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Chronique d’un trucker : janvier est arrivé, faut aller dehors

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Yves Lafond

On a gelé et on s’est fait mouiller. Décidément, on vogue dans les contrastes. Je me promenais dans le bois samedi à me chercher un nouveau spot pour ma réserve de bois de chauffage. Il commençait à faire noir quand je suis revenu. Il était temps. Ça pressait pour trouver un mouchoir; une petite guédille se préparait à me couler du nez. Le froid avait commencé à passer à travers mes gants. C’était pas chaud pour la pompe à eau. Rien de tel qu’un bon feu dans le poêle, les pieds pas trop loin de la bavette, pour finir la soirée en beauté.

Ragaillardi, le dimanche matin, je me préparais à répéter le même manège que la veille. Il faisait encore noir quand je me suis pointé le nez dehors pour tester le temps afin d’ajuster mon habillement. Il mouillait à boire debout. J’en revenais pas. Je n’ai aucune idée si c’est un dérèglement ou ce n’est tout simplement le temps qui n’en fait qu’à sa tête comme il l’a toujours fait. Il reste que la température s’est quand même mêlée de sacrer une jambette à une de mes bonnes résolutions de l’année : passer le plus de temps possible dehors.

Ça sert aussi à ça, janvier. Mettre en application les résolutions prises le premier. Et les abandonner avant la fin du mois.

J’exagère un peu. Aller dehors n’est pas une résolution que j’ai prise le Premier de l’an. C’est quelque chose que je me dis tout le temps. J’ai toujours l’impression d’être trop enfermé. Surtout ici. Le Yukon n’est pas un territoire où on regarde la vie passer à partir de notre salon. Sinon, je me demande à quoi bon rester dans le coin. Ça revient au même que d’aller vivre à Shanghai, même si on haït les foules.

Photo : Marie-Claude Nault


Si j’ai mentionné les résolutions de l’année, ce n’était qu’un prétexte pour rabouter un article que j’avais commencé à écrire au lendemain du Nouvel An et qui était tellement décousu, que je n’ai pas réussi à coller ensemble les éléments avant la dernière parution du journal. Pendant les fêtes, je pense avoir passé trop de temps en dedans. J’étais chez ma mère qui vit maintenant dans un logement à Saint-Jérôme au Québec. Dans le temps des fêtes, ce n’est vraiment pas l’endroit idéal pour se tenir en forme. Les tourtières de ma mère et sa tarte aux noix, on peut pas passer à côté de ça. Sans compter tous les autres plats dans la ribambelle de restaurants qui se fendent en quatre pour nous mettre sous le nez des menus des plus alléchants.

Ceci dit, les fêtes sont finies et je suis rentré au bercail. Je tentais depuis de me replonger dans le moule, mais on dirait que c’est plus difficile cette année.   Il fallait que je m’aère la tête. On dirait que pour bien fonctionner, il faut que je mette dans ma recette toutes sortes d’ingrédients variés et en apparente contradiction. Il faut d’abord que je fasse attention à ma santé physique. De plus en plus. Le prix à payer pour les relâchements coûte plus cher et prend plus long à chaque fois à rembourser. Il faut aussi que je fasse attention à ma santé mentale.

La plupart du monde que je connais, qui n’ont de place que pour les aspirations à la pureté et l’élévation de l’âme ou le vo2 max, sont quant à moi d’un ennui mortel. À quoi ça sert de tenter de s’élever si haut dans le but d’atteindre l’au-delà avant son temps, ou le summum physique, sans avoir pris le temps de ressentir pleinement la terre ferme que foulent nos pieds? Ici, au Yukon, regarder autour de soi semble essentiel. De l’environnement, il y en a plein tout autour.

Je n’ai aucune idée si j’ai raison de penser de même, mais c’est comme ça que j’ai décidé de vivre ma vie. Un p’tit peu de tout. De la vie saine et un petit peu de moins saine. Parce que pour moi, entre la recherche de la pureté et le gros dévergondage, il y a beaucoup de place entre les deux pour une autre affaire : la joie!

En effet, je crois que si on possède la joie, on possède beaucoup. Si on choisit le contraire, on n’a pas à regarder ben ben loin pour trouver des justifications à notre humeur misérable. Il y en a tout autant que de l’environnement. Pis si on n’en trouve pas, on peut toujours compter sur les informateurs pour nous en dénicher plein de mauvaises dans quelque racoin. On s’en fait matraquer les oreilles à longueur de journée. Tenter de nous vendre l’idée qu’on ne trouvera la liberté qu’en étant bien informé n’est que propagande de journalistes. Je pense au contraire que l’obsession pour l’information nous enchaîne au négatif. Le côté sombre de la force.

On aime ça voir le dernier tweet du twit en chef de la Maison-Blanche. Plus il se plante, plus ça nous flatte. Il y a de quoi de rassurant à voir un….. (ajoutez ici le qualificatif insultant de votre choix : idiot/moron, etc.) se ridiculiser publiquement. Ne vous mentez pas! Vous aimez ça. Ça se comprend. Mais de là à se le faire rabâcher dix-huit fois dans la semaine, il y a une marge. Si on ajoute à ça les autres mauvaises nouvelles, ça enlève de la place pour laisser entrer de la joie. Je ne suis pas un moine isolé sur ma montagne à ne contempler que la lumière du jour et n’avoir de discussion qu’avec le vent. Je me dois de me tenir un petit peu au courant. Mais j’ai remarqué que pour s’informer sur l’essentiel des nouvelles, une fois ici et là suffit. Ce qui compte vraiment finit toujours par nous retentir aux oreilles.

Ça laisse plus d’espace pour la joie. Des fois, il en entre à pleines portes, et j’en ai trop. Je dois la partager. Mais d’autres fois, j’en suis pauvre. Partager la joie, même si on n’en a pas gros certains jours, à la faculté d’en faire pousser. J’essaye de faire ça. Si une bonne fois vous me voyez un peu marabout, ne vous gênez pas pour me le rappeler. Des fois, une bonne taloche sur la gueule a le don de me ramener vers un sentier plus joyeux.

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