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Crise des opioïdes : le Yukon sur un pied d’alerte

Marie-Hélène Comeau

La crise des opioïdes frappe partout au Canada et le Yukon n’est pas épargné. Le journal l’Aurore boréale se penche sur la question en publiant une série d’articles sur le sujet. Nous commençons dans ce numéro-ci par les différentes mesures qui sont présentement mises en place afin d’enrayer le nombre de décès au territoire en lien avec cette épidémie.

Situé à l’édifice Sarah-Steel au centre-ville de la capitale, le Bureau de lutte contre l’alcoolisme et la toxicomanie peut offrir, sur demande, des séances d’information en français sur l’utilisation de la trousse de naxolone. Photo : Marie-Hélène Comeau

 

Les opioïdes tels que le fentanyl, l’oxycodone, la morphine et la codéine sont obtenus sur ordonnance ou illégalement. Dans les deux cas, ils peuvent entraîner des conséquences inattendues, comme une dépendance, une intoxication, voire la mort. Au mois d’octobre dernier, le gouvernement du Yukon annonçait le décès de 18 personnes au territoire depuis 2016 suite à une surdose d’opioïdes, dont 11 étaient liés au fentanyl.

Une trousse à la rescousse

Des trousses de naloxone sont présentement distribuées dans tout le territoire afin d’aider les gens à intervenir en cas de surdose. La naloxone est une substance antagoniste des récepteurs de la morphine. En d’autres mots, elle est administrée en cas de surdose afin d’arrêter momentanément l’action de la morphine. La naloxone ne peut rétablir la respiration entre deux à cinq minutes que si des opioïdes comme le fentanyl, l’héroïne, la morphine ou la codéine sont présents dans l’organisme. Toutefois, puisque l’effet de la naloxone n’est que temporaire, il est alors très important d’appeler immédiatement les services d’urgence.

En date du mois de novembre 2018, plus de 1900 trousses de naloxone ont été distribuées partout au territoire. Et ce chiffre continue d’augmenter.

« Nous en distribuons constamment et offrons tous les mercredis des séances de formation de 20 minutes sur l’utilisation de la trousse », explique Cameron Grandy, directeur des Services pour le mieux-être mental et la lutte contre l’alcoolisme et la toxicomanie du Yukon. « On enseigne aux gens ou aux familles comment faire une injection de naloxone en cas d’urgence. Ça rassure beaucoup les gens qui n’ont jamais fait d’injection auparavant », explique M. Grandy.

Dans la région de Whitehorse, il est possible d’obtenir des trousses de naloxone au Bureau de lutte contre l’alcoolisme et la toxicomanie situé à l’édifice Sarah-Steel au centre-ville de la capitale. Il est possible aussi de se procurer une trousse dans l’ensemble des pharmacies de Whitehorse. Dans tous les cas, le service est anonyme.

Pour ce qui est de l’extérieur de Whitehorse, les gens doivent s’informer sur le lieu de distribution de leur communauté puisqu’il diffère d’une région à l’autre.

« Nous ignorons combien de trousses sont utilisées, mais une chose est certaine, la distribution est continue. Ça n’arrête pas », explique M. Grandy qui se prépare déjà à renouveler la commande pour le Yukon. « Notre objectif pendant la crise est d’éviter le plus possible des décès liés à une surdose. Idéalement, on aimerait qu’un plus grand nombre possible de Yukonnais ait en leur possession une trousse de naloxone en cas d’urgence », confie-t-il.

Vérifier avant de consommer

Depuis le mois de juillet 2018, l’organisme Blood Ties Four Directions, situé sur la rue Ogilvie à Whitehorse, est doté d’un service de vérification des drogues au moyen de bandelettes réactives au fentanyl. Pour l’instant, ce service n’est toutefois pas offert dans les communautés yukonnaises.

« Nous ne prenons qu’un infime échantillon que nous diluons dans l’eau pour le test. Ça ne prend que cinq minutes. Les gens peuvent alors savoir s’ils peuvent consommer sans danger la substance qu’ils ont en leur possession », explique Jesse Whelen, conseiller en réduction des méfaits pour l’organisme Blood Ties Four Directions, dont les bureaux ne sont ouverts que pendant le jour.

Blood Ties Four Directions gère également le programme Outreach Van, c’est-à-dire un service ambulant qui se promène la nuit dans les rues de Whitehorse afin d’offrir une aide aux gens de la rue ou à ceux qui ont difficilement accès aux différents services de soutien. Le service ambulant, qui est offert du lundi au samedi de 16 h à 21 h, participe à la distribution des trousses de naloxone. Il est toutefois impossible pour l’instant de procéder à la vérification des drogues à partir du service ambulant.

Le service correctionnel aux aguets

Les opioïdes ne se retrouvent pas que dans les rues de Whitehorse, mais également dans les allées du Centre correctionnel de Whitehorse. Les agents de la paix ont toutefois accès au naloxone.

« Nous sommes préparés en cas de surdose pouvant survenir suite à de la contrebande entre les murs du centre correctionnel », explique Allan Lucier, assistant du ministre adjoint de Justice communautaire et Sécurité publique. Car, bien que les colis, les visiteurs et le personnel soient fouillés à l’entrée du centre correctionnel, les opioïdes tels que le fentanyl réussissent malgré tout à franchir les mesures de sécurité mises en place.

De plus, des trousses de naloxone sont désormais offertes sur demande à ceux qui quittent le centre correctionnel. « Les gens les plus vulnérables sont ceux qui quittent le centre. Ils ont plus de risques de faire une surdose dans les sept premiers jours de liberté. Il est donc important de penser à eux », confie M. Lucier.

Commentaires (2)

  1. Anonyme par préférence dit :

    Un sujet important à couvrir. Merci d’en parler. Une correction , le nombre de décès est confirmé à 18 depuis 2016, selon Heather Jones, Yukon Justice Coroner, en date du 14 décembre et partagé lors du vigil et forum publique organisé par la Première Nation Kwanlin Dün et le Yukon Council for First Nations. Aussi il a été dit qu’il y a une overdose par jour due au Fentanyl au Yukon. Pas toutes sont mortels. D’où l’importance de se procurer une trousse de naloxone et de s’informer sur comment l’utliser. Le Fentanyl est produit dans les usines de la Chine. Au Canada , on en connait beaucoup sur ce trafic et ses implications sur le blanchiment d’argent et marché immobilier, surtout au BC, mais une certaine volonté politique de faire quelque chose n’est pas là.

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