Accueil » À la une » Cueillir

Cueillir

Maryne Dumaine

Une fine glace recouvre nos véhicules le matin et nous fait déjà penser à l’équipement pour l’hiver. Avec elle s’annonce la fin de la saison des champignons, mais la reconnexion avec nos racines génétiques de chasseurs-cueilleurs n’en est pas, pour autant, mise au placard.

Photo : Isabelle Carrier

 

Dans notre beau territoire, les campagnes de marketing incitent sans précédent à rester au Yukon pour vivre des expériences qui nous emmèneront loin. Les occasions de s’adonner à des activités ancestrales sont plus que jamais à la portée de toutes et tous.

Les photos de voyage de chasse envahissent les médias sociaux des Yukonnaises et des Yukonnais. Lieux secrets éloignés, nouvelles expériences riches en apprentissages, transferts de savoir intergénérationnel ou tout simplement moment de « déconnexion » pour se retrouver en pleine nature. Chaque séjour à l’extérieur apporte une richesse non monnayable, mais oh! combien essentielle à notre équilibre de vie. Loin de la chasse au trophée qui perdure ailleurs dans le monde, et qui a probablement perdu en popularité ici avec la fermeture des frontières, le Yukon offre un moyen de retrouver le vrai sens de la vie. Ici, la chasse vise à se nourrir, soi, sa famille et ses proches.

Bien sûr, tout le monde ne chasse pas. L’automne, bien que les températures baissent encore, reste une saison propice à aller jouer dehors. Pour certains et certaines, la chasse se déroule un peu plus près du sol : armés d’un contenant, de patience et préférablement de bonne compagnie, c’est vers le sol que se tournent les yeux aiguisés de ceux et celles qui s’adonnent à la cueillette. Cette année, les belles pluies estivales ont gorgé de jus les canneberges qui se délectent à présent du doux soleil automnal. Cueillir des baies, abondantes dans nos forêts boréales, permettra de réaliser de succulentes préparations dès maintenant, mais aussi tout l’hiver. Riches en vitamines et en antioxydants, les baies peuvent être utilisées fraîches et conserveront leurs propriétés après séchage ou congélation.

De plus, dans un monde où la pleine conscience compte un nombre grandissant d’adeptes, comment ne pas mentionner le merveilleux cadeau que nous offre en ce moment dame Nature. Tous les sens sont en éveil lors d’une promenade automnale. L’odeur presque sucrée des feuilles qui entament leur décomposition. La multitude de couleurs et de contrastes qui aiguisent notre sens visuel. Le goût acidulé des baies grignotées au passage (« une pour le sac, une pour mon bedon », dixit ma fille de 7 ans!). Le son du vent dans les arbres, des oiseaux… Un soleil encore chaud sur la peau, mais dont la distanciation avec la Terre est trahie par l’air ambiant, déjà froid dès que nous sommes à l’ombre d’un boisé… Quel beau moment pour tout simplement vivre dans l’instant présent, apprécier l’équilibre.

Expert dans la transmission des savoirs ancestraux des chasseurs-cueilleurs, Kim Pasche offre également une introduction éloquente sur son site gens-des-bois.org. « Retrouver l’équilibre par le Dialogue avec la Nature. Se reconnecter à nos racines sauvages pour retrouver, enfin, notre place dans la grande Communauté du Vivant. Les peuples racines et les savoirs traditionnels nous apprennent quelque chose que notre modernité ne sait pas trouver : comment les humains peuvent vivre de façon pérenne sur cette terre. »

Saviez-vous qu’au Yukon plusieurs classes vont à la cueillette des canneberges régulièrement? Apprentissage par l’expérience, école de la forêt ou intégration des méthodes traditionnelles dans le curriculum scolaire. Peu importe le nom donné, le résultat est le même : offrir du temps à nos enfants pour apprendre des connaissances ancestrales pratiques. Le conseil des Premières Nations du Yukon s’est d’ailleurs lancé dans cette voie aussi en se dotant d’une direction de l’éducation indépendante : pour que les enfants autochtones puissent apprendre les méthodes (et à la façon) de leurs ancêtres. Un an après la déclaration de l’État d’urgence climatique au Yukon, apprendre à connaître notre Terre et notre environnement, pour y vivre de façon pérenne, n’est-il pas en effet un besoin de base?

Gardons aussi en tête que les canneberges, c’est toujours facile à inclure dans la boîte à dîner. Et puis, si jamais vous n’avez pas de contenant, un pliage simple d’une feuille de papier journal vous offrira un moyen de ne pas passer à côté de cette belle parcelle de baies qui vous font de l’œil au coin du chemin. Voilà comment allier recyclage et cueillette abondante!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *