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Corée du Nord : l’Alaska en première ligne

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Thibaut Rondel

Alors que les provocations nucléaires du dirigeant nord-coréen Kim-Jong-un sont désormais considérées par les experts comme une menace réelle à la sécurité des États-Unis, Donald Trump a promis la semaine dernière à Pyongyang « le feu et la furie » si la Corée du Nord en venait à tirer ses missiles à proximité de l’île de Guam, territoire américain du Pacifique, abritant deux importantes bases militaires.

L’exercice a cependant été suspendu lundi par Kim Jong-un, qui souhaite se donner le temps de la réflexion et « observer encore un peu le comportement idiot et stupide des Yankees » avant de prendre une décision. Pyongyang fait notamment référence aux manoeuvres militaires conjointes que les États-Unis mènent chaque année avec Séoul dans la péninsule coréenne. Une répétition de l’invasion de son territoire, selon la dictature, qui aime à répondre à ces exercices par des tests de missiles.

Bien que la stratégie de temporisation du dirigeant nord- coréen soit considérée par certains analystes comme une première tentative d’apaisement dans la guerre des mots opposant les deux nations, il n’en reste pas moins concevable que Kim Jong-un puisse désormais frapper une bonne partie du territoire américain.

Photo : Pixabay

Photo : Pixabay


À l’occasion de la fête nationale américaine, le 4 juillet dernier,  la Corée du Nord a ainsi réalisé avec succès l’essai historique d’un missile balistique intercontinental d’une portée théorique de 5 500 km.  « Un cadeau aux salauds d’Américains », selon Kim-Jong-un, qui a précisé que les États-Unis étaient désormais à portée de missile « n’importe où, n’importe quand ».

Si la côte est et l’intérieur du pays peuvent encore penser bénéficier d’une relative sécurité, les experts s’accordent toutefois pour affirmer que l’Alaska et la côte ouest des États-Unis seraient aujourd’hui potentiellement à portée des ogives nord-coréennes.

Ainsi, la menace grandissante d’une attaque nucléaire a une nouvelle fois poussé le Pentagone à tester avec succès le 30 mai dernier ses intercepteurs de missiles balistiques basés en Alaska et en Californie. En juillet, un autre test d’interception de missiles était réalisé avec succès au complexe militaire de Fort Greely, entre Fairbanks et Whitehorse, dont les silos souterrains hébergent 40 intercepteurs de missiles. Bien que le taux de réussite du système de défense alaskien ne soit estimé qu’à 50 %, Fort Greely reste d’une importance vitale pour la sécurité de l’Amérique du Nord, puisque la seconde base américaine de défense antimissile, située à Vandenberg, en Californie, ne possède que quatre intercepteurs de secours utilisés pour des tests.

Le succès de l’exercice n’a visiblement pas eu l’effet rassurant escompté. Le 8 août dernier, le sénateur républicain de l’Alaska, Don Sullivan, faisait part à la chaîne Fox News de sa crainte d’une attaque nucléaire et de la nécessité de renforcer le dispositif d’interception antimissile déployé dans son État. Décrivant l’Alaska comme la pierre angulaire du système de défense contre les missiles nord-coréens, le sénateur souhaite aujourd’hui obtenir l’aval du Congrès pour installer 14 intercepteurs supplémentaires à Fort Greely.

En première ligne, l’Alaska abrite par ailleurs les bases aériennes stratégiques d’Eielson, au sud-est de Fairbanks, et d’Elmendorf, à Anchorage, ainsi que la base de lancement de Kodiak, où un petit nombre de tirs militaires d’essai ont été réalisés en plus de tirs commerciaux et de lancements orbitaux.

À bien considérer l’effervescence en cours chez notre plus proche voisin, nous autres Yukonnais, agréablement lotis au coeur de notre silencieuse taïga canadienne, aurions peut-être un peu tort de nous croire ainsi à mille lieues des conséquences d’une passe d’armes américano-coréenne.

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