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Bassin de la Peel : la contestation s’intensifie

Bassin de la Peel : la contestation s’intensifie
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Pierre Chauvin

La contestation autour de la décision du gouvernement du Yukon de rejeter les recommandations finales de la commission dans son rapport de 2011 prend de l’ampleur dans la rue, mais aussi sur le terrain judiciaire.

Mercredi 29 janvier, plusieurs centaines de personnes étaient venues manifester devant l’Assemblée législative du Yukon contre la décision du gouvernement de ne protéger qu’un tiers du bassin de la rivière Peel.

Lors de l’événement, organisé par la division yukonnaise de la Société pour la nature et les parcs du Canada (CPAWS) et la Yukon Conservation Society (YCS), plusieurs Yukonnais ont pris la parole, ainsi que de nombreux représentants des Premières nations de communautés à travers le territoire — Teslin, Old Crow, et même Inuvik aux Territoires du Nord-Ouest. La chef de file du NPD, Liz Hanson, et la critique du Parti sur l’environnement, Kate White, étaient aussi présentes.

« Je suis ici pour dire que nous sommes unis avec nos frères et sœurs Vuntut, Natcho, du Counseil tribal des Gwich’in et Tr’ondëk », a déclaré Duane Gastant Aucoin, représentant du conseil Tlingit de Teslin.

« Mais nous nous sommes aussi unis avec tous les Yukonnais », a-t-il poursuivi, ajoutant qu’il était aussi là en solidarité avec le bassin de la Peel : animaux, arbres, eau et air. Pendant une heure et demie, des dizaines de personnes se sont relayées pour prendre la parole. Le thème de la démocratie est revenu souvent dans les discours. Kate White s’est interrogée sur l’absence de représentants du gouvernement à la manifestation, qui se tenait cependant devant leurs bureaux.

Installée au Yukon depuis quatre mois, André-Anne Veilleux découvre juste le Yukon, et son territoire longtemps protégé. « Depuis qu’on est arrivé, on se rend compte à quel point c’est un paradis qui a été bien gardé, bien conservé », dit-elle, en entrevue à l’Aurore boréale. Elle espère que les Yukonnais vont s’unir pour combattre le plan du gouvernement, mais aussi que la cause reçoive plus d’attention médiatique à l’extérieur du territoire.

« J’espère que la nouvelle va faire le tour du Canada, parce qu’au Québec, je parlais avec la famille et ils n’ont pas entendu grand-chose malheureusement », regrette-t-elle.

Des manifestations similaires se sont déroulées à travers tout le territoire : à Dawson, Mayo, Haines Junction et aussi dans les Territoires du Nord-Ouest à Aklavik, Inuvik et Fort McPherson.

Poursuite contre le gouvernement

Sur le terrain judiciaire, les Premières nations de Nacho Nyak Dun et Tr’ondëk Hwëch’in accompagnées par CPAWS et la YCS ont déposé une poursuite contre le gouvernement devant la Cour suprême du Yukon, lundi 27 janvier.

Elles sont représentées par le célèbre avocat Thomas Berger, qui a remporté de nombreuses batailles juridiques pour de Premières nations sur la question des revendications territoriales, d’abord en 1973 avec une affaire qui a fait jurisprudence et plus récemment au Manitoba en faveur de la Fédération des Métis.

« C’est une poursuite que personne ne voulait intenter », a déclaré l’avocat lors d’une conférence de presse à Vancouver, peu avant le dépôt de la poursuite. « Mais le gouvernement du Yukon a forcé les plaignants à aller en cour, pas seulement pour défendre les Premières nations et les valeurs environnementales du Yukon, mais aussi pour défendre des principes inscrits dans la Constitution », a-t-il expliqué.

Le chef de la Première nation Tr’ondëk Hwëch’in a rappelé l’importance historique du bassin pour les Premières nations. « Nos aînés ont coutume de dire : la Peel, c’est notre église, notre université et notre grenier. Elle nourrit notre esprit, notre pensée et notre corps. Elle est aussi sacrée pour nous qu’elle l’était pour nos ancêtres et qu’elle le sera pour nos petits-enfants », a-t-il déclaré.

La poursuite allègue que la décision du gouvernement revient à ignorer complètement le processus de consultation et que les catégories de protection introduites étant nouvelles, cela revient à introduire unilatéralement un nouveau plan d’aménagement.

Or, l’Accord-cadre définitif (UFA) signé en 1993 entre le gouvernement fédéral, territorial, et le conseil des Yukonnais autochtones, et qui est la base de toute négociation, ne donne au gouvernement que trois possibilités : accepter, modifier ou rejeter. Après le premier rapport de la commission en 2009, le gouvernement avait opté pour la voie de la modification. Après le rapport de la commission en 2011, le gouvernement a introduit des concepts tellement différents du plan de la commission que cela revient à réécrire complètement le plan d’aménagement, et donc de passer outre le travail de la commission, explique Thomas Berger.

Il rappelle que l’aménagement du territoire doit être fait suivant les articles de l’accord-cadre définitif, et que le gouvernement du Yukon ne peut prendre des décisions unilatérales sur le sujet.

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