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Des arbres fruitiers au Yukon, du rêve à la réalité

Marie-Hélène Comeau

On pourrait croire que le climat nordique du Yukon ne serait pas propice à y faire pousser des pommiers ou des poiriers. Pourtant, la pépinière Klondike Valley Nursery, située tout près de la ville de Dawson, fait mentir depuis plusieurs années les plus sceptiques.

John Lenart a commencé à mettre sur pied sa pépinière située dans la région de la ville de Dawson il y a plus de 30 ans. Photo : Kim Melton

 

Faire pousser des arbres fruitiers en climat nordique où les hivers sont froids et les étés très courts : c’est la mission que s’est donnée il y a plus de 30 ans John Lenart, horticulteur yukonnais installé dans la région de la ville de Dawson. Ce fermier des temps modernes a su aménager, au cœur d’une étendue sauvage hostile et isolée, une petite parcelle de terre fertile où il réussit à faire pousser des arbres fruitiers.

Il y a quelques années, alors que John animait dans la région de Whitehorse un atelier d’information sur le sujet, le hasard a mis alors sur sa route la biologiste Kim Melton. « Je voulais comprendre à l’époque comment faire pousser des aliments au Yukon. Après cet atelier, je me suis rendue à Dawson afin de pouvoir apprendre en travaillant sur sa terre », explique Kim Melton, qui est aujourd’hui la compagne de vie de John. Ensemble, ils gèrent depuis cinq ans la pépinière Klondike Valley Nursery.

Outre les pommiers et les poiriers, on retrouve également des cerisiers et des camérisiers, des cassissiers et même des vignes. « C’est beaucoup de travail, mais avec la lumière de l’été, j’aime passer mes journées les mains dans la terre à m’occuper de notre pépinière et de notre verger », lance-t-elle en français, une langue qu’elle a acquise au programme d’immersion française à Yellowknife, où elle a grandi.

L’entreprise offre donc également des services dans la langue de Molière tout au long de l’année.

Des fruits pour le Nord

De façon générale, les fruits que nous retrouvons en vente dans les épiceries du Yukon ont été cultivés dans les régions plus au sud qui sont dotées d’un climat plus chaud et clément. La sélection de ces fruits pour la culture se fait en fonction d’une série de critères bien précis dictés par le marché. Ainsi, on décide de cultiver certains spécimens au détriment d’autres en fonction de leur apparence, de leur capacité à survivre aux longs transports ainsi que de leur longévité une fois qu’ils sont récoltés.

Dans ce contexte, on oublie souvent qu’il existe d’autres espèces de ces mêmes fruits dont la culture est pourtant adaptée à la période végétative courte du climat nordique. Les fruits de ces arbres ou arbustes sont tout aussi excellents, bien que leur apparence ne soit pas toujours parfaite, qu’ils ne soient pas aussi résistants au transport ou qu’ils aient une longévité plus courte.

S’ils sont cultivés au Yukon pour une consommation locale, les critères de résistance et de longévité n’ont plus la même importance. Du même coup, il serait possible de faire un pas de plus vers l’atteinte de l’autonomie alimentaire au Yukon.

C’est avec cette idée en tête que John Lenart avait approché le programme sur les fruits (Fruit Program) de l’Université de la Saskatchewan. Ce programme possède une collection de plus d’une vingtaine de cultures fruitières adaptées au froid. « Ce programme nous a permis d’obtenir du matériel génétique adapté pour le climat du Yukon. C’est de cette façon que John a pu commencer à faire pousser des arbres fruitiers adaptés à notre climat », explique Kim Melton, qui en profite pour parler également des démarches qu’ils ont commencées avec l’Université du Yukon afin de partager leur expertise.

« En ce moment, l’Université du Yukon n’a pas de programme d’agriculture, mais nous demeurons en contact avec les professeurs pour voir à quel niveau nous pourrions collaborer », précise-t-elle.

Transporter les arbres, un voyage de canot à la fois

Chaque année, la pépinière offre une centaine de pommiers ainsi qu’une centaine de poiriers disponibles pour la vente. « Comme nous sommes situés dans une vallée de l’autre côté de la rivière Klondike, nous devons transporter nos arbres en canot pour la traverser et rejoindre la route. Cette situation nous oblige donc à transporter nos arbres alors qu’ils sont encore petits. Les gens qui les achètent doivent donc patienter quelques années avant de voir les premiers fruits apparaître », explique Kim Melton.

L’entreprise Klondike Valley Nursery fournit chaque année des arbres à la Ville de Dawson. Le couple aimerait en faire de même pour la Ville de Whitehorse, qui chaque année se voit souvent dans l’obligation d’acheter les arbres pour son aménagement paysager à partir des provinces du sud. Ces arbres toutefois sont bien souvent inadaptés au climat nordique ce qui entraîne rapidement leur mort.

Mais, pour la pépinière Klondike Valley Nursery, le nombre limité d’arbres qu’ils arrivent à faire pousser les restreint en ce moment. « On aimerait trouver un partenaire de production au Yukon qui nous permettrait d’augmenter notre production et envisager de pouvoir répondre aux besoins du territoire », explique Kim Melton, qui s’active déjà dans la pépinière à l’approche du printemps.

Précisons que l’entreprise se déplace à Whitehorse habituellement à deux ou trois reprises pendant l’été afin d’y vendre ses arbres fruitiers et ses arbustes. Pour l’achat d’un conifère ou d’un arbre fruitier, il est tout de même fortement recommandé de réserver à travers le site Web de la pépinière.

Pour ce qui est de goûter à la récolte des pommes de leur verger, il faut cette fois-ci se déplacer à Dawson pour avoir ce plaisir. Ces dernières sont habituellement en vente de la mi-août à la mi-septembre au marché public de Dawson.

Les défis de la culture nordique

Kim Melton rappelle qu’en matière d’entretien des arbres fruitiers au Yukon, il faut toujours se méfier des périodes de transitions à l’automne et au printemps où tout est plus vulnérable.

D’ailleurs, John et Kim ont au fil des ans publié des rapports sur les différents résultats de leurs expérimentations d’horticulture nordique. Il est possible de consulter ces documents publiés en anglais à l’adresse de leur site Web : klondikevalley.com

Initiative de journalisme local; APF – Territoires

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