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Budget équilibré, pays en sécurité et autres illusions

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Pierre-Luc Lafrance

Le gouvernement fédéral a présenté son nouveau budget le mardi 21 avril. À six mois des prochaines élections prévues le 19 octobre prochain, personne n’a été surpris de voir que les conservateurs présentaient un premier budget équilibré en huit ans, un vent de fraîcheur pour les électeurs après sept années marquées par l’austérité. Par contre, quand on regarde de plus près, on se rend compte que le surplus anticipé pour 2015 de 1,4 milliard de dollars provient jusqu’à un certain point d’un jeu comptable.

Le gouvernement a dû trouver des solutions pour compenser les revenus à la baisse dans le secteur pétrolier. Ainsi, le gouvernement a vendu ses actions de GM pour la modique somme de 2,1 milliards de dollars et a puisé dans sa réserve en cas d’imprévu qui est passé de 3 milliards à 1 milliard de dollars. Cet équilibre est aussi rendu possible par une baisse du taux d’intérêt sur la dette. De plus, le gouvernement a utilisé pour ses calculs le scénario le plus optimiste des prévisions économiques du secteur privé. Sans ces mesures, nous aurions une autre année de déficit. Et quand on regarde attentivement les dépenses, on se rend compte que plusieurs sont prévues pour commencer en 2017-2018… donc, bien après les élections de l’automne. Alors, quand j’entends le ministre Joe Oliver se gargariser en parlant d’un budget équilibré, ça me reste un peu pris à travers la gorge. D’autant plus que la marge de manœuvre est quasi inexistante en cas de coup dur. Toutefois, cette faible marge de manœuvre peut aussi être vue comme un outil politique puisqu’elle limite les autres partis dans les promesses électorales qu’ils vont faire en mettant en place un cadre financier étroit.

L’autre fait saillant de l’exercice est l’importance accordée à la sécurité nationale. Les événements des derniers mois à Ottawa et à Saint-Jean-sur-Richelieu ont laissé une marque indélébile dans ce budget. On prévoit une augmentation du budget de la Défense nationale de 12 milliards de dollars en dix ans (à partir de 2017, bien sûr), et les trois principales agences de renseignement verront leur budget majoré de quelque 292,6 M$ sur cinq ans. On prévoit aussi un montant de 360,3 M$ pour le déploiement des forces armées canadiennes pour combattre l’État islamique en Irak et en Syrie. Vous sentez-vous plus en sécurité? Pas moi. Parce que malgré toutes les sommes investies, je ne suis pas convaincu qu’on puisse arrêter un loup solitaire ou un individu seul, mais motivé. Mais ça, c’est un autre sujet.

La population sera contente de voir qu’il n’y a pas de hausse d’impôts et de taxes pour les contribuables, ce qui est toujours une bonne idée en précampagne électorale. Il y a aussi plusieurs mesures pour plaire aux citoyens : augmentation substantielle de la somme maximale que l’on peut placer dans un CELI sans devoir payer d’impôt, prestation universelle pour la garde des enfants bonifiée, réduction du taux d’imposition des petites entreprises et la liste est longue. Ces promesses ne sont que des outils pour acheter des votes et il faut souligner quelques belles initiatives comme de l’aide accrue aux aidants naturels, ainsi que des crédits d’impôt pour adapter les résidences de gens handicapés ou en perte d’autonomie.

Par contre, non, il n’y a aucune mesure, si petite soit-elle, pour venir en aide aux communautés francophones. Vous auriez beau relire tous les documents, vous ne trouverez pas la moindre mention des concepts de francophonie, de dualité linguistique ou de langues officielles. Au contraire, avec les coupes à Radio-Canada, l’information en français connaît des pertes mois après mois, et les organismes qui font la promotion dans la francophonie canadienne continuent de se battre pour survivre avec des budgets amputés année après année. Même les organismes qui ne sont pas touchés par les coupes doivent composer avec une enveloppe budgétaire stable depuis des années, alors que le coût de la vie ne cesse d’augmenter. Ça aussi, c’est une forme de coupe. Et, bien entendu, il n’y a aucune mesure pour favoriser l’immigration francophone. Pourtant, on attend depuis des mois des nouvelles concernant les mesures incitatives qui seraient incluses dans le programme Entrée express afin d’augmenter le nombre d’immigrants francophones à l’extérieur du Québec.

Et, comme c’est souvent le cas avec le gouvernement actuel, il n’y a aucune mesure pour venir en aide aux populations plus vulnérables. Encore une fois, les familles de la classe moyenne sont un peu laissées à elles-mêmes. Je sais que le credo des conservateurs est de dire qu’ils préfèrent que les gens aient l’argent dans leurs poches pour le gérer eux-mêmes, mais nous ne sommes pas dirigés par une entreprise privée. Il y a encore des services qui doivent être offerts et ceux-ci s’érodent un peu plus chaque année. Les mesures présentées dans le dernier budget vont encore dans le sens de l’érosion du tissu social et ça, c’est inquiétant.

Mais bon, on peut s’attendre à plusieurs photos de députés et ministres fédéraux dans les prochains mois avec des chèques géants pour nous convaincre que tout va pour le mieux. Et, malgré tous les scandales d’un parti qui commence à montrer l’usure du pouvoir, je suis convaincu qu’à moins que la tendance ne change radicalement, on se dirige vers un autre mandat pour Stephen Harper et son groupe. Au moins, nous n’aurons pas à craindre les terroristes! n

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