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Alliance des femmes et de l’écologie

Maya Chebl (Agence Science-Presse)

Les voix s’élèvent au rythme des percussions. « On est plus chauds, plus chauds que le climat » répétait la foule en chœur, lors de la grève du 15 mars, qui a rassemblé près de 25 000 manifestants dans les rues de Montréal. Inspirée par la Suédoise Greta Thunberg, elle a mobilisé des jeunes dans plus de 2000 villes, de Sydney à Vancouver, en passant par l’Europe. À la tête de ces foules, beaucoup de jeunes filles.

Vandana Shiva, philosophe, féministe et activiste écologiste indienne, est l’une des chefs de file des écologistes de terrain et des altermondialistes au niveau mondial, notamment pour la promotion de l’agriculture paysanne traditionnelle et biologique.
Photo : Flickr

 

En Australie, Milou Albrecht, Harriet O’Shea Carre et Jean Hinchliffe, toutes les trois âgées de 14 ans, sont à la tête des initiatives de grève pour le climat; en Belgique, c’est Anuna De Wever, 17 ans, et Adélaïde Charlier, 18 ans; en Allemagne, Luisa Neubauer, 22 ans; aux États-Unis, malgré un président Trump qui ne masque pas son climatoscepticisme, Haven Coleman, 12 ans, Alexandria Villaseñor, 13 ans, et Isra Hirsi, 16 ans, montent au front. Le Canada ne fait pas exception : Sarah Montpetit, en cinquième secondaire à l’école Robert-Gravel, est l’une des initiatrices du mouvement et la voix des plus jeunes au Québec, tout comme, à Vancouver, Rebecca Hamilton, 16 ans.

Toutes alertent contre l’inaction des gouvernements face à l’urgence climatique. « La génération d’aujourd’hui est d’autant plus sensibilisée à cette problématique qu’elle est héritière de l’activisme féministe et de l’activisme écologiste des 40 dernières années. Et ces deux branches d’activisme ont connu une diffusion large dans les dix dernières années, notamment au sein des réseaux sociaux », explique Isabelle Boisclair, professeure titulaire en études littéraires et culturelles à l’Université de Sherbrooke, dont les travaux de recherche sont notamment axés sur les théories féministes.

Écrivant dans le quotidien français Libération le 12 mars, la philosophe Émilie Hache affirmait que « les femmes ont toujours été plus nombreuses que les hommes à se battre pour l’environnement ». Utilisant le concept d’écoféminisme, elle rappelait que dès 1992, au premier Sommet de la Terre à Rio, une Canadienne de 12 ans, Severne Cullis-Suzuki, avait tenu comme Greta Thunberg un discours culpabilisateur aux représentants des chefs d’État, mais qui n’avait pas eu l’effet mobilisateur chez les jeunes auquel on assiste maintenant.

Bien que le concept ait été énoncé pour la première fois en 1972 par l’essayiste française Françoise d’Eaubonne, cette alliance entre femmes et écologie est accentuée en 1993 quand Maria Mies, sociologue allemande, et Vandana Shiva, physicienne, philosophe et féministe indienne, publient l’ouvrage Écoféminisme. Les deux auteures insistent sur un lien étroit entre la domination de la femme et celle de la nature par le système capitaliste, et patriarcal. Elles s’appuient sur plusieurs mouvements dont Chipko, le regroupement de villageoises indiennes contre la déforestation de même que la lutte des femmes au Mexique contre les déversements de déchets toxiques dans les années 80. À travers ces exemples, on observe un ralliement de femmes de plusieurs classes sociales et communautés ethniques, autour de préoccupations communes.

Au Québec, Marie-Anne Casselot et Valérie Lefebvre-Faucher veulent raviver ce courant dans l’anthologie Faire partie du monde : réflexions écoféministes, parue en 2017. « Nous avons voulu nommer cette réalité, assumer le mot écoféminisme, mais il n’est pas nécessaire au fond que les femmes se réclament elles-mêmes écoféministes », soutient Valérie Lefebvre-Faucher.
C’est le cas des femmes autochtones, qui ont toujours tenu les enjeux du territoire et de l’écologie au cœur de leurs revendications, sans avoir besoin de l’étiquette, cette dernière étant davantage portée par des femmes blanches et occidentales.

Selon Isabelle Boisclair, il existe un rapprochement naturel entre les jeunes et les femmes : « Ces deux groupes sont plus rarement du côté du pouvoir politique. » Au-delà de l’écologie, ce constat est également appuyé sur des figures comme Emma Gonzalez, l’une des porte-voix de la lutte contre les armes aux États-Unis et Malala Yousafzai, militante pakistanaise pour le droit d’accès des femmes à l’éducation — et récompensée par un prix Nobel de la paix. « Ainsi, leur pouvoir réside dans la critique, et par la force du mouvement, elles peuvent s’imposer et se faire entendre. »

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