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Découvertes archéologiques par les particuliers

Guillaume Riocreux

Le 17 avril dernier, le Centre d’interprétation de la Béringie a accueilli une conférence sur le thème de l’archéologie au Yukon, et plus particulièrement sur la procédure à suivre en cas de découverte de spécimens archéologiques par le public.

M. Thomas montre au public des reproductions de découvertes archéologiques.
Photo : Guillaume Riocreux

 

Jim Welsh, agent du ministère de l’Environnement (programme d’éducation des chasseurs), organise tout au long de l’année des conférences éducatives à l’intention des chasseurs yukonnais et de tous les amoureux de la nature. Ces ateliers gratuits couvrent un large éventail de sujets. Ils visent à parfaire sa connaissance du terrain et ses compétences afin de pouvoir profiter pleinement et consciemment du territoire yukonnais.

Ces conférences ont eu lieu jusqu’à présent en anglais, mais les francophones peuvent trouver les cours d’éducation des chasseurs en ligne en français (huntercourse.com/canada/yukon/). De plus, un conférencier est en cours de formation afin de pouvoir animer ces mêmes ateliers en français.

Les trouvailles archéologiques faites par des particuliers sont nombreuses au Yukon. Cette conférence du 17 avril avait donc pour mission de renseigner le public sur la procédure à suivre en cas de découverte. De nombreux objets (en pierre, en obsidienne, en bois, mais aussi en peau) et sites archéologiques (campements, pièges de chasse, marques de hache sur les arbres, canoës abandonnés, lieux d’inhumation…) sont découverts régulièrement. En effet, l’Alaska et le Yukon sont les premiers territoires qui ont été traversés par des populations venant d’Asie lors de leur migration sur le continent américain. Il est communément admis que leur présence au Yukon remonte à 14 200 ans, mais des preuves laissent suggérer que des groupes humains ont traversé la Béringie il y a de cela 20 000 ans.

Que faire en cas de découverte?

Pour répondre à cette question, Jim Welsh a invité l’archéologue Christian Thomas, du ministère du Tourisme et de la Culture du Yukon.

M. Thomas travaille depuis 2018 sur le projet Yukon Ice Patch qui a permis à des archéologues d’aller étudier les plaques de glace qui couvrent une partie du territoire. La fonte de ces plaques permet de découvrir des spécimens archéologiques parfaitement conservés, comme ce fut le cas pour la flèche entière retrouvée en 2018. Les plaques de glace, de par leurs propriétés de conservation exceptionnelles et leur ancienneté, ont d’ailleurs été soumises pour inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Des trouvailles sont faites en tout temps et sur l’ensemble du territoire. Toutes les activités humaines qui interviennent sur le sol (chantiers de construction, fermes, aménagement de sentiers ou de lignes de trappe…) peuvent dévoiler des spécimens enfouis. Une simple ballade en nature peut révéler de belles surprises. M. Thomas note aussi avec humour que plusieurs animaux de compagnie ont ramené des spécimens.

Tous les artefacts découverts n’ont pas de la même importance aux yeux des archéologues (comme les pointes de flèches, relativement communes). Ils peuvent cependant être d’une importance capitale pour d’autres disciplines. Ainsi, cette pointe de flèche taillée d’une manière particulière peut indiquer un changement dans les techniques de chasse, qui indique un changement du gibier disponible, qui indique à son tour un changement du climat, des routes migratoires des animaux ou même de leur état de santé. En étant étudiée par les paléontologues, les climatologues, les zoologues, etc., cette flèche peut aider, par recoupement d’information, à dessiner une histoire globale du Yukon.

Une procédure simple

En cas de découverte de lieux ou d’objets, M. Thomas insiste sur plusieurs points :

– Ne rien toucher, ne rien ramasser et laisser le lieu tel qu’il est, sauf s’il y a un risque de dégâts imminents. Dans ce dernier cas, collecter le spécimen et le conserver au congélateur s’il est constitué de matières délicates comme le cuir ou le bois;

– Enregistrer les coordonnées géographiques de l’endroit de la découverte (si possible avec un GPS). Prendre des photos du lieu sous différents points de vue afin de permettre l’identification de celui-ci et de son environnement immédiat (et de le retrouver en l’absence de coordonnées);

– Contacter aussi vite que possible le Programme d’archéologie du Yukon et la section patrimoniale du gouvernement des Premières Nations.

Dans le cas de la découverte d’un corps ou d’ossements humains, ou encore d’un lieu de sépulture ou d’inhumation, M. Thomas insiste sur l’importance de ne toucher absolument à rien et de contacter immédiatement la police canadienne. Ces cas sont particulièrement sensibles, car il est difficile pour le public de déterminer sans connaissances scientifiques préalables l’âge des restes, qui pourraient tout autant être un spécimen archéologique qu’une personne disparue ou une victime de crime. Contacter les services de police permet de ne pas troubler une enquête éventuelle et de conserver le lieu tel quel en cas d’investigation archéologique. M. Thomas suggère ensuite de contacter le Programme d’archéologique du Yukon et la section patrimoniale du gouvernement des Premières Nations. Comme dans le cas d’objets ou de sites, il faut ensuite relever les coordonnées géographiques et prendre autant de photos que possible.

Un total de 4500 sites archéologiques ont été documentés au Yukon, dont un nombre conséquent dans un rayon de 30 km autour du centre-ville de Whitehorse. Depuis la mise en place de procédures claires, les spécimens trouvés et remis appartiennent au gouvernement du Yukon et restent ainsi sur le territoire. M. Thomas indique en effet que la plupart des artefacts trouvés avant l’instauration de ces procédures sont maintenant éparpillés dans de nombreux musées à travers le monde, et que peu sont restés au Yukon.

Point de vue autochtone

La fin de la conférence a été l’occasion d’engager une discussion informelle avec les participants. Un membre du public, autochtone, a exprimé le point de vue des Premières Nations sur ces découvertes. Il a insisté sur la nécessité de travailler en étroite collaboration avec les différentes nations du territoire. Si les objets et les sites découverts ont un statut d’objet d’étude pour les scientifiques, ils ont une signification toute différente pour les Autochtones qui leur accordent une dimension spirituelle et parfois profondément sacrée. Déranger ces lieux ou s’approprier ces objets est donc un sujet délicat qui nécessite une consultation étroite avec les conseils locaux des Premières Nations et leurs aînés afin de respecter les positions et les souhaits des scientifiques et des Autochtones.

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