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Crise des opioïdes : la peur du jugement de l’autre

Marie-Hélène Comeau

Plusieurs stratégies se développent en ce moment au Yukon pour faire face à la crise des opioïdes. Toutefois, la peur de la stigmatisation demeure un obstacle majeur à tous ces efforts.

Le Dr Brendan Hanley, médecin hygiéniste en chef du Yukon, et son équipe élaborent différents plans pour faire face à la crise des opioïdes au territoire.
Photo : Marie-Hélène Comeau

 

 

La crise des opioïdes n’épargne personne, peu importe son statut social ou économique. Le Dr Brendan Hanley, médecin hygiéniste en chef du Yukon, et son équipe se mobilisent pour sensibiliser et éduquer la population aux dangers liés au fentanyl et aux autres opioïdes puissants. Toutefois, plusieurs consommateurs refusent d’aller chercher de l’aide de peur de se faire étiqueter ou juger. En s’isolant ainsi, les gens s’exposent alors à un plus grand risque. « C’est notre plus grand défi », confirme le Dr Brendan Hanley qui élabore avec différents partenaires yukonnais des stratégies pour répondre à la crise.

Accroître les services yukonnais

En plus d’établir les actions nécessaires pour répondre à la crise au territoire, le Dr Hanley étudie aussi la possibilité de mettre en place un service de soutien lors d’événements culturels comme les grands festivals. Il envisage également la possibilité d’offrir un service de nuit de vérification des drogues au centre-ville de Whitehorse puisqu’en ce moment, ce dernier n’est offert que pendant les heures de bureau de l’organisme Blood Ties Four Directions.

« Il y a une volonté d’offrir ce service de nuit. Il faut toutefois obtenir une permission spéciale de Santé Canada afin d’avoir le droit de manipuler ces substances illégales. C’est une démarche qui peut prendre des mois », explique-t-il. « De plus, si nous décidons une fois la permission reçue que le programme Outreach Van offre ce service, il faut alors vérifier comment la loi peut s’appliquer à un service mobile », souligne le Dr Hanley qui appuie en ce moment les démarches de la Première Nation Kwanlin Dün auprès de Santé Canada pour l’obtention d’une permission d’ajouter un service de vérification des drogues à ses services de santé.

D’autre part, il n’est pas question pour le moment d’envisager la mise sur pied d’un centre d’injection supervisée à Whitehorse qui ne pourrait qu’aggraver la stigmatisation vécue par les gens.

La question des communautés

Soulignons qu’en ce moment, les services se concentrent principalement à Whitehorse, où le service d’urgence de l’Hôpital général de Whitehorse notait avant Noël la présence d’une à deux surdoses par semaine. La possibilité de mettre sur pied un service de soutien dans certaines communautés du territoire comme Watson Lake et Dawson commence à être envisagée. La présence d’hôpitaux dans ces deux endroits est déterminante puisque la prise de suboxone, qui est utilisé pour la désintoxication de patients dépendants d’opiacés, doit se faire sous une supervision étroite.

« Peut-être que les gens voudraient retourner vivre dans leur communauté, mais hésitent à défaut d’avoir accès aux services de soutien. C’est la raison pour laquelle nous aimerions que certains services soient aussi accessibles à l’extérieur de Whitehorse », précise le Dr Hanley.

Revoir notre relation avec la douleur

En 1996, Santé Canada approuvait la distribution d’OxyContin, de l’entreprise Purdue Pharma. L’OxyContin est une variante homologuée de l’oxycodone, un opioïde utilisé pour soulager la douleur modérée à aiguë chez tous les types de patients. On note alors un changement massif dans les méthodes de gestion de la douleur. Le médicament était censé représenter un plus faible risque d’abus et de dépendance que les autres analgésiques à action rapide. C’est ainsi que les médecins ont commencé à prescrire l’OxyContin pour tous les maux. Le médicament connaît alors un grand succès.

Nous savons désormais que le risque d’abus et de dépendance est très réel. Sa consommation a entraîné une dépendance marquée chez les patients à la suite d’une prescription médicale. Les médecins, depuis ce constat alarmant, ont changé leurs habitudes. Toutefois, selon le Dr Hanley, les opioïdes ont toujours leur place dans certains traitements de la douleur. Le fentanyl, par exemple, est très utile pour traiter les cas d’urgence et a un rôle important en soins palliatifs.

Par contre, il estime qu’il serait important de revoir, comme société, notre relation avec la douleur et de revoir par le fait même les moyens de la traiter en ayant recours à d’autres avenues comme la physiothérapie, la kinésithérapie ou la massothérapie, pour ne citer que quelques exemples. « Si d’autres approches sont efficaces pour traiter la douleur, alors il faut voir comment les gens qui n’ont pas les moyens de payer pour ces services pourraient y avoir accès. C’est ce que j’aimerais explorer pour le Yukon », confie le Dr Hanley en précisant qu’il n’observe pas pour le moment une initiative semblable à l’échelle canadienne.

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