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Autre bonnet d’âne pour les conservateurs

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Pierre-Luc Lafrance

Le 7 mai, le commissaire aux langues officielles Graham Fraser a déposé son rapport annuel 2014-2015, un rapport qui met l’accent sur l’immigration dans les communautés de langue officielle. Les lecteurs de l’Aurore boréale ne seront pas surpris de voir que notre gouvernement n’a pas obtenu la note de passage dans ce domaine.

M. Fraser estime qu’il faut augmenter l’apport de l’immigration à la vitalité des minorités linguistiques au pays, et il revient sur l’importance de s’assurer d’avoir au moins 4 % des immigrants hors Québec qui ont comme langue première le français d’ici 2018. Cet apport est essentiel pour éviter que les francophones ne soient engloutis par une vague démographique anglophone.

On s’entend que ce n’est pas un objectif démesuré. D’ailleurs, c’est l’objectif que le gouvernement s’est lui-même fixé et que le ministre Alexander s’empresse de mettre de l’avant chaque fois qu’il est question d’immigration francophone. Toutefois, on peine année après année à atteindre le seuil de 2 %. En même temps, au-delà des beaux discours de Citoyenneté et Immigration Canada, on ne voit pas d’actions qui suivent les paroles. Je sais que j’ai l’air de taper sans cesse sur le même clou, mais je ne comprends toujours pas la décision de couper le programme Avantage significatif francophone à l’automne 2014, alors qu’il n’y avait rien de prévu pour prendre le relais. Pire, le programme Entrée Express est en place depuis janvier et il n’y a toujours rien pour favoriser l’immigration francophone hors Québec. En fait, il y a moins que rien : il n’y a même pas de mécanisme en place pour mesurer le nombre d’immigrants d’expression française inscrits au programme. On part de loin!

Le commissaire relève le peu de moyens pris pour accroître le nombre de francophones dans les provinces où ils sont minoritaires. Doit-on s’en surprendre? Au cours des dernières années, les politiques de Patrimoine canadien font en sorte qu’il est de plus en plus difficile pour les organismes francophones d’obtenir leur financement, particulièrement ceux qui sont dans certaines niches moins porteuses selon le gouvernement fédéral… comme la petite enfance (comme si ce n’était pas essentiel pour le renouvellement des communautés francophones!). Avec une logique « pratico-pratique » qui vise à financer seulement les services directs, on en oublie tout le travail qui doit être fait derrière. Par exemple, en alphabétisation, c’est bien beau le service direct (c’est même essentiel), mais ça prend de la recherche derrière pour créer des outils adaptés. Avec une vue à court terme orientée sur les résultats (et quel résultat est-on en droit de se demander?), on met en place des conditions perdantes pour le moyen et long terme.

M. Fraser recommande aussi de développer une stratégie pour inciter les employeurs à embaucher des francophones à l’extérieur du Québec. Je ne peux qu’applaudir cette recommandation. Même que je connais un programme qui va exactement en ce sens, mais non, attendez, il n’existe plus. C’était le programme Avantage significatif francophone.

Selon le commissaire, au-delà de la présence des services en français, il y a un manque d’information puisque trop d’immigrants francophones ne savent pas qu’il existe des communautés francophones dans l’ensemble du pays et pas seulement au Québec. De plus, les acteurs gouvernementaux ignorent les avantages que présente la présence francophone dans leur province ou territoire, par conséquent, ils ne font pas assez d’efforts pour attirer davantage d’immigrants francophones. »

Des plaintes en hausse

Le nombre de plaintes jugées recevables par le Commissariat aux langues officielles a augmenté cette année puisqu’on en compte 550. C’est 74 de plus que l’an dernier. Le principal secteur touché est le service au public. J’ignore si cela démontre une dégradation des services ou simplement un ras-le-bol de la population. Personnellement, je parierais sur un mélange des deux. Le rapport offre également un suivi de la vérification d’Air Canada. En 2012, douze recommandations avaient été formulées pour assurer que les passagers francophones obtiennent un service de qualité égale aux anglophones. Eh bien! Depuis, une seule des recommandations a été mise en œuvre de manière satisfaisante.

Petite citation du rapport : « Malgré de nombreux obstacles, il est possible de réduire l’écart démographique entre les immigrants francophones et anglophones à l’extérieur du Québec et de favoriser leur intégration linguistique, culturelle et sociale afin que l’immigration devienne, pour les communautés francophones, l’outil de développement puissant qu’elle constitue déjà pour les deux majorités linguistiques du Canada. » Par contre, pour en arriver à cela, le gouvernement fédéral devra jouer un rôle de leader dans ce dossier. Ce qui est loin d’être gagné.

À mon sens, ce qui est recommandé par le commissaire Graham est plein de bon sens. Toutefois, ça va à contre-courant des décisions du gouvernement fédéral depuis quelques années. Est-ce que la tendance peut être renversée? Oui, mais le sera-t-elle avant que les dommages ne soient irréversibles? C’est moins sûr.

Du nouveau à l’Aurore boréale

Sur une note plus personnelle, je dois vous annoncer que mon remplaçant a été choisi. En effet, pour ceux qui ne le savent pas, je vais quitter mon poste à la mi-juin. Ça n’a rien à voir avec le travail au journal que j’adore, ni avec le Yukon qui est un milieu de vie incroyable, mais avec ma conjointe, nous avons pris une décision familiale pour nous rapprocher de nos familles respectives. Nous repartirons donc au Québec dès la fin de l’année scolaire. Toutefois, les deux ans passés à Whitehorse resteront pour toujours gravés dans mon cœur et je ne ferme pas la porte (vraiment pas) à un retour éventuel.

Je vous laisse par contre entre de bonnes mains puisque Thibaut Rondel entrera en poste dès le 19 mai pour un transfert des dossiers en douceur. Il connaît bien le journal et la communauté pour avoir été journaliste de l’Aurore boréale pendant deux ans et, depuis, il a ajouté des expériences en gestion en lançant le Café Balzam avec son associée Karina Lapointe. Je suis convaincu qu’il permettra au journal de consolider sa place dans l’échiquier médiatique yukonnais.

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