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Des excréments d’ours qui contribuent à la conservation de l’espèce

Roselyne Gagné

Dotée d’une expertise en génétique qu’elle a acquise durant son doctorat en biologie cellulaire et moléculaire, Lucile Fressigné a lancé cet été le projet de science participative OURS qui cherche à mettre à jour les données sur les populations de grizzlys et d’ours noirs du Yukon.

Le kit d’échantillonnage comprend un contenant hermétique à identifier, un bâton de bois et une paire de gants.
Photo : Lucile Fressigné

 

Le projet de recherche, réalisé en partenariat avec l’université Queen’s, en Ontario, servira ainsi à mettre au point une nouvelle méthode prometteuse visant à extraire et séquencer l’ADN des ours à partir de leurs excréments. Non invasive et relativement peu coûteuse, cette méthode présente l’avantage de fournir de précieuses informations sur les populations actuelles. « Les données recueillies par cette technique sont très riches. Elles nous informent notamment sur la distribution spatiale et temporelle des individus, mais aussi sur leur diète, ce que d’autres techniques non invasives comme celle basée sur la récupération des poils ne permettent pas », précise la biologiste.

Un recensement basé sur des données scientifiques

La nécessité d’effectuer un nouveau recensement est née d’une recommandation du gouvernement du Yukon et du Conseil de gestion des pêches et de la faune, énoncée dans leur plus récent Plan de conservation des grizzlys. Cette recommandation adresse l’importance d’une actualisation des estimations historiques quant aux populations du territoire, dont les plus récentes datent d’il y a près d’une quarantaine d’années. « Depuis 2018, le grizzly a été ajouté à la liste des espèces préoccupantes. Pour assurer sa conservation, il est important de mettre en place des méthodes qui vont nous permettre d’évaluer et de suivre l’évolution de la population à l’aide de données scientifiques crédibles plutôt que de se tourner vers les estimations datées dont nous disposons actuellement », ajoute la scientifique. Les résultats pourraient par exemple être utilisés pour ajuster des quotas de chasse ou encore pour établir des zones protégées pour l’animal, de façon à réduire le risque de conflit humain-ours.

D’autres groupes d’individus ont aussi démontré leur intérêt vis-à-vis de l’étude. C’est notamment le cas de la Première Nation Kwanlin Dün qui a rapidement proposé de venir en aide au projet OURS. « Ils souhaitaient évaluer la population d’ours sur leur territoire, notamment aux alentours de Fish Lake, et en apprendre plus sur leur régime alimentaire », explique Mme Fressigné. Savoir si ces mammifères sont prédateurs de caribous et d’orignaux pourrait influencer les activités traditionnelles des membres de la Première Nation.

Un projet qui requiert l’aide du public

Dans l’optique de récolter le plus de données possible, la Franco-Yukonnaise demande l’aide du public pour contribuer à la campagne d’échantillonnage d’excréments. Cette dernière fournit d’ailleurs gratuitement des kits destinés à cet usage, mais accepte également de se déplacer pour procéder à l’échantillonnage, par exemple lorsque les gens ne sont pas à l’aise de procéder par eux-mêmes.

Depuis le début de l’été, plus de 50 échantillons ont déjà été collectés, dont seulement 20 par la biologiste. Selon elle, l’identification est relativement aisée et peut contribuer à transformer votre prochaine randonnée en une occasion de faire avancer la science et la connaissance des ours du Yukon.

« Souvent, les gens veulent participer parce qu’ils aiment l’animal, et qu’ils veulent contribuer à assurer leur bien-être. Toute sorte de personnes m’ont déjà proposé leur aide, de tous les sexes et de tous les âges. Ça va de 20 ans à 70 ans », se réjouit Lucile.

Les kits d’échantillonnage peuvent être récupérés au Centre communautaire du Mont Lorne et de Marsh Lake, ainsi que dans une boîte disposée sous le panneau du restaurant du Cut Off, au sud de Whitehorse. L’instigatrice du projet peut aussi être jointe à l’adresse ours.lfressigne@gmail.com pour toute question ou requête en lien avec l’étude.

Lucile Fressigné se tourne vers la communauté yukonnaise pour l’aider à échantillonner des excréments d’ours dans le cadre de son projet de recherche.
Photo fournie

Commentaires (1)

  1. theodore fressigne dit :

    A quand les premiers résultats?même partiels,ils permettront de booster le projet.

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