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Attention, vous êtes filmés

Attention, vous êtes filmés
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Pierre-Luc Lafrance

Depuis quelques jours, la question de l’usage excessif de la force chez les policiers a fait surface (certains parlent plutôt de brutalité policière). C’est que le Yukon a sa propre vidéo virale, et non, ce n’est pas un enfant qui joue avec un sabre laser ou des gens qui se versent des seaux de glace sur la tête. Il s’agit plutôt d’un agent de la GRC qui procède à une intervention musclée. Le tout a été filmé par un téléphone intelligent.

Pour ceux qui n’ont pas vu la vidéo – une minorité de nos lecteurs possiblement puisque plus d’un demi-million de personnes l’ont vue sur Facebook –, la vidéo d’une minute et demie montre un homme au sol et un agent de la Gendarmerie royale du Canada qui le maintient au sol avec son genou. L’enregistrement commence au milieu de la scène, alors on n’a pas le contexte. Pourquoi le policier est-il intervenu? Qu’a fait l’homme? Autant de questions auxquelles il nous est impossible de répondre.

On entend des gens hors du champ de la caméra qui crient après le policier. Quant au prévenu, sa façon un peu pâteuse de bouger peut indiquer qu’il est intoxiqué. Mais encore là, on n’en sait rien avec les images disponibles. À un certain moment, il demande au policier pourquoi il le frappe. Par la suite, on a l’impression que le policier lui donne un coup de poing avant de le retourner pour lui passer les menottes. Pendant ce temps, on continue d’entendre les autres voix, dont une personne qui insulte le policier.

Une enquête sera menée sur cette affaire par l’Équipe d’intervention de l’Alberta en cas d’incidents graves. Pendant la durée des procédures, l’agent sera réaffecté à un poste administratif.

Quant à l’homme arrêté, Josh Skookum, on dit qu’il avait les deux yeux tuméfiés lors de sa comparution le jeudi 9 avril. Il fait face à plusieurs chefs d’accusation, dont celui d’avoir résisté à une arrestation et de voies de fait contre un policier.

Déjà, un mouvement de protestation s’est formé. Le 10 avril sur l’heure du midi, des gens manifestaient devant les bureaux de la GRC à Whitehorse pour se plaindre de la brutalité policière. Certains parlent même de racisme de la part des agents de la paix puisque Josh Skookum est un membre des Premières nations.

Je crois qu’il est tôt pour poser un jugement. Oui, si on se fie à la vidéo, la réaction du policier semble exagérée. Par contre, et pour moi, ce point est essentiel, on n’a pas toute l’histoire. Que s’est-il passé avant, dans la partie qui n’est pas montrée dans la vidéo? Personnellement, il me manque de contexte pour prendre position. Cela dit, oui, il faut s’assurer qu’il y ait des mécanismes pour empêcher que des policiers utilisent un usage excessif de la force et non, on ne peut pas s’en tirer en toute impunité quand on dépasse la limite sous prétexte qu’on a un badge.

Espérons que l’enquête de l’Équipe d’intervention de l’Alberta en cas d’incidents graves permettra de mettre en lumière cette histoire.

Sous l’œil de la caméra

Cela dit, ça mène à un débat plus grand. On le dit souvent, nous vivons continuellement sous l’œil de la caméra. Cela va de la vidéo de surveillance à tous les appareils intelligents que nous avons et qui sont des petits studios portatifs. Cela fait que les policiers aussi doivent vivre avec cette réalité. De plus en plus, on voit des vidéos comme celle-là qui sortent dans les médias sociaux avant d’être reprises par les grandes chaînes. Au Québec, le cas de Stéfanie Trudeau, la célèbre Matricule 728 a fait face à une accusation de voies de faits simples après une arrestation musclée qui a été captée par un téléphone intelligent. Cas plus récent et encore plus troublant, ce policier de North Charleston aux États-Unis qui est accusé de meurtre après qu’une vidéo amateur l’a montré abattre un homme en lui tirant dans le dos à huit reprises. Le policier soutenait que l’individu lui avait pris son pistolet paralysant dans une altercation, mais sur la vidéo, l’homme n’est visiblement pas armé. Le policier est main
tenant derrière les barreaux et il risque la peine de mort.

Ces exemples amènent à croire que ce serait une bonne idée que les policiers portent en tout temps des caméras de style Go-Pro sur eux. Certains soutiennent que ce serait une mesure de protection autant pour les citoyens qui auraient une défense concrète pour dénoncer les abus que pour les policiers qui pourraient démontrer que leur intervention était justifiée. Sans compter que les policiers, se sachant observer en tout temps, n’auraient pas le choix d’en tenir compte, ce qui pourrait tempérer les ardeurs de certains. Les tenants de cette solution rappellent que la technologie pour le faire est maintenant accessible et peu coûteuse, et que les policiers américains ont déjà une caméra dans leur voiture.

J’admets que l’idée a quelque chose de séduisant. Pourtant, et c’est peut-être l’amateur de films de science-fiction qui parle ici, cela me rappelle un peu trop Big Brother pour que je sois complètement à l’aise. Oui, on vit dans un monde où toutes nos folies peuvent être immortalisées à jamais. Mais veut-on pour autant vivre dans un monde où nous serions filmés en tout temps? Quelle sera l’étape suivante?

Des fois, les solutions causent plus de problèmes qu’ils en règlent. J’ai peur qu’en allant dans ce sens, on ouvre une boîte de Pandore qui ouvrira la voie à des pertes de liberté individuelle au profit du bien commun.

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