement. « En réalité, ça prend près de la moitié du temps », confie Pascale Marceau. Tous les matins où elles doivent changer le campement de place, elles y mettent trois heures et l’équivalent au retour.

En effet, selon les conditions du site choisi, il faut ériger une plateforme, pelleter pour creuser un abri au vent et même bâtir des murs de neige entourant le campement. Selon l’alpiniste, les vents peuvent s’avérer fatals : « Malgré la conception des tentes, s’il vente à 120 km/h et que la tente n’est pas bien protégée, ça se déchire et ça devient une question de survie. »

Lorsqu’elles sont en ascension, elles sont aussi reliées par une corde d’environ 45 mètres, un dispositif de sécurité essentiel en cas de chute. Pour elles, cette rigueur organisationnelle vient balayer les préjugés comme quoi l’alpinisme est un sport égoïste et dangereux : « Ma perspective c’est qu’on ne se lance pas les yeux fermés. C’est vraiment calculé, préparé, méthodique. C’est presque une carrière. »

Pascale Marceau, originaire de Sudbury, en Ontario, affirme d’ailleurs passer presque la moitié de chaque année en expédition, majoritairement avec son conjoint. Le reste du temps, elle exerce le métier de consultante en ingénierie pour des industries à risque élevé. « Ça se marie très bien avec la vie de montagne », souligne-t-elle.

21 jours au cœur du parc national Kluane

L’entreprise Icefield Discovery a déposé l’équipe à son camp de base le 15 avril, situé à 2 743 mètres d’altitude. Même si, au cours de l’expédition, elles disent avoir été crevées, déshydratées et brûlées par le soleil, en plus d’avoir écopé de blessures aux chevilles et aux hanches, le mot que choisit Pascale Marceau pour décrire l’ascension pourrait en surprendre plusieurs : « Calme. La montagne nous accueillait », ajoute-t-elle, avec un brin de nostalgie qui semble avoir déjà établi ses quartiers chez l’alpiniste.

À la suite de ces trois semaines d’effort physique intense, celle-ci n’est pas près d’oublier le moment où elles sont restées assises sur le flanc de la montagne pendant près de trois heures pour attendre que les nuages passent et cessent de gêner la visibilité. « Il n’y avait aucun vent, aucune neige. Il y avait comme une grosse couverte chaude qui enveloppait les montagnes », affirme-t-elle, si bien que le duo a appelé cette pause le « camp mythique » : « On n’a rien dit, on n’a rien fait. On était juste présente. »

Elle qui cumule plus de 20 ans d’alpinisme a beaucoup appris lors de cette expédition, notamment à mieux partager ses émotions. « Il n’y avait pas de gêne, de honte, d’hésitation ou d’ego », note-t-elle. Les deux étant habituées d’effectuer des voyages mixtes et avec leur partenaire respectif, elles ont remarqué les caractéristiques uniques d’une aventure entièrement féminine, comme un désir de s’imposer davantage. « Et même quand on a réalisé qu’on a réussi et eu du succès, on cherchait à diminuer, mais non. C’est nous! », dit-elle en riant.

En décembre, Pascale Marceau et son conjoint se dirigeront vers un terrain plus plat, le Groenland. Une aventure culturelle, de chasse et de pêche, de traîneau de chiens et d’archéologie. À quand le voyage de relaxation au bord de la plage? Pascale Marceau m’assure, sourire aux lèvres, que ce n’est pas dans ses plans.

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