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Assurer un rôle social en tant qu’artiste

Maryne Dumaine

De véritables cours d’arts en ligne, par l’entremise de la page Facebook de l’Aurore boréale. Voilà le projet dans lequel vient de se lancer Marie-Hélène Comeau. Depuis plus de sept ans, elle propose à la communauté des projets d’art collectif et communautaire reliés à dix mots, choisis par un comité international. Mais au-delà de la Caravane des dix mots, quelle est l’histoire de cette Franco-Yukonnaise au parcours atypique?

Marie-Hélène Comeau, dans son atelier où elle conçoit les capsules du projet de création à la maison de la Caravane boréale des dix mots et de l’Aurore boréale.
Photo : Antje Erle

 

Marie-Hélène Comeau arrive au Yukon en 1992, avec un diplôme d’hygiéniste dentaire sous le bras et un paquet de crayons de couleur dans le sac à dos. À cette époque, elle n’a encore jamais exposé ses œuvres, même si les dessins font déjà partie de sa vie.

De l’hygiène dentaire aux cafés locaux

« Je crois que j’ai toujours dessiné. Je suis d’ailleurs amie Facebook avec mon enseignante d’art au secondaire. Parmi toutes les personnes au monde, j’ai repris contact avec elle! », explique-t-elle. « Mais j’aime dire que c’est quand je suis arrivée au Yukon que je suis devenue artiste », ajoute-t-elle en riant.

De 1992 à 1997, la jeune femme évolue entre le Québec et le Yukon pour parfaire un parcours en anthropologie. Elle s’intéresse à l’époque à la question de la transmission du français dans les familles mixtes, c’est-à-dire dont les parents n’ont pas la même langue maternelle. Forte de cette formation, elle revient au Yukon en 1997 et obtient un emploi en alphabétisation familiale, puis commence à travailler comme journaliste à l’Aurore boréale (juste au moment où le journal passe de mensuel à bimensuel), sous la direction de Cécile Girard.

Peu de temps après son arrivée au Yukon, la jeune artiste commence à exposer ses oeuvres dans les cafés. C’est encore l’époque du café Midnight Sun et du Café Zola de la rue Main. « Au Yukon, il y avait [et il y a encore maintenant] des cafés qui étaient ouverts à exposer nos œuvres. » L’artiste insiste sur l’importance de ces expositions communautaires. « Dans le milieu des arts, ces expositions ne sont pas reconnues, mais c’est comme ça qu’on commence en tant qu’artiste, qu’on se fait connaître du public, qu’on apprend à se développer professionnellement aussi si on commence à vendre des œuvres ». Elle expose dans les cafés, puis au début du millénaire, dans le tout nouveau Centre de la francophonie. Le Centre des arts du Yukon ouvre également une galerie communautaire qui lui permet de gagner encore et encore en professionnalisme.

Retour aux études

En 2007, pourtant l’artiste dit « avoir fait le tour » et se trouver « dans une zone de confort ». « Je faisais un peu toujours la même chose, j’avais besoin de progresser et je n’avais jamais vraiment étudié l’art », explique celle qui jusqu’à ce jour avait été autodidacte. Elle décide donc de reprendre les études. Cette fois, en arts. Elle commence une formation qui la mènera à la réalisation d’une recherche doctorale en études et pratique des arts à l’Université du Québec à Montréal. Cette démarche doctorale lui permet d’allier ses recherches en anthropologie, son amour de la franco-yukonnie et l’inspiration créatrice pour étudier à travers l’art, le phénomène identitaire chez les femmes franco-yukonnaises qui ont migré au Yukon.

C’est en 2013 qu’elle intègre le mouvement artistique international de la Caravane des dix mots. « Ce projet, c’était comme une révélation! » En effet, l’idée relie ses grandes passions : l’art collectif, la médiation communautaire et la francophonie.

Au-delà des expositions, Marie-Hélène donne des cours d’art, notamment grâce aux programmes Artists in the School (du ministère des Arts et Culture du Yukon), Arts in Education (du ministère de l’Éducation) et d’autres cours ici et là. « J’avais déjà quelques bases pour animer des ateliers, grâce à ma formation en petite enfance, ça m’a beaucoup aidé pour imaginer des ateliers. » Encore maintenant, tout en respectant la distanciation physique, elle continue d’offrir des cours depuis son camion-galerie d’exposition.

La Caravane à la maison

En 2020, dès que la pandémie se déclare, Marie-Hélène fait un exercice de créativité. Elle garde en tête son objectif principal : « Comment continuer d’assurer mon rôle social, dans ma communauté, en tant qu’artiste? »

Elle imagine alors le projet de la Caravane à la maison : des capsules vidéo en ligne. Ces capsules sont en quelque sorte de petits défis artistiques qu’elle lance sur le Web. Mais au-delà de cela, ce sont de véritables cours d’art, presque instantanés puisqu’ils sont simples et courts, qui fournissent non seulement des techniques artistiques, mais aussi des sources d’inspiration pour les artistes en herbe. « Ça tombait très bien, car le gouvernement cherchait aussi des idées de projets artistiques à appuyer, alors j’ai pu avoir une subvention de On Yukon Time pour m’aider dans ce projet ». (Voir les oeuvres de la Caravane des dix mots.)

Caravane 2020 — de nouvelles idées pointent leur nez!

Pour 2020, les projets ne manquent pas à l’appel. Entre les ateliers dans les écoles et les nouvelles idées de la Caravane, Mme Comeau ne chôme pas. « Le père fondateur de la Caravane des dix mots, le Français Thierry Auzer nous a contactés de Lyon en France. Il propose d’ajouter aux dix mots de 2020/2021 quelques mots supplémentaires en lien avec la pandémie. Nous allons en parler avec tous les artistes, mais nous sommes une cinquantaine à travers le monde. Pas facile de faire une réunion Zoom tous en même temps! » En effet, elle explique dans la foulée que les artistes « caravaniers » sont dispersés d’un bout à l’autre de la planète, du Yukon jusqu’à Hong Kong.

Une chose est certaine, la Caravane ne fait pas que passer. Elle est bien ancrée au Yukon et réalise son rôle de médiation artistique, pandémie ou pas!

 

Aller voir les oeuvre du projet de la Caravane des dix mots

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