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Alimentation : le Yukon peut-il être autonome?

Roselyne Gagné-Turcotte

À l’heure actuelle, c’est plus de 92 % des denrées alimentaires vendues au Yukon qui sont importées du Sud. Le système d’approvisionnement actuel permet ainsi d’assurer une abondance de produits variés et abordables, et ce, à longueur d’année. Or, depuis les dix dernières années, le Yukon s’est donné comme mission de faire croître l’industrie agricole et agroalimentaire du territoire de façon à réduire les émissions de gaz à effet de serre en lien avec l’importation des aliments ainsi qu’à renforcer la sécurité alimentaire pour sa population.

« Ce que nous souhaitons, c’est de connecter les gens avec la nature, en les invitant à jardiner. C’est notre façon unique de sensibiliser les gens à l’autonomie alimentaire, à s’interroger sur la provenance des fruits et légumes qu’ils consomment », explique Kim Melton, co-propriétaire de la Klondike Valley Nursery à Dawson. Photo : Kim Melton

 

Les pratiques actuelles en matière d’importation des aliments sont extrêmement sensibles aux perturbations du principal lien routier qui rejoint le Sud, soit la route de l’Alaska.

À l’été 2012, par exemple, d’importantes coulées de boues avaient causé l’interruption de la circulation sur cette route durant plusieurs jours, créant un état de pénurie chez les distributeurs du Yukon.

Avec l’avènement des changements climatiques, plusieurs spécialistes estiment que la fréquence des événements climatiques propices à de tels scénarios pourrait croître de façon importante, menaçant alors la sécurité alimentaire du territoire.

Souveraineté alimentaire au nord du 60e parallèle

La question de la souveraineté alimentaire en lien avec les changements climatiques est explorée dans le film Sol Souverain, paru en 2019 sous la bannière de l’Office national du film du Canada. Ce documentaire, réalisé par David Curtis, présente le quotidien d’une poignée d’individus tenaces qui ont su développer de petites parcelles de terre maraîchère au cœur d’une région sauvage et isolée, à Dawson.

« Certains des défis à relever ici en région subarctique résident dans le peu de fertilité du sol, explique le cinéaste. La période de production est généralement très courte. On parle ici d’une saison de 100 jours. Or, [cette période] s’étend de plus en plus en raison du changement climatique et, plus particulièrement, de ses conséquences sur les situations météorologiques. Faire ce film est en quelque sorte explorer l’incertitude qui en découle », note M. Curtis.

Des initiatives agricoles prometteuses dans les communautés du Yukon

Parmi les projets mis de l’avant dans le documentaire se trouve la pépinière Klondike Valley Nursery. Bien connue par les personnes résidant à Dawson pour les fruits frais que Kim Melton et son partenaire y proposent de façon saisonnière, l’entreprise est aussi réputée pour sa vente d’arbres fruitiers au marché Fireweed de Whitehorse.

« En vendant des arbres fruitiers, nous souhaitons rendre le jardinage plus invitant et attrayant, explique l’agricultrice. La plantation d’un arbre, un pommier par exemple, peut être une façon de célébrer un événement marquant comme la naissance d’un enfant. En fait, ce que nous souhaitons, c’est de connecter les gens avec la nature, en les invitant à jardiner. C’est notre façon unique de sensibiliser les gens à l’autonomie alimentaire, à s’interroger sur la provenance des fruits et légumes qu’ils consomment. »

Ailleurs au Yukon, d’autres projets innovants d’agriculture durable voient aussi le jour. C’est notamment le cas de l’entreprise Ag1054, située à Silver City, qui produit depuis le printemps dernier une variété de légumes-feuilles via un système hydroponique autonome énergétiquement.

« Notre projet est né d’un partenariat entre l’Université de Calgary, l’Institut arctique de l’Amérique du Nord et la Station de recherche de Kluane, explique Brittany Weber, coordinatrice des opérations d’agriculture chez Ag1054. Notre objectif est d’étudier l’implémentation de systèmes de production alimentaire en conteneur de transport dans le but de fournir des produits frais aux communautés de la région de Kluane, et ce, tout au long de l’année, sans électricité. »

« Nous avons plusieurs objectifs à plus long terme, notamment celui de fournir des opportunités de formation pour d’autres communautés nordiques du Yukon ou des Territoires du Nord-Ouest, se réjouit Mme Weber. Nous souhaitons démontrer que notre projet est faisable d’un point de vue économique et apporte d’importants avantages environnementaux. »

Quand la recherche influence les décisions politiques

Toujours dans l’optique de poursuivre la recherche en matière de souveraineté alimentaire, le gouvernement du Yukon a récemment donné le feu vert à un projet visant à comprendre les répercussions des changements climatiques sur la sécurité alimentaire au Yukon.

La chercheuse et boursière postdoctorale Iva Seto, en partenariat avec le gouvernement du Yukon, l’Université du Yukon et l’Université de Toronto, sera appelée à développer des indicateurs qui permettront de mesurer la sécurité alimentaire au Yukon, l’un des engagements phare du plan d’action Notre avenir propre, publié à l’automne 2020.

« Nous sommes heureux de soutenir l’important travail d’Iva Seto et nous attendons avec impatience les résultats de sa recherche », explique Tracy-Anne McPhee, ministre de la Santé et des Affaires sociales.

« Des projets novateurs comme celui-ci nous aident à renforcer la résilience de nos collectivités, tout en respectant nos engagements en matière de lutte contre les changements climatiques et de sécurité alimentaire au territoire », poursuit la ministre. Ce projet devrait ultimement fournir aux dirigeant.e.s des données qui donneront lieu à des actions concrètes sur la sécurité alimentaire.

Initiative de journalisme local – Réseau.presse – L’Aurore boréale

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