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Au revoir, Rock Brisson

Marie-Hélène Comeau

Un géant franco-yukonnais s’est éteint au courant de l’été. Rock Brisson, figure importante de l’alphabétisation au Yukon, est décédé le 26 juin à l’Hôpital général de Whitehorse.

Parmi les réalisations de Rock Brisson, mentionnons le Prix de la francophonie en alphabétisation qu’il a reçu en 2007 des mains de la gouverneure générale du Canada, l’Honorable Michaëlle Jean. Photo : Archives A.B


Le qualificatif de géant pour décrire cet homme plus grand que nature lui avait été attribué en 2007 lors du passage de l’honorable Michaëlle Jean, alors gouverneure générale du Canada. Mme Jean avait profité de son séjour au territoire pour remettre le Prix de la francophonie en alphabétisation de l’Association canadienne d’éducation de langue française (ACELF) à Rock Brisson.

Parcours d’un combattant

Le travail de Rock Brisson en alphabétisation au Yukon a été marquant. Ayant lui-même appris à lire et écrire à l’âge de 47 ans, il se faisait un point d’honneur d’encourager d’autres apprenants adultes dans leur apprentissage de la lecture et de l’écriture. Car, en contexte d’analphabétisme, les gens éprouvent bien souvent de la honte et craignent le jugement des autres.

Évidemment, on ne choisit jamais d’être analphabète. Il s’agit plutôt d’une série de facteurs qui amènent les gens dans cette situation et les causes du décrochage scolaire varient d’une personne à l’autre. L’histoire de Rock Brisson illustre bien cette réalité complexe. Né à Shawinigan, au Québec, en 1957, Rock Brisson a passé sa jeunesse dans des conditions difficiles, en foyer d’accueil et en orphelinat.

Dans ce contexte, il a été difficile pour Rock Brisson d’apprendre à lire et écrire en changeant continuellement d’école. À l’âge de 13 ans, il était inscrit en 3e année, une classe qu’il n’a d’ailleurs pas pu terminer en raison d’abus subis en foyer nourricier. L’année suivante, en raison de son âge, Rock Brisson a été obligé de s’inscrire à l’école secondaire bien qu’il n’ait toujours pas terminé sa troisième année. Le jeune adolescent n’a alors pas tardé à décrocher du système scolaire.

À l’âge de 22 ans, Rock Brisson a déménagé en Alberta où il a réussi à arrêter sa consommation d’alcool et à pourvoir aux besoins de sa jeune famille qu’il avait fondée tout en camouflant son illettrisme. Malgré son désir de vouloir apprendre à lire et à écrire, il continuait de faire face aux difficultés de la vie. Ainsi, des problèmes familiaux, des infarctus, un accident vasculaire cérébral et une tentative de suicide se sont succédé. Tout semblait alors empêcher M. Brisson de poursuivre un jour ses études.

Ce n’est qu’au début des années 2000, après avoir déménagé au Yukon avec sa famille, que son désir d’apprendre à lire et à écrire refait surface. Il décide, une fois établi au territoire, d’aider son fils Christopher qui éprouve à cette époque des difficultés d’apprentissage sermblables aux siennes. Il se tourne alors vers l’organisme Yukon Learn qui offre du soutien en anglais en alphabétisation aux adultes. Il découvre que l’organisme ne peut pas aider son fils en raison de son jeune âge, mais qu’il en est autrement pour lui. C’est ainsi que Rock Brisson tente sa chance en s’inscrivant à l’un des programmes offerts par l’organisme, et progresse rapidement. Toutefois, comme sa langue maternelle était le français, on l’a envoyé également au Centre de la francophonie où il a pu travailler avec un tuteur en français. Après quatre années de travail avec ses tuteurs, Rock Brisson était enfin devenu capable de lire en français et en anglais, alors que ses aptitudes dans ce domaine avaient chuté au niveau de celles d’un enfant de la maternelle.

D’autres événements tragiques auront marqué les dernières années du parcours du combattant de Rock Brisson. Son fils Christopher, 25 ans, a notamment été retrouvé assassiné sur le chemin du canyon Miles en 2015, à l’issue d’une transaction de drogue qui a mal tourné.

Contribution au Yukon francophone

Au fil des ans, Rock Brisson a siégé au conseil d’administration de la Fédération canadienne pour l’alphabétisation en français en tant que représentant des apprenants. Il a également siégé au conseil d’administration du Réseau pour le développement de l’alphabétisme en tant que représentant du Yukon provenant du secteur entrepreneur.

Sur le plan local, il a travaillé bénévolement à faire la promotion de l’alphabétisation avec l’Association franco-yukonnaise en faisant des présentations dans les classes de l’École Émilie-Tremblay, où il parlait de son parcours et de l’importance de l’éducation. En racontant son histoire, il soulignait à sa façon aux jeunes dans les écoles ou à la prison juvénile l’importance de ne pas abandonner et de demander de l’aide en cas de difficultés.

Rock Brisson a participé aux  célébrations de la Journée de l’alphabétisation pendant plusieurs années et a écrit un petit livret qui raconte ses défis et succès en collaboration avec Yukon Learn et l’Association franco-yukonnaise.

Rock Brisson a également reçu en 2006, le Prix d’alphabétisation du Conseil de la fédération du Yukon et le Prix communautaire de l’alphabétisation de Postes Canada.

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